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La lutte contre le décrochage scolaire constitue un enjeu majeur humain, social et économique.

Le décrochage scolaire est une réalité en France : nombreux sont ceux qui abandonnent prématurément les bancs de l'école, sans qualification, ni diplômes.

Avec les mesures prises par les pouvoirs publics, leur nombre est en baisse : en 2015 ils étaient 98000 soit 12000 de moins que l'année précédente.


Certes, la France rejoins les pays européens les plus efficaces en la matière comme la Finlande avec un pourcentage des 18-24 ans en sortie précoce du système inférieur à 10% - la moyenne europeenne est de 11%- mais cela constitue un coût important pour l'Etat avec près de 30 milliards d'euros de dette contractée chaque année. Et les conséquences du décrochage pour les jeunes concernés sont rudes : cette situation est source de difficultés sociales et économiques majeures, car les jeunes sans diplôme se trouvent plus souvent au chômage notamment de longue durée, occupent souvent des emplois précaires et présentent un état de santé dégradée. On évalue, 3 ans après leur sortie du système de formation, a 50% le taux de chômage d'un jeune contre 11% pour celui qui est diplômé de l'enseignement supérieur.

Le préjudice psychologique du décrochage est important en terme d'estime de soi, de qualité de vie.

La non valorisation des talents est un gâchis pour la société et menace la cohésion nationale.

Le décrochage, un processus multi factoriel

Ce n'est pas un phénomène uniforme et homogène. Il se matérialise par autant de trajectoires individuelles et d'histoires de vie et s'explique par une combinaison de facteurs de risques interne et externe à l'école.

Le processus conjugue en effet une grande pluralité de causes : personnelles, familiales, sociales et bien sûr scolaires. La réponse ne peut donc être univoque.

Si l'école a un rôle important à jouer et une grande responsabilité pour prévenir et lutter contre ce phénomène, l'ensemble des politiques publiques doit être également mobilisé pour agir sur les facteurs de risques portés par les contextes socio-économiques des territoires.

Le décrochage scolaire est un processus lent qui peut s'étaler sur l'ensemble de la scolarité du jeune avec des moments de cristallisation que sont en particulier l'entrée au collège ou au lycée.

Comment le décrochage scolaire se manifeste-t-il ?

 Au collège le décrochage peux toucher des jeunes ayant des difficultés cognitives qui n'ont pas bénéficié de dispositifs adaptés faute de place ou d'éloignement .

Mais également des jeunes qui n'ont pas d'intérêt, de motivation pour le scolaire ou se découragent devant la difficulté à suivre.

Ces élèves peuvent être discrets et donc ignorés par les enseignants car ils ne posent aucun problème de comportement et ne sont pas encore ancrés dans la spirale de l'absentéisme. Ils sont dans la salle de cours mais peu intéressés; ils y sont mal a l'aise, s'ennuient et restent en marge. Leurs difficultés d'apprentissages et leur retard sont tels qu'ils décrochent sans faire de bruit.

Ils peuvent être indisciplinés, avoir des problèmes de comportement et perturber le bon déroulement de la classe : ils sont punis à répétition et se construisent en opposition à l'école.

Les paliers d'orientation cristallisent le décrochage

Décrochant souvent après la classe de cinquième ces jeunes connaissent des parcours chaotiques après la classe de troisième : leur niveau scolaire insuffisant ne leur permet pas d'être affectés en seconde générale et technologique du lycée mais également dans des formations souhaitées mais fortement demandées en lycée professionnel.

Cette orientation subie ou choisie sur de fausses représentation est une des causes essentielles du décrochage en lycée professionnel

L'inadaptation aux exigences du lycée de jeunes qui suivaient moyennement au collège sans beaucoup travailler et qui ne font pas plus d'efforts au lycée, les conduit a décrocher à plus forte raison si les parents n'ont pas la possibilité de les aider.

Certains jeunes n'arrivent pas à s'intéresser aux disciplines enseignées, à y trouver du sens.

Les démarches pédagogiques plus frontales des enseignants de lycée qui supposent que les élèves ont acquis au collège méthodes et sens de l'organisation accélèrent parfois le découragement

D'autres ne sont pas intéressés par la filière qu'ils suivent faute d'avoir pu intégrer une formation plus sélective ; c'est par exemple le cas d'élèves scolarisés en série STMG

À cela peuvent s'ajouter des difficultés familiales, personnelles, sociales ou économiques.

Le Decrochage scolaire obéit en effet à des facteurs qui dépassent largement le cadre des enceintes des établissements scolaires

Ainsi les problèmes de dyslexie ou de dysprasie lourdes, de santé, de phobie scolaire voire de dépression portent souvent préjudice à la réussite scolaire des jeunes ; un jeune sur cinq, décrocheur,  a été dépressif.
Il arrive également que certains parents n'investissent pas ou ne valorisent pas l'école ce qui accélère le processus.

Pour les enseignants comme pour les parents, le fléchissement des résultats scolaires et l'absentéisme sont les premiers signes à repérer.

Le microlycée, structure de retour à l'école

Thelma est élève en première littéraire au micro lycée de Paris, dispositif innovant du ministère de l'éducation nationale qui permet la reprise d'études en lycée pour un public d'élèves décrocheurs.

Cette structure de retour à l'école concerne un public, certes volontaire mais fragile et vise la réussite au baccalauréat général, technologique ou professionnel avec un taux de réussite moyen de 80 % des élèves présents sur les trois dernières années et une poursuite des études supérieures pour 70 à 90 % d'entre eux

Le microlycée montre qu'une autre école peut s'inventer, plus attentive à la personne, mais aussi plus innovante dans ses méthodes pédagogiques (en terme d'évaluation par exemple). Les parcours y sont plus souples, des passerelles sont créées et des élèves change de voie ou de filière sans à priori sur leur passé scolaire.

La démarche vise à articuler :

  •  une approche personnalisée et une démarche collective où le groupe de pairs joue un rôle très important dans la rescolarisation ;
  •  la singularité de chaque élève et les normes scolaires en particulier les normes de l'examen ( le baccalauréat );
  •  la souplesse des parcours et une approche la plus structurante possible.

Ce qui se traduit dans les emplois du temps par :

  •  des temps de cours disciplinaires et des propositions pédagogiques innovantes propres à chaque structure
  •  des temps collectifs de type vie de classe ou conseils pour tous et des temps de suivi individuels de type tutorat.

Le Micro lycée de Paris se situe au sein du lycée Lazare Ponticelli dans le 13e arrondissement ; il héberge également le Pôle Innovant Lycéen, le PIL , une autre structure de raccrochage qui fera également l'objet d'un reportage
Créé en 2013, le Microlycée de Paris accueille des jeunes entre 16 et 23 ans ayant quitté l'école depuis au moins six mois et souhaitant y revenir afin de préparer le baccalauréat L ou ES.

 

 

Dans cet entretien réalisé dans l'établissement, Thelma raconte son passé scolaire :

"Je ne croyais plus trop en l'école ...je suis rentrée dans la perdition....j'ai un peu fait n'importe quoi...je ne savais pas ou j'allais ....j'avais peur en fait. !

Un proviseur m'a donné la chance de revenir en seconde générale ..mais ça n'a pas été une chance exploitable ...

On te fait comprendre que si t'arrives à rien tu ne seras rien ... sans ça tu n'es rien !

À mon âge et à l'âge de tous les ados qui ont mon âge, c'est un peu impossible de se projeter ...on découvre la conscience, on découvre la réflexion, on découvre ce que c'est que le monde d'adulte . Ca fait flipper en fait !

J'ai préféré fuir, car la fuite c'est ce qu'il y a de plus facile à faire ...je me suis retrouvée encore toute seule et encore à me demander ce que j'allais faire de ma vie , que je commençais à grandir, que ça ne pouvait pas durer . Et puis ce sont des moments où tu ne te sens pas intelligent, tu as l'impression que tu n'es rien."

Acceptée au microlycée de Paris en septembre 2016 , comment Thelma vit sa nouvelle scolarité ?

"J'ai eu un gros déclic ! Je me plais ! Mes professeurs sont géniaux !
Aide , soutien, mise en confiance ...
Et puis c'est venu de moi aussi....ma vie personnelle. Mon père qui commence un peu à perdre espoir , de le voir content , et moi me voir plus heureuse , épanouie ...de comprendre ce qu'on me demande, de se dire que je vais peut être y arriver ...j'ai envie d'aller en cours le matin ...j'ai envie d'apprendre des choses ..."

Quelles différences avec un lycée traditionnel ?

"Ici on nous fait comprendre les choses .....Il n'y a pas de cours magistraux où on t'écrit un cours que tu dois retenir... on en parle, on débat..
La prof ne nous donne pas la réponse...tous ensemble on avance petit à petit ..

Les profs sont bienveillants avec nous ici... ils sont toujours dans la compréhension de l'ado.

Je fais entièrement confiance à mes profs
Je suis contente d'aller à l'école ..c'est la première fois de ma vie .."

Claude TRAN
Vice Président de l'An@é

Dernière modification le mercredi, 15 mars 2017
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc.
A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. 
Tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, il est aujourd’hui Vice Président de l’An@é co-fondatrice d'Educavox.