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L’An@é qui souhaite donner une large place aux efforts que déploient les entreprises françaises dans le développement de la filière industrielle du numérique éducatif a rencontré de nombreux acteurs de cette filière.
La tablette tactile est aujourd’hui un des terminaux privilégiés utilisé par le grand public en France comme ailleurs. Son marché génère une forte activité industrielle et commerciale. Les entreprises françaises ne peuvent s’y confronter frontalement et choisissent souvent des secteurs plus spécifiques pour proposer des solutions qui rencontrent le succès y compris outre atlantique. Une des spécificités de l’industrie du numérique éducatif français, c’est la richesse de son expertise pédagogique et la multitude des start up qui y travaillent. Les tablettes numériques à la française pour l’éducation sont elles une alternative aux produits généralistes grand public ?

Les tablettes tactiles en Education

L’usage des tablettes en classe fait l’objet depuis 2010 de nombreuses expérimentations en France dans des classes de l’école primaire, du collège ou du lycée. A l’initiative des instances académiques ou de collectivités territoriales elles concernent un total de plusieurs milliers d’élèves.
Les objectifs assignées à ces expéri
mentations sont très divers et concernent quelques élèves ou quelques classes d’un établissement mais il s’agit le plus souvent d’expérimenter « l’utilisation des tablettes en taille réelle, en équipant directement les classes. Le principe est de rendre les élèves dépositaires et utilisateurs des machines aussi bien en classe qu’en dehors. Ainsi, les collégiens et lycéens concernés en disposeront chez eux. Les élèves des écoles primaires utiliseront ces machines à l’école : en classe mais aussi sur des temps péri-scolaires ou d’aide individualisée.... »
 
Pourquoi ce média tactile s’est-il rapidement imposé comme un support pédagogique de prédilection ?
 
Les premiers retours d’expériences ont permis d’identifier de nombreux avantages aux tablettes :
  • Outil mobile et personnel de faible poids, il peut contribuer à alléger les cartables ; grâce à son format proche du « livre » ou du « cahier » il améliore l’accessibilité au numérique dans un milieu scolaire comme à la maison.
  • Il permet à l’enseignant d’accompagner le travail individuel ou en groupe.
  • Il offre la possibilité d’accéder aisément et de consommer des ressources et contenus numériques.
  • Les usages sont d’une grande diversité : lecture, consultation presse et dictionnaires, Internet,… et il intègre des outils permettant la création et la production : appareil photo, caméra, calculatrice, loupe, GPS…
  • Outil de proximité entre l’humain et la machine il facilite par ailleurs l’usage et les accès pour des personnes en situation de handicap.
On le voit bien, au moment où le Parlement instaure l’Education aux médias dans les programmes de l’école, la tablette numérique tactile peut y occuper une place déterminante

Quelles expérimentations ?

Les expérimentations les plus emblématiques car concernant de nombreux élèves sont cell
es menées par des conseils généraux ou des métropoles qui ont fait le choix d’attribuer une tablette par élève et par professeur (souvent après avoir attribué un ordinateur portable ). Elles ont été pour ces raisons fortement médiatisées. C’est le cas de la Corrèze, de la Somme, de la Saône et Loire
Si le partenariat entre l’Education Nationale, la collectivité territoriale et les entreprises qui sont impliquées dans les projets va de soi pour assurer le suivi méthodologique et pédagogique de ces expérimentations, il est rare que la Recherche soit associée à ces démarches de suivi et encore moins associée à la construction du projet. Ce qui prive ces expériences de la dimension scientifique de leur éventuelle évaluation par l’observation de la possible plus-value que constitue l’usage par l’apprenant d’une tablette tactile. Des rapports de suivi, sous forme de bilan, rédigés par les CTICE sont en général publiés et l’Inspection Générale a mené pour certaines d’entre elles des études plus approfondies sous la forme d’audits utiles à leur compréhension.

Par ailleurs ces expériences utilisent des matériels du marché Apple, Androïd ou Windows où l’iPad d’Apple prend une place importante ce qui conduit les partenaires à s’interroger sur le BYOD ( Bring Your Own Device). Ce concept anglo-saxon qui s’est largement développé depuis quelques années avec des entreprises qui restent relativement réticentes à le mettre en œuvre dans leur organisation, désigne l’utilisation des équipements personnels (ordinateur portable, tablette, téléphone mobile...) dans un cadre professionnel. Ces appareils informatiques ne sont donc pas fournis par l’entreprise mais permettent aux salariés de se connecter au réseau interne, d’emporter des documents, de stocker des e-mails... afin de travailler à distance.

Il règlerait aux yeux de certains le problème financier que pose inévitablement l’équipement de tous les élèves, et faciliterait l’usage de matériels connus des jeunes dans leur usage personnel qu’il sont tentés aujourd’hui déjà d’apporter à l’école.
La question qui reste toutefois posée est celle de la réelle adaptation des tablettes tactiles proposées par les constructeurs à l’univers de l’éducation. Un certain nombre de problèmes sont en effet posés comme la protection limitée des données personnelles des élèves, un accès à des contenus éducatifs via des plateformes marchandes, un impossible contrôle par le professeur des élèves tentés de surfer sur Internet en cours, une faible capacité à interagir avec les ressources ou les outils existants dans les établissements et en particulier avec les ENT qui se généralisent .

Cela pose avant tout la question suivante : tablettes du marché grand public ou tablettes spécifiques à l’Ecole ? Qui se traduisent également par une autre question : tablettes conçues par des entreprises françaises ou non ?
Si 100% des élèves doivent être un jour ( pas très lointain ? ) équipés, on peut comprendre que stratégiquement, dans le contexte de dynamisation de la filière numérique industrielle française, qui possède de nombreux atouts, le choix est loin d’être innocent.
Les solutions françaises
Trois entreprises françaises ont fait ce choix de proposer aux enseignants des tablettes spécifiques à l’Ecole. Toutes trois présentent l’originalité de proposer d’emblée outre la tablette, le logiciel pédagogique pour les enseignants et des solutions de contenus pédagogiques avec le concours d’éditeurs français.
La société française BIC et le géant américain Intel, proposent la solution BIC Education avec la BIC Tab, une ardoise numérique qui se veut davantage qu’une tablette tactile, et BIC Connect le logiciel pédagogique pour les enseignants. Fabriquée en France, l’ardoise numérique tourne sur Linux et est accompagnée d’un stylet spécialement conçu pour les enfants.

STANTUM commercialise sa tablette GALLAGO made in France et son service Cloud ELULE. Cette PME n’est pas un nouveau venu dans le monde des tablettes tactiles multitouch. C’est même un précurseur des tablettes tactiles. Elle a lancé en 2005 la Lemur, une table de mixage qui a révolutionné le monde de la musique. À l’époque, un partenariat avec Apple a même été signé. STANTUM, expérimente la tablette GALLAGO et ELULE en Gironde dans des écoles primaires.

Le projet TED

Enfin, UNOWHY propose une solution entièrement conçue et fabriquée en France, à tous les niveaux qui associe une tablette tactile spécialement conçue pour un usage en environnement scolaire aux logiciels pédagogiques et contenus digitaux AbulEdu de la société RyXeo
UNOWHY, créateur de la tablette tactile française Qooq qui a été popularisée aux États-Unis par Oprah Winfrey, a été retenue par le grand emprunt pour équiper les salles de classe d’ardoises numériques. Le projet TED (tablette pour une éducation digitale) regroupe également avec le Conseil Général de Saône et Loire et l’académie de Dijon, l’éditeur Editis (Nathan, Bordas, le Robert), l’Université de Poitiers (Techné) mais aussi le Centre Régional de Documentation Pédagogique de l’Académie de Dijon et Logosapience, spécialiste des logiciels scolaires interactifs.

« Cette initiative doit permettre de proposer une alternative aux produits et services américains comme l’iPad. La fabrication des tablettes se fait en France dans une usine d’Éolane implantée à Montceau-les-Mines. Labellisé par le pôle de compétitivité Cap Digital, TED va recevoir l’aide du Fonds national pour la société numérique (FSN). Cette somme doit permettre d’équiper rapidement des élèves de Saône-et-Loire de la 6ème à la 3ème avec 3000 machines. Cette expérimentation à grande échelle pourrait être la première étape d’un déploiement plus large. »
L’originalité du projet TED c’est bien la dimension de l’expérimentation, la place de la Recherche dans la démarche, le partenariat entre Etat, collectivités et entreprises, l’interdépendance outil et usages, avec une place dévolue aux éditeurs du numérique éducatif.
Les vidéos réalisées par UNOWHY, dans deux des collèges qui participent à l’expérimentation, donnent la parole aux usagers de la tablette.

Au collège Jean Vilar de Chalons sur Saône


 

Au Collège Condorcet de La Chapelle de Guinchay


 

Le laboratoire de Recherche TECHNE que dirige Jean François Cerisier, est très impliqué dans cette expérimentation qui est à ce jour l’expérimentation accompagnée par la Recherche, la plus importante jamais réalisée en France. Bruno DEVAUCHELLE, enseignant chercheur au TECHNE est responsable scientifique du projet. Pauline CHAINTRIER est Ingénieur d’Etude au sein du laboratoire et chef du projet TED. Elle nous explique dans cette interview les contours de sa mission dans cette expérimentation.




Claude TRAN

Dernière modification le lundi, 10 novembre 2014
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc.
A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. 
Tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, il est aujourd’hui Vice Président de l’An@é co-fondatrice d'Educavox et membre du Comité de rédaction .

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