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Du 30 janvier au 4 février, c'est la CLISE2017, la semaine la classe inversée. La classe inversée contribue à impulser et nourrir les changements de pratiques enseignantes par les pairs.

Ce sont quelques 250 événements sur la France mais aussi dans d'autres pays dont des séminaires académiques comme à Rennes ou à Créteil mais aussi des enseignants qui vont ouvrir leur classe pour « permettre à chacun de s'informer, d'échanger et de partager localement autour de la classe inversée » précise l'association Inversons la classe organisatrice de cet évènement qui l'an dernier à la même époque réunissait quelques 2500 enseignants.

Ouvrir sa classe pour permettre à d'autres enseignants de venir dans une classe inversée voir comment on peut la mettre en œuvre, cela n'est pas neutre, affirme Héloise DUFOUR la présidente de l'association.

« C'est vouloir partager en acceptant que des collègues viennent regarder son propre travail ; c'est une source d'enrichissement pour celui qui vient regarder mais aussi pour celui qui ouvre sa classe. »

Cette association qui compte un demi millier d'enseignants constitue un de ces collectifs d'enseignants dont la présidente du CNESCO, Nathalie MONS considère qu'ils jouent un rôle important dans les politiques scolaires communes des pays en tête des résultats des enquêtes internationales (PISA, TIMSS).

« Les enseignants profitent ainsi du collectif de leur pair pour enrichir leur réflexion pédagogique et apporter en retour à leurs collègues. »

Et c'est bien un des objectifs essentiels de cette association qui double chaque 6 mois son audience auprès des professeurs de la maternelle à l'université, que de favoriser dans la formation des enseignants, l'apprentissage par les pairs.

« La ministre de l'Education Nationale soutient cette démarche puisque l'association s'appuie sur son haut patronage » écrivent conjointement la Directrice Générale des Enseignements Scolaires et le Directeur du Numérique pour l'Education.

Un nombre croissant d'établissements

Un nombre croissant d'établissements grâce au concours des proviseurs et principaux mais également d'Universités et de labo de Recherche, sous le regard très intéressé des collectivités territoriales, semblent avoir mesuré la formidable richesse que constitue ce réservoir de savoir faire et d'expérience que sont les enseignants de terrain qui se regroupent dans ces collectifs.

La CLISE 2017 leur donne la parole mais surtout la possibilité de partager ce qu'ils font, avec d'autres collègues et de défendre ainsi leur posture de praticiens chercheurs qui s'enrichissent du partage de leurs pratiques.
De la maternelle au lycée, en passant par le collège et jusqu'en classe préparatoire aux grandes écoles, des enseignants vont ainsi pouvoir échanger sur des pratiques qui focalisent le temps de classe sur l'accompagnement des élèves en activité en passant d'une logique de face à face à une logique de côte à côte.
Les médias ne s'y sont pas trompés également qui multiplient les reportages sur ces enseignants , de la petite école rurale au collège en REP+, du lycée professionnel au micro-lycée, de l'école publique à l'école sous contrat d'association avec l'Etat ou au lycée agricole, des CPGE à l'Université.

Des recteurs, grâce au dynamisme des DAN et des CARDIE, s'engagent dans cette démarche très « horizontale » en initiant, avec le concours de l'association, des évènements ou des regroupements, qui concourent à placer la réussite de l'élève et la professionnalité des enseignants au coeur de la réflexion collective.
Le réseau Canopé, sa direction nationale comme les ateliers départementaux sont là aussi aux côtés des enseignants pour participer à l'essaimage de ces bonnes pratiques, en accueillant un évènement ou en communicant sur la CLISE2017.

La quasi unanimité des enseignants qui pratiquent la classe inversée disent ne plus vouloir revenir en arrière, mais comment expliquer le nombre croissant d'enseignants qui s'y essayent ?

Dans cet entretien, Héloise DUFOUR, ancienne élève de Normale Sup, docteur en neurosciences, répond à cette question et fait le point sur l'association et ses projets d'avenir.

Un long chemin parcouru, un objectif ambitieux

L'association est de création récente, les statuts sont déposés en 2014.
En 2013, précise Héloïse Dufour, on estimait qu'il y avait quelques centaines d'enseignants en France qui étaient en classe inversée. On estime aujourd'hui qu'ils sont 20 000.

Et l'association prévoit maintenant d'accompagner directement 40.000 enseignants sur les trois ans pour contribuer à impulser et nourrir les changements de pratiques enseignantes par les pairs, car c'est cela qui est crucial.

« Nous allons poursuivre ce rythme de croissance qu'on a depuis notre création qui est un doublement tous les six mois de notre taille, de nos activités, de nos adhérents, de nos abonnés sur réseaux sociaux...
Pour ce faire on construit une équipe de permanents, d'experts, pour nous aider dans cette tâche et répondre à la demande qu'on a contribué à créer. » affirme Héloise DUFOUR.
L'objectif consiste à accélérer le changement d'échelle de la classe inversée pour en démultiplier l'impact social : Inversons la classe projette pour 2021 plus de 5 millions d'élèves en classe inversée en France.

Une plateforme de ressources pour les inverseurs, le CLIP

L'association développe par ailleurs une plate-forme, le CLIP, permettant de mutualiser et de centraliser les ressources fabriquées par les enseignants, de proposer des outils clés en main, d'échanger sur la pratique et de rassurer les usagers dans la mesure où cette plateforme sera gratuite, indépendante, sans publicité et installée en France.

La version bêta fait l'objet actuellement de tests par près de 300 enseignants volontaires qui ont répondu présent à l'appel des pilotes du projet. CLIP doit être opérationnel à la prochaine rentrée scolaire

Comment expliquer un tel succès ?

Pour Heloise Dufour les enseignants viennent chercher dans la classe inversée une réponse a des problèmes de nature pédagogiques : « si on change de pratique c'est parce qu'on n' est pas satisfait de ce que l'on fait. »
Or la classe inversée, c'est une réponse qui est simple à mettre en œuvre : on peut commencer petit, sans révolutionner sa classe. Par exemple en mettant les fondamentaux de cours dans une vidéo et en faisant plus d'activités en classe et hybrider la démarche avec d'autres pratiques.

Il y a une grande diversité de classes inversées.

On peut ainsi aller plus loin « en rendant les élèves producteurs et ce sont eux qui vont construire le cours à partir d'éléments que l'enseignant donne ». Certains enseignants mettent carrément les « élèves en situation de concepteurs de leur parcours d'apprentissage : on leur donne les objectifs et les enseignants les guident sur comment on construit le chemin pour atteindre ces objectifs. »

Par ailleurs, les enseignants viennent chercher dans l'association cette idée d'essaimage par les pairs. Le pouvoir facilitateur de la collaboration dans l'acquisition de nouvelles cognitions a par ailleurs fait l'objet de validations expérimentales en psychologie sociale.

Inversons la classe et l'Institution

Un praticien chercheur bienveillant avec ses élèves

Très attachée à la liberté pédagogique des enseignants, l'association ne souhaite en aucune manière l'énoncé de préconisations. De la bienveillance, affirme la présidente, afin que la classe inversée puisse constituer un des outils de la mallette pédagogique des professeurs. Toutefois, ajoute-t-elle, « la seule chose qu'on pourrait souhaiter se généraliser, c'est, pour l'enseignant, » la posture de praticien chercheur qui a de la bienveillance pour ses élèves"

La classe inversée réduit le taux d'élèves en échec scolaire : un vrai sujet de Recherche

L'association attend aussi de l'institution qu'elle s'intéresse encore plus près à la classe inversée en encourageant la Recherche sur le sujet par exemple en mobilisant la DEPP

Il y a en effet peu de travaux de Recherche en France et quasi aucun indicateur sur le sujet, particulièrement sur l'impact de la classe inversée sur l'échec scolaire .
La revue de littérature internationale préliminaire ( 200 références identifiées dans la littérature scientifique essentiellement anglo-saxonne) réalisée par l'association, indique que la classe inversée réduit le taux d'élèves en échec scolaire en moyenne de 34%. Ce qui justifie de vrais sujets de Recherche.
Nombre d'enseignants de ce collectif sont près à apporter leur concours aux doctorants et aux laboratoires de recherche qui désirent documenter le sujet.

Inversons la classe et le numérique

Le numérique facilite l'externalisation du cours, l'individualisation des apprentissages, la collaboration et le partage. Il permet avec la classe inversée de s'engager progressivement dans des stratégies très innovantes

Virginie MARQUET, professeur agrégée de SVT qui enseigne au lycée français de Vienne en Autriche exerce depuis 2012 en classe inversée. N'ayant pas d'environnement numérique de travail dans son établissement, elle a mis en place des sites disciplinaires pédagogiques pour l'usage de ses élèves. Elle fait de la classe inversée sans capsule... ce sont ses élèves qui produisent.
Elle est également co-auteur d'un jeu, surviveonmars qui permet de réaliser tout le programme de seconde en SVT en classe inversée.

Le mariage de la classe inversée et du numérique enrichit les pratiques enseignantes. Cela contribue à la réussite d'un plus grand nombre d'élèves en privilégiant l'acquisition par les enseignants d'une professionnalité adaptée à l'école du XXIe siècle

L'association Inversons la classe facilite cet essaimage et ce partage entre enseignants praticiens, de stratégies pédagogiques, de modules de scénarisation originaux, de modes d'évaluation bienveillants, au niveau des établissements, des bassins et des territoires, mais au-delà bien évidemment, grâce au Web et aux réseaux sociaux.

Claude TRAN
Vice Président de l'An@é

Dernière modification le mercredi, 01 février 2017
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'association Inversons la classe, consultant.