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La grande révolution, c'est le Web de l'apprendre ensemble
Après s’être autosaisi, il y a un an, de la question de l'école et de la manière dont y sont préparés les enfants à la révolution numérique, le Conseil national du numérique (CNNum) rendait public le vendredi 3 octobre son rapport sur l’école, intitulé « Jules FERRY 3.0 », qu’il venait d’adopter à l’unanimité de ses membres...

Benoît THIEULIN ,le Président du CNNum et deux des auteurs de l'enquête, Sophie PENE et Serge ABITBUL, en rendaient compte au Président de la République jeudi 30 octobre . Selon Benoît THIEULIN, le chef de l'Etat s’est montré "enthousiaste" et prêt à reprendre à son compte quelques-unes des propositions du CnNum dans son projet.
Ce plan en 8 axes et 40 recommandations « pour bâtir une école juste et créative dans un monde numérique», remis au gouvernement et au Président de la République, a été rédigé par le groupe de travail Education et Numérique constitué de professionnels de l’éducation et du numérique, d'informaticiens, de mathématiciens, de chercheurs, de philosophes, d’élus .. . Le processus de concertation fait de “journées contributives” (sessions de travail collectives avec des personnalités extérieures), de tables rondes autour de thématiques précises et d’auditions ciblées a permis aux membres du groupe de rencontrer et d’échanger avec plus d’une centaine de personnalités de l’écosystème ”Education et numérique», représentatives des différentes parties prenantes dont de nombreux enseignants.

Dans l'avant-propos du rapport, Sophie PENE, pilote du groupe de travail Education et Numérique, fait le constat que "Les sujets numériques sont aujourd'hui absents ou quasi absents des formations, initiales, continues, y compris dans les cursus les plus brillants. La compétence et les savoirs sont confiés à la curiosité et a l'expérience de chacun , créant des écarts problématiques et une sous évaluation générale des dimensions critiques ."
Elle joute : Le CNNum bute tout le temps dans ses réflexions sur le fait que « les politiques, les décideurs, dans les entreprises et dans les administrations , ont une culture numérique, une compréhension des problèmes et des points critiques qui est très faible, dans l’ensemble, pour beaucoup de raisons qui tiennent entre autres à la façon dont ils ont été formés. »
Pour le CNNum il s'agit donc de "confirmer l'école dans sa responsabilité d'une éducation numérique pour tous, permettant une initiation à des savoirs qui sont partie intégrante des savoirs fondamentaux et ce, quelles que soient les trajectoires

C’est au Centre de Recherche Interdisciplinaire crée et dirigé par François TADDEI et Ariel LINDNER que Sophie PENE a bien voulu accepter cette interview sous forme d’un entretien pour Educavox, le média des Acteurs de l’Ecole.
Professeur à l’Université Paris Descartes, elle enseigne au CRI dans la spécialité FOSTER (Formation pour l’Ouverture des Sciences, des Technologies, de l’Education et de la Recherche) du Master AIRE (universités Paris Descartes et Paris Diderot) qui propose un programme de 2 ans autour de l’innovation pédagogique alliant recherche et technologies, à destination des nouveaux acteurs de l’éducation.
Membre du réseau d’experts de l’ETALAB, elle est également membre du CNNum où elle pilote de groupe de travail Education et Numérique.

Pourquoi appeler ce rapport « Jules Ferry 3.0 » ?
Pour Sophie PENE, l’idée de l’Ecole de Jules FERRY c’est l’école pour tout le monde qui permet aux gens de vivre dans leur époque .. L’idée du web 3.0 c’est celle du Web sémantique et "la grande révolution c’est le web du sens, le web de l’apprendre ensemble."
Et si le numérique pouvait servir à quelque chose, ne pourrait-ce être à rebattre les cartes de l’égalité ? Car des possibilités résident « dans une école en réseau d’une société numérique où le numérique a pour fonction de restaurer une vision de l’égalité »
L’équipement en matériel, la dotation de tablettes par exemple ,suffit-elle à faire une école plus juste et plus créative ?
 "Quand on dit numérique, la plupart des gens voient un ordinateur .Il faut y voir aussi un changement dans les savoirs, l’avènement d’une société de la question plutôt que de la réponse. Le numérique n’est pas qu’un simple outillage ou un système médiatique particulièrement puissant, C’est une transformation profonde des pouvoirs, des systèmes de décision, de compréhension et de production du sens .."

Première recommandation : enseigner l’informatique, une exigence !
Pourquoi une nouvelle discipline quand on prône l’interdisciplinarité ?
Le CNNum apporte ici la réponse à cette question.
Chaque discipline doit certes se transformer et s’imprégner de nouveaux outils et de nouveaux points de vue ; mais en faisant « le constat de l’absence absolue de compétences informatiques dans les établissements et en particulier dans les lycées », Sophie PENE s’interroge : « Pourquoi ce savoir-là serait-il le seul qui ne mériterait pas d’avoir d’enseignants ?..
Eliminer l’informatique du cursus de formation , deviendrait-il une querelle religieuse ?
On a besoin « au cœur des lycées des compétences fortes en informatique avec sa vrai logique, de vrai concepts, une vrai culture, de vrais savoirs …. »

Pour le CNNum," l’informatique c’est le cheval de TROIE de l’interdisciplinarité".
Daniel KAPLAN cofondateur et délégué général de la Fondation pour l’Internet Nouvelle Génération (FING), également membre du CNNum explique de la même façon cette idée de cheval de Troie :  «il faut changer d’approche. Je crois désormais à la nécessité de proposer des “points d’application” précis pour faire levier, pour engager une vraie dynamique de changement à l’échelle, non plus d’expériences individuelles (aussi excellentes soient-elles), mais de l’ensemble du système. »….D’où l’idée autour de laquelle nous avons convergé, entre ceux qui, dès le départ, militaient en faveur de l’enseignement de l’informatique et ceux qui n’y croyaient pas : faire de cet enseignement le “cheval de Troie” par lequel élèves et enseignants explorent de nouvelles formes de travail et d’apprentissage. Nous considérons en effet qu’il serait absurde et même néfaste d’enseigner l’informatique au tableau noir (voire au tableau blanc interactif), que son enseignement passe nécessairement par une organisation en projets et par un travail collectif. Et où trouver des “projets” qui ont du sens ? Dans les autres disciplines ! Voici notre angle, et je le crois nouveau : faire de l’enseignement de l’informatique le levier d’un changement qui le dépasse et qui introduit avec lui, par la pratique autant que la théorie, une “littératie numérique” que nous plaçons au même niveau d’importance. »

La Présidence de la République et le gouvernement se sont saisis de ce dossier stratégique pour notre pays. Le plan numérique pour l’Ecole doit être présenté dans les semaines qui viennent.

Claude TRAN


 
Dernière modification le mardi, 10 janvier 2017
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, journaliste à ToutEduc, chroniqueur à Ludomag.

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