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L'école napoléonienne comme celle de la Troisième République triomphante était celle du maitre et de l'Etat a qui les parents confiaient leurs enfants pour qu'ils y apprennent, soient instruits et deviennent des citoyens éclairés d'une nation forte. Cette première révolution scolaire s'est construite autour de l'idée de l'UNITE à laquelle s'est progressivement ajoutée celle d'EGALITE.

Sa mission c'était d'INSTRUIRE et de créer une élite susceptible de reproduire un modèle de société. Les parents d'élèves n'ont pas véritablement de place dans cette Ecole qui substitue au transmis de la famille et de l'Eglise le corpus de connaissances et de contenus d'un enseignement conçu comme une " instruction publique ".

Pour Emile DURKHEIM, « l'école est une chose sérieuse confiée aux instituteurs qui sont éclairés par la raison tandis que les parents et plus particulièrement les mères sont manipulés par les forces obscures de la religion. »

L'Ecole et la famille restent deux espaces séparés dont les frontières sont celles de l'l'instruction et de l'éducation. L'Ecole devient éducation nationale en 1932 mais la quatrième République ne fait guère progresser l'idée que l'école et les parents pourraient partager " une vision globale de l'enfant en matière d'apprentissage, d'enseignement et d'engagement de toute une communauté. "

C'est la massification et la démocratisation de l'école au lendemain de la guerre qui a conduit la 5eme république à une autre organisation de l'Ecole. Cette deuxième révolution scolaire a été une révolution éducative : il s'agissait de fondre l'EDUCATION dans l'école.

La place des parents est reconnue dans l'école et instituée avec le concept de décentralisation et surtout d'autonomie qui apparait avec les premières lois de décentralisation des années 1980

L'organisation juridique et administrative des Etablissements Publics Locaux d'Enseignement et dans une moindre mesure des Ecoles, confère à ces entités une autonomie administrative, financière et pédagogique . Les instances de gouvernance sont tripartites (administration, personnels, usagers) et les parents s'y retrouvent aux côtés des élèves. La loi d'orientation sur l'Education de 1989 confirme la participation des parents, membres de la communauté éducative, à la vie scolaire.

Mais leur rôle dans l'Ecole est limitée dans les faits.

D'une part parce que de grandes différences apparaissent selon les territoires et le milieu social mais surtout parce que le concept de co-éducation n'est pas partagé par la majorité des enseignants.
Les enseignants sont en effet soucieux de préserver un pré carré, le fonctionnement même du cœur de réacteur que constitue la classe. Et nombre d'enseignants vivent mal ce regard perçu comme une possible remise en cause de leur liberté pédagogique. Ce d'autant plus que les parents sont élus par l'intermédiaire d'associations qui rencontrent des problèmes de représentativité du fait d'une faible participation des parents lors des élections, particulièrement dans le second degré.

En 2006, un rapport de l'IGEN IGAEN reprenait ce constat : les enseignants perçoivent l'entrée des parents dans l'école comme une intrusion surtout en 2nd degré. Ils s'inquiétent de la confusion des rôles et de l'immixtion de certains dans le domaine " réservé " de la classe et de la pédagogie. Le sentiment qui prévaut est que chacun a ses responsabilités : les enseignants à l'école et les parents à la maison.

Tout se passe écrivait en 1999 Daniel GAYET, comme si la coresponsabilité éducative de l'école et des familles se traduisait plus souvent par un rejet des responsabilités sur l'autre partie que par une recherche commune de solutions

Les personnels de direction, dans une enquête réalisée avec la CASDEN par Georges FOTINOS en 2012 reconnaissent très majoritairement qu'ils travaillent de façon agréable et efficace avec les parents délégués mais affirment qu'ils ne sont pas représentatifs des parents de leur établissement et qu'ils se préoccupent principalement de la scolarité de leur enfant

Dans son article 2 la loi d'orientation et de refondation de juillet 2013 précise que « pour garantir la réussite de tous, l'école se construit avec la participation des parents, quelle que soit leur origine sociale. Elle s'enrichit et se conforte par le dialogue et la coopération entre tous les acteurs de la communauté éducative.»

Pour Georges FOTINOS, ce partenariat "devrait s'inscrire dans l'action ordinaire et régulière des établissements".

Le rapport d'information sur les relations entre l'école et les parents déposé par la commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée Nationale en juillet 2014 qualifie d'asymétriques et distendues, les relations école-parents, pointe les attentes de part et d'autre mais aussi les expériences riches qui existent sur l'ensemble du territoire.
La députée Valérie CORRE, rapporteure écrit alors : " la co-education, qui est l'expression la plus achevée des relations école-parents devrait inspirer les pratiques quotidiennes de l'institution "

Selon Didier LAPEYRONNIE, Président du conseil national pour l'innovation, il faut adopter des mesures qui permettraient "d'inclure les parents d'élèves, en particulier ceux des quartiers populaires dans la gestion du système éducatif. "

Pour créer les conditions d'une réelle participation des parents aux décisions et projets dans les différentes instances de représentation Antoine PROST suggérait d'appliquer une disposition du code de l'éducation permettant au conseil d'administration d'un lycée technologique ou professionnel d'élire son président parmi les personnalités extérieures siégeant en son sein, celles ci comprenant des représentants de parents.

La prudence reste de mise toutefois.

Et Valérie CORRE écrit :

"S'il est souhaitable d'agir pour améliorer l'équilibre des pouvoirs au sein des instance décisionnelles, il faut agir avec discernement et éviter d'adopter des mesures qui pourraient être perçues comme une intrusion dans le périmètre sacré de l'activité enseignante qui se confond avec la liberte pédagogique de l'enseignant et le caractère national des programmes" 

La création du statut du parent délégué constitue une des proposition forte de ce rapport . Avec un corollaire important sur la formation de ces élus qui aujourd'hui est assurée par les seules associations

Sur la base du rapport demandé aux inspections générales des ministères de l'éducation nationale et du Travail, et remis le 10 novembre dernier, une journée de dialogue, de débat et de formation a réuni au lycée Jean Zay à Paris des personnels de l'Education Nationale et des représentants des associations de parents d'élèves , afin d'aborder les questions de statut de parent délégué, de la reconnaissance de ses compétences, de l'information et de la communication en direction des familles, en particulier celles qui sont les plus éloignées de l'école, ou encore de la place des représentants de parents dans les projets éducatifs territoriaux.


Les consultations vont se poursuivre avec les fédérations, les partenaires sociaux et les ministères concernés afin qu'un décret soit élaboré permettant à partir de la rentrée 2016 d'indemniser les 907 parents d'élèves élus dans les instances départementales, académiques et nationales.

Mais c'est essentiellement le volet formation et reconnaissance des compétences acquises qui va concerner les 293 000 parents délégués représentant dans toutes les écoles, collèges et lycées de France, les 17 millions de parents d'élèves.

Madame la Ministre Najat VALLAUD BELKACEM apporte ici des précisions sur ces propositions.

http://www.education.gouv.fr/cid96680/coeducation-annonces-de-la-ministre-sur-les-relations-entre-les-parents-et-l-ecole.html

Dernière modification le mardi, 26 janvier 2016
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, il est aujourd’hui Vice Président de l’An@é.