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Dans cet entretien réalisé après la conférence intitulée " Numérique et pédagogie de projet : osons innover ", qu'il donne lors de la rencontre organisée par Madmagz, le site de référence pour créer et publier un magazine scolaire, Serge TISSERON, docteur en psychologie, psychiatre et psychanalyste nous livre trois idées fortes qui, dit-il, lui sont chères : " le collaboratif, l'utilisation des outils personnels par les jeunes, la production d'objets multimédias. "

Produire des objets multimédias
" L'avenir appartient aux enfants qui seront à l'aise à la fois avec la pensée visio-spatiale des écrans mais également avec la pensée narrative du livre " affirme Serge TISSERON ,
Il développe cette idée d'avenir qui permet de " conserver du passé ce qu'il avait de meilleur ".
Certes, la culture du livre mais également la culture numérique peuvent produire le pire et le meilleur. Et si la pensée narrative et la pensée visio-spatiale ont toujours co-existé, elles sont complémentaires dans l'histoire de l'homme.
Produire des objets multimédias est aujourd'hui beaucoup plus facile pour les jeunes grâce au numérique

Serge TISSERON propose d'ailleurs que les élèves " doivent participer à la construction du site de leur établissement ". Il est ,depuis longtemps, persuadé du bienfait de cette pratique ; en effet , ayant toujours considéré le dessin comme un acte de symbolisation et d'expression de la même importance que le langage parlé ou écrit, il a réalisé sa thèse de médecine, en 1975, sous la forme d'un album de bandes dessinées consacré à l'histoire de la psychiatrie (Université Grange Blanche Lyon II).

Ce que l'on sait peut-être également un peu moins c'est que Serge Tisseron est dessinateur de bandes dessinées (quatre albums publiés à ce jour) et auteur d'ouvrages pour enfants.

 

Enseigner le code

Il dit également dans cet entretien : « je suis absolument pour l'apprentissage du code et du langage de programmation à l'école ». Pour Serge TISSERON, apprendre le langage de programmation, c'est en effet développer dans son esprit l'idée de " s'affranchir des programmations qui nous sont imposées ". Cela doit aussi permettre " d'éviter une immersion sans aucune distanciation " en particulier dans les jeux vidéo.
Il faut avoir la possibilité d'adapter les objets numériques à nos propres attentes.

Le débat qui assure droit d’expression et confrontation des opinions est à l’émergence de la démocratie

Enfin il aborde des propositions qui , à la suite des dramatiques attentats de 2015, font écho aux nombreuses réflexions sur l'enseignement des fondements des valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité mais également laïcité.
Pour Serge TISSERON, le grand problème aujourd'hui n'est pas que des enseignants adoptent ou non le numérique dans la classe ; c'est que " des élèves ont l'impression d'avoir affaire à des adultes et à une institution scolaire qui ne les comprend pas. "
Il est essentiel de donner à l'école la parole aux élèves, les rendre acteurs de leur apprentissage comme c'est le cas lors des TPE ou de l'enseignement de l'ECJS qui privilégie l'organisation de débats.
" Leur accorder du temps de débat c'est montrer qu'on se préoccupe de ce qu'ils ont à dire ".

Le débat et la controverse permettent, affirme-t-il, de développer chez les enfants le goût du débat démocratique et le goût du débat scientifique.
Le débat et la controverse sont au cœur de la construction de la démocratie et de la science : « on écoute les idées de l'autre, on les prend en compte et on accepte de reconnaitre que peut être on s'est trompé. »
Car on l'a bien compris, ni les sciences ni la démocratie ne peuvent progresser sans donner à l'erreur un nouveau statut dans l'école devenue trop souvent un " univers dans lequel se tromper est un problème, se tromper est un échec, donc à terme une souffrance individuelle ".

Pour Bachelard, l'erreur doit être considérée positivement parce que " il n'y a pas de vérité sans erreur rectifiée ", parce que " l'erreur n'est reconnaissable qu'après coup ".


Claude TRAN

Dernière modification le mardi, 26 janvier 2016
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, il est aujourd’hui Vice Président de l’An@é.