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Un projet sociétal, social, éducatif et culturel aussi important que la refondation de l'école exige une mobilisation de tous les acteurs éducatifs et, bien au-delà, de tous les citoyens. Il exige aussi prioritairement que la souffrance et l'amertume accumulées dans le monde des enseignants du premier degré soient progressivement effacées au profit d'un nouvel enthousiasme à la hauteur de l'importance des enjeux pour les 20 ou 30 ans qui viennent.

L’absence de pédagogie de la réforme a sans doute été l’une des raisons majeures de l’échec et de l’abandon de la loi d’orientation de 1989 (loi Jospin). C’était pourtant une loi refondatrice à bien des égards. Elle osait même quelques ruptures quant à la place de l’élève, au travail d’équipe des enseignants, à l’évaluation, à l’ouverture de l’école avec les contrats éducatifs locaux.

A l’évidence, aucune leçon n’a été tirée de cette période de l’histoire de l’école. Tous les discours officiels et tous les rapports indiquaient pourtant que tout allait bien dans le meilleur des mondes, que la révolution était en marche, que l’encadrement était efficace, que les résultats seraient à la hauteur des espoirs et des volontés.

Las, en 2002, la loi était balayée d’un revers de main sans évaluation et sans une larme. Elle a été enterrée discrètement et on n’ose plus l’évoquer, même pas chez les amis de ses concepteurs.

Apparemment, nous sommes partis sur le même chemin.

On prétend conduire le changement sans changer la conduite.

Même fonctionnement pyramidal autoritaire sans mobilisation de la base. Même système d’inspection sur les mêmes bases. Même évaluations toujours exigées pour un illusoire pilotage par les résultats sans se mobiliser sur les pratiques qui les produisent. Mêmes programmes durant 4 ans au moins indiquant qu’ils seraient compatibles avec une refondation et donc, pourquoi en changer ? Même climat dans les écoles avec les mêmes pressions, une ignorance de la réalité des charges de travail cumulées, une impasse sur le besoin d’accompagnement non hiérarchique… Rien pour donner de l’enthousiasme.

Pour moi, il est impossible de conduire le changement sans changer la conduite. Et il commence à être trop tard pour le faire.

Et pour vous ?

Publié sur le blog de P Frackowiak

Dernière modification le mardi, 21 avril 2015
Frackowiak Pierre

Inspecteur honoraire de l’Education nationale. Vice-président de la Ligue de l’Enseignement 62. Co-auteur avec Philippe Meirieu de "L’éducation peut-elle être encore au cœur d’un projet de société ?". Editions de l’Aube. 2008. Réédition en format de poche, 2009. Auteur de "Pour une école du futur. Du neuf et du courage." Préface de Philippe Meirieu. La Chronique Sociale. 2009. Auteur de "La place de l’élève à l’école". La Chronique Sociale. Lyon. Auteur de tribunes, analyses, sur les sites educavox, meirieu.com. Prochainement, une BD avec les dessins de J.Risso :"L"école, en rire, en pleurer, en rêver". Préface de A. Giordan. Postface de Ph. Meirieu. Chronique Sociale. 2012.

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