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Pourquoi l'Afev a-t-elle décidé de consacrer la 9e édition de la Journée du refus de l'échec scolaire au " numérique contre les inégalités éducatives " ? Questionne Eunice Mangado- Lunetta, directrice déléguée aux actions éducatives de l'Association de la Fondation Etudiante pour la Ville.

" Parce que nous pensons que le numérique constitue un enjeu économique, sociétal et démocratique majeur, qui concerne tout le monde ; mais aussi, tout simplement, parce que nous avons été rattrapés par les pratiques de nos engagés. Dans le cadre de l'accompagnement individualisé des enfants en fragilité scolaire des quartiers populaires, les bénévoles sont, sans le formaliser, « dans le BYOD (Bring Your Own Device) » – traduit par « Apportez votre appareil personnel ». Ces jeunes volontaires ne nous ont pas attendus pour utiliser leurs appareils, tandis que les accompagnés leur font eux-mêmes découvrir leurs « Youtubeurs » préférés...

En tant que spécialistes, non pas du numérique, mais de l'engagement des étudiants contre les inégalités éducatives, et au regard du coût social à payer pour les jeunes ne maîtrisant pas les compétences numériques de base, il était donc plus qu'urgent que l'Afev se saisisse du sujet.

L'édition 2016 de la Journée du refus de l'échec scolaire converge donc avec une forte volonté de faire évoluer l'accompagnement individualisé des enfants et des jeunes les plus fragiles dans sa dimension « e-inclusive ». Les enfants et jeunes accompagnés par l'Afev, même éloignés du numérique, ne partent pas de rien. Ils ont leurs pratiques, aussi limitées, « sauvages » ou dérangeantes soient-elles. Plutôt que de tracer une ligne entre « bonnes » et « mauvaises » pratiques, nous souhaitons renforcer l'accompagnement et la formation des étudiants, afin qu'ils partent des usages juvéniles (et de leurs propres pratiques !) pour les interroger, proposer de les élargir, les diversifier, afin de tirer du numérique le meilleur : un réel levier en termes de pouvoir d'agir. "

Emmanuel DAVIDENKOFF, journaliste, chroniqueur, essayiste ( il a signé « le Tsunami numérique : Education, tout va changer! Etes vous prêt ? en 2014 chez Stock ) et directeur du Monde Campus, était à la manoeuvre pour animer les débats de cette journée.


" le numérique c'est dans notre vie, c'est dans la vie des élèves demain, c'est dans leur exercice professionnel dans quasiment toutes les professions.....Interroger la question du numérique c'est comme si on se demandait si on est pour ou contre l'électricité .. "

 

 

Cette journée, retient-il, " croit beaucoup aux alliances éducatives c'est à dire à l'idée que tout ne se joue pas à l'intérieur de la salle de classe quand on parle de questions éducatives et qu'il y a une solidarité des différents acteurs mais de fait il faut aussi organiser cette solidarité pour qu'elle fonctionne ...La vraie question derrière tout cela c'est quelle société on veut, quels moyens on est prêt a engager..,et surtout comment on essaye de le faire tous ensemble. ".

Anne CORDIER, maîtresse de conférence en Sciences de l'Information et de la Communication à l'Universite de Rouen dirige la formation des futurs professeurs documentalistes (Master MEEF-Prodoc) et participe activement à la recherche sur les pratiques numériques à l'école avec l'ANR-Translit (translittératies) et le GRCDI (Groupe de recherche sur les cultures et la didactique de l'information).

Dans le livre qu'elle publie chez C&F Editions, Grandir connectés, Les adolescents et la recherche d'information, elle analyse les propos des élèves de collège et de lycée qu'elle a rencontrés.


En se confrontant " au réel pour éviter les préjugés et les discours marketing sur les jeunes et les réseaux, elle constate combien leur savoir-faire est évident, mais il masque des difficultés à construire une image mentale de l'information numérique. Les nombreuses paroles d'élèves, recueillies patiemment au sein de l'école dessinent un paysage contrasté, qui devrait aider parents, enseignants et professionnels de l'information à accompagner les adolescents pour qu'ils deviennent des acteurs et des citoyens du numérique. "

Invitée à participer au débat organisé par l'AFEV pour la 9e Journée du Refus de l'Echec Scolaire, Anne Cordier affirme

« qu'on ne peut pas se passer du numérique pour réduire l'échec scolaire ... car le numérique fait partie de notre monde à tous, et donc du monde de ces jeunes qui sont éventuellement en échec scolaire..».

« Il n'y a pas de rupture anthropologique, ni non plus de capacités innées pour cette génération. Il y a simplement l'adaptation des individus à un monde qui évolue, constamment, et qui suppose de se saisir des objets informationnels et outils techniques à disposition. Lorsque l'on observe concrètement les adolescents dans leurs relations à l'information et aux environnements technologiques, on se rend bien compte des disparités à la fois cognitives et sociales – pour ne citer que celles-ci – qui existent entre eux. »

Sophie GUICHARD, professeure agrégée de mathématiques au lycée Branly de Lyon et particulièrement en BTS où les étudiants venant d'horizon très divers présentent des niveaux particulièrement différents:

«J'ai lu énormément de bouquins sur les pédagogies alternatives, le respect du rythme de l'enfant...Ce n'était plus possible, je ne pouvais plus continuer comme avant, faire comme si tous les élèves étaient pareils ».

 


Elle pratique alors la pédagogie de la « classe inversée » et crée il y a cinq ans une plateforme de ressources pédagogiques essentiellement constituées de vidéos You Tube qu'elle crée destinées à ses éléves.

On trouve aujourd'hui sur Math' en Vidéo des supports pédagogiques de tout niveau de la troisième au post bac que de nombreux internautes - ils sont aujourd'hui plus de 5000 - ont découverts et utilisent. Car, toutes les vidéos de cours et les exercices sont gratuits.

Et, précise Sophie GUICHARD sur sa plateforme, : "Si vous utilisez des vidéos, en retour, je vous demanderai, à chaque vidéo, de citer sur votre plateforme le site Math'en vidéo, ainsi qu'un renvoi vers le site. »

  • Courtes, ces vidéos montées grâce à une tablette graphique expliquent en « voix off », comme au tableau, une notion ou une simple partie de cours. Des exercices sont également proposés qui accompagnent chaque notion et permettent à l'apprenant de consolider la compréhension de la notion.
  • Particulièrement bien faites techniquement, ces petites granules de cours sont des bijoux pédagogiques qui facilitent l'apprentissage des mathématiques à tous ceux qui souhaitent à tout moment découvrir ou retrouver une notion incomprise.
  • En fait pour être sure que tous ses élèves voient les vidéos qu'elle fabrique, c'est au début du cours que cela se déroule. Cela permet à l'enseignante de se libérer pour accompagner chaque élève dans sa progression.Mais ces vidéos peuvent bien sûr être revues en dehors du cours et c'est cela le plus du numérique.

Les élèves trouvent-ils ou non du plaisir à regarder ces vidéos ? Y trouvent-ils ou non un intérêt ? En fonction de leur degré de confiance, de leur niveau, de leurs objectifs ils en feront un usage variable pendant les vacances et tout au long de l'année.

"Mais ceux qui en ont plus à retirer que d'autres, a-t-elle pu constater, jouent en général pleinement le jeu. C'est comme pour une compétition sportive : on peut choisir d'arriver sur le terrain sans échauffement, mais les chances de succès peuvent s'en ressentir. Et à chaque rentrée, les élèves qui me connaissent déjà et ont intégré mes méthodes peuvent me servir d'appui, jouer un rôle de co-animateurs à destination du reste de la classe : c'est très valorisant".

Claude TRAN
Vice Président de l'An@é

Dernière modification le mercredi, 05 octobre 2016
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'association Inversons la classe, consultant.