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Les compétences d'un élève varient selon le contexte et l'image qu'il a de lui-même.
En publiant en 2002 dans un ouvrage intitulé "Réussir ou échouer à l'école : une question de contexte ?" (éd. PUG, 2002) avec Pascal HUGUET directeur de recherche au laboratoire de psychologie cognitive de l'Université de Marseille, les résultats d'un ensemble de travaux fondé sur un parcours de recherche d'une vingtaine d'années dans le domaine de la régulation sociale des productions cognitives, le professeur Jean Marc Monteil alors recteur de l'Académie, propose des arguments empiriques en faveur d'une prise en compte du contexte ( qui correspond à la fois à la fois à l'état interne et à l'environnement du sujet ) pour comprendre mieux les performances de l'élève.

"Obtenir, écrivent les auteurs, en jouant sur la distribution de sanctions de réussite et d'échec et sur la nature du contexte (anonymat ou visibilité), des modifications importantes de compétences cognitives chez de bons et de mauvais élèves, révèle que ces élèves réagissent différemment à des situations identiques


Les performances intellectuelles et leur variation entre élèves ne devraient donc plus être regardées comme le produit direct des compétences propres de ces élèves mais aussi, en partie, comme le produit dérivé de la rencontre entre une situation de réalisation actuelle et une histoire scolaire ( faite d'évaluations et de comparaisons successives)
C'est pourquoi, les performances cognitives, ici scolaires, doivent être aussi considérées comme dépendantes des conditions sociales dans lesquelles elles se réalisent ( comparaisons favorables ou défavorables, évaluations positives ou négatives, présence ou absence d'autrui,etc..)"

Les performances et les conduites sociales en classe varient donc de manière importante selon que le système scolaire encourage la compétition ou la coopération, selon que les représentations de soi mobilisées face à tel ou tel exercice renvoient à des expériences passées de réussite ou d'échec, ou encore selon la nature des rôles sociaux (par exemple ceux liés à l'appartenance de sexe) intériorisés au fil du temps par les individus.

D'autres études ont montré, depuis, que « les élèves peuvent échouer lors des évaluations car leur attention est partagée entre le travail qu'ils doivent accomplir et les doutes qui les assaillent sur la valeur de leur niveau de compétence » et qu'en particulier « la nature des consignes données avant la réalisation d'exercices (...) est en mesure de moduler les performances des élèves en fonction de leur genre, en mobilisant le phénomène de menace du stéréotype comme hypothèse explicative. »

Malgré les publications des auteurs et la communication en 2001 en direction des personnels d'inspection ( Poitiers ) et de direction ( Marseille) ces résultats pénètrent ( trop) lentement la pratique enseignante.

Aujourd'hui encore, les débats sur l'école font rarement état des travaux de recherche en psychologie sociale et en psychologie de l'enfant.

Si les ESPE ( voire les anciens IUFM) ont pu ouvrir leurs portes à ces apports essentiels au métier d'enseignant, on doit constater qu'un nombre important encore d'enseignants n'ont jamais reçu de véritable formation pédagogique initiale.

La formation continue dont les moyens n'ont cessé de diminuer jusqu'à l'an dernier s'est en effet prioritairement centrée sur la didactique des disciplines accentuant par là la difficulté des enseignants à comprendre l'échec scolaire de certains de leurs élèves, et à envisager la pluridisciplinarité comme moyen de réussite d'un plus grand nombre.

Les débats polémiques qui ont accompagné la conférence nationale sur l'évaluation des élèves, lancée en juin 2014, sur « le maintien ou la suppression des notes » résument bien la difficulté endémique de l'Education nationale à faire profiter les praticiens de l'Ecole, des travaux de recherche universitaires sur ce qui fait la particularité de l'école, la complexité du fonctionnement de ce « réacteur chimique » qu'est la classe.

On n'apprend jamais dans un vide social

Lors de l'Université d'été Ludovia et plus particulièrement en ouverture des travaux du colloque scientifique qui chaque année ouvre ses portes a des communications de chercheurs, Jean Marc MONTEIL devant un amphithéâtre bondé d'enseignants heureux d' être là, et en présence d'Hélène BERNARD rectrice de l'académie de Toulouse et d'élus régionaux, avec la flamme d'enseignant qu'on lui connait, présente les résultats de ces travaux de recherche scientifiques sur les performances cognitives en contexte scolaire.

Il s'inspire en cela de la leçon inaugurale donnée le 11 janvier 2011 au CNAM qu'il rejoint comme professeur, sur la chaire en "sciences du comportement et applications » et où il dit sa conviction que les résultats de ces travaux seront socialement avérés lorsque les neurosciences auront fait la preuve de leur réalité scientifique dans les systèmes vivants.

Professeur des universités de classe exceptionnelle, Jean Marc Monteil est docteur en sciences psychologiques et sociales et docteur d'Etat ès lettres et sciences humaines. Ancien directeur général de l'Enseignement supérieur (DGES) au ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et ancien Recteur il est aujourd'hui chargé d'une mission sur le Numérique dans l'Education par le Premier Ministre.

Il découvre cette année l'Université d'été Ludovia.

 

« Je ne suis pas déçu en venant ici » confie -t-il dans cet entretien qui porte sur la relation entre la pratique enseignante et les travaux de recherche universitaires.

« Un chercheur doit exister scientifiquement dans l'espace de sa communauté scientifique avec des exigences de publication » dit-il « l'exigence du transfert est également important chez les praticiens, mais c'est difficile de faire les deux ! »

Alors que la deuxième phase d'étude des dossiers e-Fran est en cours Jean Marc Monteil, dans le cadre de sa mission prépare un nouveau projet.

« On réfléchit sur les lycées professionnels à la façon de promouvoir des environnements d'enseignements et d'apprentissages susceptibles de faire émerger les nouvelles compétences nécessaires pour exercer les métiers de demain . »

En effet « l' automatisation a travers le numérique va générer une logique destruction-création d'emplois et les experts s'accordent pour dire que dans certains secteurs la destruction d'emplois sera importante. On ne connait pas les contenus des métiers de demain mais on commence à savoir ce qu'ils vont réclamer du point de vue des compétences : on essaie d'anticiper. »

Le travail collaboratif induira certainement une nouvelle ergonomie cognitive dans le travail. La pédagogie de projet sera la règle : déjà développée dans l'enseignement technique et professionnel elle nécessite des compétences de coopération qu'il s'agira de développer.

Une quinzaine de chercheurs participeront au projet et le Commissariat Général à l'Investissement apportera un financement conséquent.

Claude TRAN
Proviseur honoraire
Vice Président de l'An@é

Dernière modification le vendredi, 09 septembre 2016
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, consultant.

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