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Avant de lire ce billet il est conseillé de lire d'abord ces 2 tribunes parues dans Libé : celle d'étudiants réclamant que ce ne soient plus des enseignants-chercheurs qui dispensent les cours en 1er cycle mais des profs "normaux", et celle de collègues expliquant qu'au contraire l'objectif de l'enseignement à l'université ne peut faire l'économie d'une transmission des savoirs assurée par ceux qui maîtrisent le lien entre enseignement et recherche (les enseignants-chercheurs donc).

Dans le seconde tribune des collègues, même si j'en partage l'essentiel, beaucoup trop à mon goût de lamentation autour d'une incurie - nonobstant réelle - du politique.

Il existe pourtant un modèle intermédiaire qui a fait ses preuves et permettrait de satisfaire les doléances des uns (les étudiants) et des autres (les enseignants-chercheurs). Ce modèle est celui des IUT dans lesquels on trouve un enseignement qui est assuré :

  • par des enseignants-chercheurs (moi par exemple depuis 10 ans)
  • par des profs du second degré
  • par des professionnels

Le tout en "petits groupes" (autour de 60 à 80 étudiants pour les cours "en amphi", la moitié pour les travaux dirigés et le quart pour les travaux pratiques).

Ce modèle donne entière satisfaction à la fois en terme de maîtrise des savoirs, d'ouverture sur le monde, de maîtrise des fondamentaux théoriques et professionnels, mais aussi de découverte et de mise en application de méthodologies centrées sur la réalité des métiers (et de découverte desdits métiers). Et la réussite universitaire et professionnelle est au bout.

Oui certains cours en amphi sont chiants comme la pluie. Et oui certains enseignants-chercheurs ont autant vocation à enseigner qu'un poney a vocation à faire du saut d'obstacle. Car oui certains cours n'ont absolument pas besoin d'être assurés par des enseignants chercheurs, et ont tout au contraire intérêt à être donnés par des enseignants du second degré ou par des professionnels.

Et oui évidemment, à l'inverse, il serait parfaitement idiot de nier l'apport qu'un type faisant depuis 10 ou 20 ans de la recherche sur la matière qu'il enseigne peut apporter à l'enseignement de ladite matière.

Et puis il y a la formidable hypocrisie qui depuis près de 50 ans - au moins - qu'elle dure, finit par virer à l'escroquerie : il est absolument hallucinant que, pour un enseignant-chercheur, l'activité d'enseignement soit à ce point dévalorisée dans la gestion de sa carrière. Car si elle est censée - administrativement - occuper la moitié de son temps, elle n'entre absolument en rien (ou totalement à la marge) dans son évolution de carrière. Mais le plus hallucinant est qu'un enseignant-chercheur peut passer 40 ans à enseigner en s'asseyant en amphi et en lisant ses derniers bouquins ou articles à des étudiants qui n'en ont cure et sans faire aucun autre effort de pédagogie que celui qu'impose la correction de partiels ou d'examens. Jamais je dis bien jamais un enseignant chercheur n'est évalué sur sa capacité à enseigner et à transmettre des connaissances. Ni lors de son recrutement (ou ses "pairs" ne regardent que la partie recherche), ni au cours de ses 40 ans de carrière. Du coup après faut pas s'étonner.

La solution à l'échec universitaire en 1er cycle est parfaitement connue, elle est simple et elle ne nécessiterait au final que relativement peu de moyens :

  • répartir les enseignements entre universitaires, enseignants du second degré et professionnels autour d'un ratio qui pourrait être de 50% d'universitaires, 25% d'enseignants du second degré et 25% de professionnels
  • limiter les amphis à 80 étudiants et multiplier les travaux dirigés avec des demi-groupes (de 40 étudiants donc)
  • et EVALUER les enseignants-chercheurs avant de les recruter sur leur capacité à enseigner. Sinon on n'a qu'à dire qu'on recrute des chercheurs. Au Québec par exemple, pour être recruté il faut donner un cours devant une "vraie" promotion d'étudiants, et le même cours devant uniquement des collègues de la discipline.

Tout le reste, et notamment la tonne de procédures ubuesques ou pédagogico-débilisantes autour de l'auto-evaluation ou de l'évaluation des formations par les étudiants, sans parler du bouzin foutraque et stupidement contre-productif de l'AERES, est par nature et par avance voué à perpétuer un système que l'on sait déjà condamné.

P.S. : oui je sais je suis mignon avec mon modèle des IUT mais la fac accepte - presque - tout le monde en 1er cycle alors que les IUT sont un système super-sélectif. OK. Et cela ne change absolument rien à ce que je viens de vous expliquer. Bisous.

P.S.2 : mettons-nous d'accord ami Troll, je connais évidemment aussi PLEIN d'enseignants-chercheurs qui font PARFAITEMENT leur boulot d'enseignement ET de recherche.

Licence Creative Commons. 

Auteur : Olivier Ertzscheid
"Enseigner la recherche à l'université ?" Affordance.info
http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2015/07/enseigner-la-recherche-a-luniversite.html ISSN 2260-1856. - Publié le 23 juil 2015

Dernière modification le mardi, 28 juillet 2015
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