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Nous sommes entrés depuis quelques mois dans la préparation d’élections présidentielles puis législatives qui vont conditionner tout notre environnement social,  économique et politique pour les cinq années à venir.

Il est de bon ton lorsque l’on s’intéresse à un domaine qui touche à la vie publique de regarder cette même vie par le seul bout de sa lorgnette et il faut, en cette période tout particulièrement, se garder de ce travers, au risque de perdre de sa crédibilité.

Les transformations

Mais on peut, tout de même, être légitimement surpris du peu d’écho qu’ont, dans cette campagne, les transformations du monde liées au développement du numérique. En effet, il ne s’agit pas là d’un micro phénomène marginal de société puisque certains parlent même de révolution. Les mots importent peu : chacun s’accorde à reconnaître que seront ou sont déjà impactées notre école, notre système de santé, nos réseaux de communication, nos modes de production, notre protection individuelle, notre système de répartition des richesses…en bref, tout ce qui fait notre vie de tous les jours et l’organisation de notre société. Qui plus est, les évolutions se font à une rapidité jamais connue auparavant dans les mutations du monde.

Subir ou faire des choix

Tout se passe comme si les citoyens que nous sommes étaient dépossédés de ces transformations ou plutôt comme si nous étions de toutes façons condamnés à les subir comme des phénomènes extérieurs à nos compétences citoyennes, comme des phénomènes météorologiques par exemple.

Or le rôle que doit avoir la démocratie sur ces bouleversements ne doit pas nous être confisqué : il y a des choix à faire et c’est l’occasion ou jamais de les expliciter, de les comparer, de les décider, de prendre des engagements pour l’avenir tout proche.

Il est inconcevable de laisser des territoires entiers passer à côté de la révolution numérique après être passés à côté de la révolution industrielle : ils ont droit au haut débit, ils ont droit au désenclavement.

Il est inconcevable de laisser quelques grandes sociétés privées, organisées par et grâce au numérique tirer les profits de ce fabuleux développement sans que soit organisée une redistribution équitable des richesses produites.

Il est inconcevable d’abandonner les données numériques, les traces que nous laissons tous les jours individuellement et collectivement à la libre et seule disposition de quelques groupes privés développant, pour leur propre compte ou celui de leurs clients, les capacités de stockage et les algorithmes de traitement.

Il est inconcevable de ne pas outiller intellectuellement les enfants de ce pays pour leur permettre de trouver toute leur place dans le monde numérique qui se construit, leur place étant bien entendu celle de bâtisseurs, celle d’acteurs, celle de créateurs, celle de citoyens et non simplement celle de spectateur ou de consommateur.

Il est inconcevable de ne pas profiter des opportunités nouvellement crées pour développer l’accès de tous à la culture en prenant soin de protéger et favoriser créativité, créations et créateurs. Il est inconcevable de ne pas profiter des opportunités nouvellement crées pour permettre à chacun de se former ou simplement d’apprendre tout au long de sa vie.

Il est inconcevable de laisser au bord de ce nouveau monde des pans entiers de notre population sous prétexte d’âge, de condition sociale, de discriminations diverses voire de confort de l’entre soi. Nous avons une chance nouvellement offerte de réduire les inégalités qui minent notre société et il faut la saisir.

Il est inconcevable de ne pas utiliser les réseaux numériques pour renforcer les liens entre individus, la cohésion sociale, le partage, la solidarité. Il est inconcevable de ne pas appréhender les effets des nouveaux flux de communication sur l’organisation de la société.

Il est inconcevable de ne pas chercher à apaiser les craintes légitimes ou non, rationnelles ou non que ne manque pas de susciter, dans toutes les couches de la population, le « tsunami » dont nous parlons.

Comme l’écrit dans l’Obs le philosophe Marc Alizart*, « le choix n’est pas entre technologie et absence de technologie. Le choix est entre une technologie privée et une technologie devenue un bien commun » et l’on peut ajouter au service de tous. Les hommes et les femmes politiques doivent s’approprier le débat intellectuel autour de ces questions pour mieux nous le confier.

Il est temps que des propositions claires et contextualisées soient émises sur ces thèmes par tous nos candidats pour être à la disposition des citoyens appelés à des choix cruciaux. Celles-ci en diront aussi long sur leurs visions du monde qu’ils veulent bâtir que de plus longs discours : nous attendons qu’elles soient enfin mises au cœur des débats pour que vive la démocratie et que tout citoyen soit un citoyen numérique.

*Marc Alizart est philosophe et vient de publier « Informatique céleste » aux Presses Universitaires de France.

Dernière modification le lundi, 27 mars 2017
Puyou Jacques

Professeur agrégé de mathématiques - Secrétaire national de l’An@é