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Agrégé de lettres modernes, docteur és lettres Pascal BOUCHARD a d'abord été enseignant avant d'être, entre autres, producteur à France Culture, co-fondateur de l'AEF ( Agence Education Formation ) et aujourd'hui directeur de ToutEduc, un site d'information numérique qui "défend des valeurs : le primat de l'éducation et le respect dû à tous les acteurs du système Educatif ».

Il publie également plusieurs essais en particulier sur l'Education dont le dernier se révèle d'actualité.

Numérique et journalistes

Le numérique est devenu un outil politique puissant.

Des 2008 aux États Unis, pour l'élection du président Barack Obama, les réseaux sociaux ont joué un rôle prépondérant pour multiplier la visibilité du candidat. Leur rôle central dans l'élection présidentielle française en particulier en direction des jeunes de 18 à 34 ans aura été confirmé ce d'autant plus qu'un nombre croissant de citoyens s'informent sur internet Tous les candidats ont utilisé le web social dans cette campagne.

Si ces réseaux constituent des outils performants de diffusion de l'information ciblée des candidats dont l'activité et l'audience rendent compte, ils sont aussi révélateurs de l'impact d'une communication politique en particulier grâce à l'analyse de l'engagement des " followers".

Un autre aspect nouveau de l'usage du numérique dont les élections américaines ont révélé la systématisation, c'est bien l'apparition des " fake news", véritables outils de désinformation et de propagande qui ont amené les grands Mé dias traditionnels à installer des dispositifs de " fact checking" où des journalistes s'emploient à vérifier en temps réels la fiabilité des sites web et à " détricoter " l'information diffusée.

A l'oeuvre lors des différents débats organisés dans la campagne pour l'élection présidentielle française ces "Décodeurs" ont pu révéler combien certains candidats pouvaient également user d'informations imprécises, erronés ou complètement fausses voire de rumeurs.

Mais alors à qui faire confiance ? Comment trouver l'information vraie ?

Il s'agit d'abord de la distinguer bien sûr de la donnée - la data- dont on sait que son interprétation constitue l'information.

Heureusement la grande majorité des journalistes qui sont ces interprètes restent attachés aux règles déontologiques qui régissent la profession avec les exigences morales que sont l'impartialité, la distance critique, l'absence de collusions...

Pascal BOUCHARD est de ceux là.

Et si j'ai souhaité réaliser avec ce journaliste spécialiste des questions d'Education cet entretien pour Educavox c'est d'abord parce que son cursus est assez singulier mais aussi parce que le site ToutEduc (site payant par abonnement)qu'il a créé en 2008 présente quelques particularités.

 


Fonctionnant comme une agence de presse, ToutEduc, "sélectionne dans la masse d'informations disponibles celles qui font avancer les débats". Animé par une équipe, ce site se remarque par une véritable culture de la brièveté et de la simplicité : pas d'images , peu de couleurs, un design qui peut paraître ascetique, mais qui donne avant tout la priorité à de l'information sans fioritures, utile, utilisable, compréhensible.

On poste chaque jour des articles. Une "lettre" est publiée chaque mercredi, avec un édito, fruit d'un véritable travail de coopération et de partage par l'équipe de rédaction qui se réunit en début de chaque semaine en conférence de rédaction.

Enseignant ou journaliste, Pascal BOUCHARD se revendique médiateur : "je fais du lien" dit-il et cela exige le "respect de celles et ceux qui me paraissent respectables ".

Un journaliste pédagogue qui aime écrire.

" Vive l'Ecrit" affirme ce journaliste pédagogue dont le plaisir d'écrire est manifeste. Il lui arrive d'ailleurs d'élargir sa réflexion sur la société en prenant la plume de l'essayiste .

Après " Je hais les pédagogues", publié aux éditions Fabert en 2013 avec pour sous titre, " l'école pourra-t-elle éviter une nouvelle guerre de religion? où il s'en prend aux "républicains anti-pédagogues qui dénient les réalités complexes des processus éducatifs" sans ménager "les démocrates pédagogues qui se laissent prendre au piège des économistes qui tentent de mesurer les "acquis cognitifs" et d'en tirer des principes pour l'action politique ", Pascal BOUCHARD réitère ce plaisir de la provocation tranquille avec un nouvel ouvrage .

" Ce que vivre m'a appris", également publié aux éditions Fabert, constitue pour l'auteur, et c'est son sous titre, " un éloge de la médiocrité, du politiquement correct et de la bien pensance ".

La lecture est facile mais les nombreuses questions qu'il pose au travers des analyses qu'il fait de l'argent, de la valeur travail, de la justice ..si elles agacent parfois le lecteur, l'amènent à accepter l'invitation de l'auteur " à aller plus loin , à prolonger la réflexion , à continuer le débat".

Le savoir n'existe pas, sa transmission encore moins . A quoi sert l'Ecole ?

Dans tous les chapitres l'auteur énonce quelques vérités largement partagées :
" En matière d'éducation, les expériences réussissent toujours parce qu'elles sont portées par des gens qui y croient, et les généralisations échouent toujours parce que sont priés de les mettre en œuvre des enseignants qui sont traités comme des exécutants chargés d'appliquer un programme conçu sans eux."
" Les enseignants sont au cœur d'une aporie. On leur reproche souvent leur résistance au changement. Rien ne prouve qu'ils le soient davantage que les médecins, les agriculteurs ou les gardiens d'immeubles mais admettons qu'ils le soient. Leur "conservatisme" se comprend s'ils sont au point d'équilibre fragile des forces centrifuges qui traversent le corps social et leurs expressions politiques.
S'y ajoutent deux raisons de moindre importance. Les enseignants doivent leur situation au concours qu'ils ont réussi, ils se sont donc inscrits dans la logique d'un système individualiste et sélectif, et voilà qu'on leur demande de faire réussir tous leurs élèves sur un mode coopératif. Le changement de paradigme est parfois ressenti comme une entreprise de délégitimation."

L'enseignant se révèle dans ce chapitre.

Pour Pascal BOUCHARD, le savoir est un horizon, et comme tel, il ne saurait être transmis. Les éléments du savoir qui font l'objet d'un enseignement, écrit-il, sont en réalité les médiateurs d'un autre savoir , un " meta-savoir" , un " savoir-savoir", savoir où chercher le savoir, savoir s'interroger et interroger, savoir qu'on ne sait pas...." Et il n'y a pas d'enseignement qui se conçoive sans transmission de valeurs.

A quoi sert la démocratie ?

Dans son "éloge de la social démocratie", Pascal Bouchard écrit :

Une société apaisée n'est pas une société sans conflits ...La démocratie prend du temps car elle est procédurière mais c'est nécessaire.

Notre démocratie représentative est arrivée toutefois à un point de difficulté en particulier pour traiter de nombreux sujets de société ou de politique locale. Toutes les décisions politiques doivent-elles être prises par délégation?  Démocratie participative ? Démocratie par tirage au sort ? 

Il raconte :

Un ami africain m'a dit un jour « on entend pas la voix du chef ». D'abord je n'ai pas compris cette étrange aphorisme. Il m'a expliqué. Le chef réunit sous le baobab tous ceux qui doivent palabrer. Lui les écoute. Tantôt il hoche la tête, tantôt, d'un petit signe de la main, il donne la parole au tenant de la position adverse, puis à un troisième, il note que peu à peu, les points de vue se rapprochent, qu'un consensus se fait jour, qu'une solution acceptable par le plus grand nombre est à portée de main. C'est alors seulement qu'il prend la parole.

Nous n'avons pas toujours le temps de la palabre, même si je rêve que, surtout les sujets qui le permettent, des Conseils Économiques et Sociaux de bassin tiennent lieu de baobabs.

Sous nos climats et à l'heure d'Internet, un chef d'État doit savoir trancher les noeuds gordiens sans attendre qu'on les délie, mais il sait aussi attendre que le temps fasse son œuvre, il est à la fois patient et pressé, ferme et souple, un alliage de qualités assez rare et qu'on ne trouve pas chez ceux qui font profession de renverser les tables."

Une réflexion que l'on ne peut s'empécher d'imaginer qu'elle convient à la situation politique actuelle.

Pascal BOUCHARD qui se définit comme " social démocrate tendance anarchiste " prend volontiers le contre pied des opinions communes.

"D'aucuns dénonceront sans doute ici mon goût de la formule, écrit-il, ce dont je ne pourrai les blâmer, et mon amour du paradoxe, ce en quoi ils feront erreur. C'est en effet à tort que le "politiquement correct" est associé au conformisme voire à la paresse intellectuelle."

 Et s'il fallait choisir a nouveau un extrait de cet essai pour illustrer ce propos je choisirais celui-ci: 

"La fraternité ne serait donc pas le troisième terme de la devise républicaine, mais le premier, celui qui fonde l'idée même d'une res publica, d'une zone de convergences des intérêts et des besoins de chacun, et dont notre Ve République n'est qu'un avatar ."

Dernière modification le vendredi, 23 juin 2017
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, consultant.

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