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A la rentrée 2012 les élèves de terminale S qui avaient auparavant le choix entre quatre enseignements de spécialités obligatoires, Mathématiques, Sciences Physiques, Sciences et Vie de la Terre et Territoire et Citoyenneté (spécifique aux lycées agricoles), ont eu la possibilité de choisir également la spécialité Informatique et Sciences du Numérique.
L’objectif de l’enseignement de spécialité ISN en classe terminale de la série S n’est pas de former des experts en informatique, mais plutôt de fournir aux élèves quelques notions fondamentales et de les sensibiliser aux questions de société induites.
 
Les notions scientifiques enseignées dans cette spécialité sur un horaire de 2h hebdomadaires doivent permettre « de comprendre les usages (internet, réseaux sociaux, ...), les créations (objets numériques, représentations 3D), les applications (logiciels) et les enjeux de l’informatique (sécurité, confidentialité, protection de la personne). »
 
 Les savoirs et les capacités à développer sont construits autour de quatre parties : représentationde l’information, algorithmique, langages et programmation, architectures matérielles.
 
La démarche pédagogique privilégie un travail pluridisciplinaire et collaboratif avec des périodes spécifiques favorisant une alternance entre différents types d’activités (acquisition de nouveaux savoirs, exposés, projets)
 
Cet enseignement que suivent aujourd’hui quelques 10000 élèves de terminale S constitue une première et partielle rupture avec le passé.
 
En effet l’enseignement de l’informatique n’existe plus dans l’enseignement secondaire en France depuis 1998.
Comment expliquer qu’une « science omniprésente dans la société soit totalement absente du système éducatif » depuis près de 15 ans, et alors même que de nombreux pays ont fait un choix inverse ?
 
Le ministère de l’Education Nationale le reconnaît en affirmant dans l’arrêté d’octobre 2011 créant cette spécialité : « Les sciences informatiques, et plus généralement les sciences du numérique, ont aujourd’hui envahi nos vies professionnelles et personnelles. Elles ont entraîné des mutations profondes dans nos sociétés (culture, sciences, économie, politique, etc.). Pourtant, seule une faible partie de la population maîtrise les mécanismes fondamentaux qui régissent ces mutations et est en mesure d’apprécier les enjeux sociétaux qui en découlent. L’enseignement de l’informatique au lycée peut contribuer à réduire cette fracture. »
 
Les multiples tergiversations des années 90 (suppression en 1992 de l’option informatique de 2de, 1ère et terminale, rétablie en 1995 puis à nouveau supprimée en 1998 ) trouvent certainement leurs causes dans l’opposition entre tenants de la création d’une discipline informatique et apôtres de l’enseignement de cette science par le biais de chacune des disciplines existantes. Il est maintenant indéniable que cette deuxième voie a constitué une véritable impasse.
La (trop) forte prégnance des Inspections Générales et la regrettable concurrence que les disciplines se font entre elles en termes d’horaire d’enseignement a-t-elle joué un rôle dans ce choix ? N’aurait-on pas eu intérêt à jouer sur les deux options à la fois ?
 
La pénurie d’informaticiens de qualité en France et la profonde désaffection des élèves pour les disciplines scientifiques constituent aujourd’hui un handicap majeur pour notre pays au moment où le numérique peut constituer un levier de sortie de crise.
 
Et il est clair qu’apprendre avec des outils qui deviennent rapidement obsolètes rend indispensable de maîtriser un « petit nombre de concepts comme les notions de littératie, de langage, d’algorithme... car ces concepts constituent des clés essentielles pour comprendre le monde présent ».
 
Alors que faire ?
Vincent Peillon qui souhaite « faire entrer l’École dans l’ère du numérique »  affirme dans son discours du 13 décembre2012 qu’il faut « que les élèves puissent acquérir à l’École de nouvelles compétences pour comprendre le monde numérique ».
 
Il a d’ores et déjà décidé d’ouvrir à la rentrée 2013 cette spécialité ISNaux autres baccalauréats généraux et technologiques avec bien sûr une adaptation des contenus aux objectifs de ces séries, et de renforcer l’informatique dans l’enseignement de la technologie au collège. Car il est évident que « ce ne sont pasles seuls élèves scientifiques qui vivront dans la société numérique de demain. Les juristes, les économistes, les archéologues aussi ! »
 
Cela sera-t-il suffisant compte tenu des enjeux ?
L’informatique n’est-elle pas appelée à devenir une culture voire un enseignement aussi fondamental que peut l’être l’écriture, la lecture, le calcul ?
 
Pour Eric BRUILLARD, professeur des Universités, directeur du laboratoire STEF de l’ENS de Cachan, « l’actualisation du lire-écrire-compter prend en compte l’informatique et ses technologies, afin de développer des compétences, faire acquérir des connaissances, d’émanciper les humains en leur donnant un pouvoir d’agir. On pourrait risquer une mise à jour, en remplaçant« compter » par « computer », jeu de mot facile, et expression euphoniquement peu heureuse, mais qui permet d’attester de la présence des machines dans la trilogie de base .En effet, ouvrir les possibles aux humains requiert de leur donner une maîtrise des technologies.. »
 
L’absence si longue d’un enseignement de l’informatique rend-elle plus urgente encore la nécessité de son retour et sa généralisation tout au long du cursus scolaire ?
 
Gérard BERRYinformaticien, professeur au Collège de France, membre de l’Académie des Sciences est catégorique : « Internet et les objets informatisés sont familiers aux enfants bien plus qu’aux adultes. Pour que, dans leur vie d’adulte, ils transforment cette familiarité en utilisation habile et créative plutôt qu’en consommation servile de ce qui se fait ailleurs, il faut qu’ils comprennent tôt les fondements et les formes de pensées nouvelles de l’informatique. Il est donc indispensable que son enseignement débute dès le plus jeune âge, en primaire et au collège."
 
Question connexe, mais essentielle, qui serait chargé de cet enseignement ?
 
Certes, pour l’instant il s’agit de former les professeurs en charge de l’enseignement de la spécialité ISN en terminale S. La solution retenue a consisté à faire appel à des enseignants volontaires qui participent à des stages de formation organisés dans les académies elles-mêmes chargées de la mise en ?œuvre d’une procédure d’« habilitation ». Il est clair que cela ne peut qu’être transitoire.
Mais très vite, avec un développement de cette spécialité et surtout si un enseignement « obligatoire » est mis en place, il faudra répondre à cette question.
 
 
L’An@é l’a posée à trois scientifiques, pionniers de l’informatique, qui ont participé activement à la rédaction du programme de l’ISN.
 
Colin de la HIGUERA est Professeur à l’Université de Nantes, Président de la Société Informatique de France et président du comité de pilotage ISN au MEN,
 
Gilles DOWEK est ancien professeur d’informatique à l’Ecole Polytechnique, Directeur de Recherche à l’INRIA
 
Jean Pierre ARCHAMBAULT, Mathématicien est président de l’association Enseignement Public et Informatique, très impliquée pour « faire de l’informatique, et des technologies de l’information et de la communication en général, un facteur de progrès et un instrument de démocratisation ».
 
Claude TRAN

Dernière modification le lundi, 10 novembre 2014
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc.
A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. 
Tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, il est aujourd’hui Vice Président de l’An@é et membre du Comité de rédaction d’Educavox.

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