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Le vendredi 17 mars au Centre Georges Pompidou, le CLEMI lançait la semaine d’action (du 20 au 25 mars 2017) par une réflexion sur le vécu des jeunes en matière d’information, d’accès aux médias et sur l’effort éducatif à consentir pour instituer le citoyen numérique de demain.

Un constat s’impose :

La dépendance des jeunes aux réseaux et aux écrans est immense : relations sociales, documentation, information, omniprésence du Smartphone (même à table), d’où la difficulté à gérer la pléthore d'informations qui peut conduire au harcèlement. Aujourd’hui, les enfants de 1 à 6 ans passent en moyenne plus de 4 heures par semaine sur le web.

Face à l’abondance de l’info et à la multiplication des canaux de communication, il est plus que jamais urgent d’aider les jeunes à se repérer, mais aussi de permettre à leurs parents de les accompagner dans un contexte parfois obscur, car par trop foisonnant et semé d’embûches.  

Didier Mathus, président du Comité d'Orientation et de Perfectionnement du CLEMI annonçait les objectifs de cette semaine autour de trois axes majeurs renforcés par le lancement d’un nouveau guide destiné aux parents : "La famille tout écran".

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Le CLEMI s’est fixé trois priorités :

Former les enseignants et apprendre aux élèves une pratique citoyenne des médias;

Produire et co-produire des ressources et outils pédagogiques afin de mettre en pratique des activités pour l'éducation aux medias scolaires;

Aider à la production de médias scolaires tels que journaux, sites, blogs, Web Radios, Web TV.

Cette semaine d’action est déjà forte de la participation de 17 000 établissements (dont 30% d’écoles), 21 200 professeurs, 3,4 millions d’élèves et 1 852 médias partenaires autour d’objectifs ambitieux : aider les jeunes à comprendre les médias, à devenir des citoyens responsables de cette époque du tout information et fabriquer avec eux des boussoles pour se repérer dans le monde des fake news et des faits alternatifs.

 

Le Guide pratique La famille Tout-écran vient renforcer le continuum éducatif entre temps scolaire et extra scolaire.

Afin de répondre concrètement aux attentes des familles, le CLEMI a mené au préalable une enquête nationale auprès des parents (2038 questionnaires en ligne et 86 entretiens qualitatifs). En effet, selon les résultats de cette enquête, les attentes des parents vis à vis de l’école sont immenses : 78% souhaitent que soient assurés des cours d’Education aux Médias en classe, 26% aimeraient avoir des temps d’échange avec les enseignants sur ces questions, 15% vont jusqu’à demander des cours d’éducation aux médias pour les parents à l’école.

Ce Guide de 93 pages a été conçu afin d’écouter, de comprendre et d’accompagner les parents.

Il apporte des éclairages et des conseils pratiques aux familles, mais aussi à l’ensemble des acteurs éducatifs et associatifs. Son approche se veut pragmatique, ludique et transversale. Il est né au sein d’un groupe de travail dédié aux pratiques informationnelles des jeunes, composé notamment des membres du CLEMI, Ministère de l’Education nationale, Ministère de la Culture, France Télévisions, Radio France, CSA, Ligue de l’Enseignement, CNIL (notamment Educnum dont l’An@é est un membre actif)... Ce guide est proposé au format papier, mais il est aussi Téléchargeable en pdf interactif sur le site du CLEMI.

L’enquête de terrain a permis de structurer le guide autour de 5 grandes thématiques :

Apprendre vos enfants à s’informer ;

Conseiller vos enfants sur l’usage des réseaux sociaux ;

Maitriser en famille le temps dédié aux écrans ;

Protéger vos enfants des images violentes ;

S’engager et s’impliquer en tant que parents avec des paroles d’experts (pédopsychiatres, sociologues, journalistes, juristes, enseignants, éducateurs...).

Les enfants sont soumis à des armes de désinformation massive  

Dénonçant la « désinformation massive à laquelle les enfants sont soumis » (sic), Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, insista sur la nécessité d’avoir un rapport raisonné et raisonnable à l’information et de se poser les bonnes questions :

d'où vient l'information, comment vérifie-t-on les rumeurs, les fausses informations, comment peut-on faire face au complotisme?  Autant d’éléments qui causent des ravages dans les esprits. Au contraire, comment se fabrique l'information rigoureuse, selon quelle déontologie, avec quelles sources et quel esprit critique ? Rappelant la nécessité de prendre en considération la question de l'image, la ministre évoqua à  cette occasion l’existence du site Ersilia, plate-forme collaborative d’éducation à l’image ouverte récemment par son ministère.

Il est indispensable d’aider les jeunes à l'école et en famille à résister, c’est pour cela que l’Éducation aux Médias et à l’Information est inscrite dans la Loi, mais L'EMI ce n'est pas seulement à l'école : le ministère de la culture est aussi engagé dans cette voie. On sait que les jeunes pratiquent les médias sans en avoir la maîtrise : on veut donc que nos élèves aient une connaissance réelle des medias et de l'information. Avec l'Enseignement Moral et Civique, l’EMI est le deuxième gros pilier de l'éducation à la citoyenneté.

Il est aussi fondamental de défendre la presse dans la circonstance actuelle où la presse est attaquée : rappeler ce qu'elle représente pour nos libertés. La presse est en effet un contre-pouvoir indispensable à la bonne santé de notre démocratie. Souvenons-nous de Charlie, un attentat où c'est bien la démocratie qui était visée à travers l'assassinat de ces journalistes. Pour apprendre à lire la presse, la plateforme lirelactu.fr donne accès gratuitement aux journaux dans les établissements scolaires.

Pour apprendre à décoder l’info, les modules vidéo interactifs « ateliers Déclic’ Critique » du CLEMI

Sébastien Rochat présentait les premiers modules vidéos interactifs pour les ateliers Déclic’critique. Le premier volet des vidéo tourné en Guyane au Collège Eugène Nonnon. (classe de 3ème de collège) montrait de manière très convaincante comment mener en classe des activités permettant de déclencher le réflexe de vérification chez les élèves. On y voit concrètement comment évolue la perception des jeunes à propos d’une fausse information sur la fabrication en Chine de faux riz en plastique après recoupements et vérifications.

Ces modules vidéo très probants s’adressent en priorité aux enseignants mais ils ont également pour vocation de sensibiliser le grand public aux enjeux citoyens de l’éducation aux médias.

« D’où vient l’info : comment aider les élèves à vérifier les sources ? »

C’était la question posée par Francois Saltiel journaliste à Arte qui animait une première table ronde.

Des journalistes et des enseignants y ont témoigné de leurs expériences de l’éducation aux médias et à l’information sur le terrain. 
Il s’agissait de définir quelques stratégies afin d’aider les jeunes à vérifier l’info et déjouer les pièges de l’intox.

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Un diplôme d'apprenti hoaxbuster.

Un important témoignage fut délivré : celui de Rose Marie Farinella, enseignante en primaire qui  a conçu et expérimenté dans une classe de CM2 un scénario pédagogique (divisé en 8 séances d’une heure trente) à partir de son expérience pour donner des clés aux élèves afin qu’ils sachent faire la différence entre info et intox sur le web.

Avec ces cours d’esprit critique, son objectif est d’aider les élèves à devenir des cyber-citoyens avertis qui ne se fassent pas manipuler. Et très logiquement, les élèves obtiennent en fin de parcours un « Diplôme d’apprenti hoaxbuster » (Traqueur de fausse informations).

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De son côté, avec sa chaîne Hugo Décrypte (l’actualité décryptée) Hugo Travers, jeune Youtuber est passé à l’action : il invite à parler d'actualité pour la décrypter en cinq minutes pour une info. Il compte déjà 120 000 abonnés qui se régalent tous les jours de ses analyses décapantes.

Ces échanges ont fait émerger plusieurs constats :

  • Non la vérité n'est pas une opinion comme une autre.
  •  Il faut acquérir des outils d'auto-défense personnelle dès l'école primaire avant l'entrée dans l'adolescence.
  • Il est essentiel de recueillir les différents points de vue et de bien faire la différence entre opinion et fait prouvé.
  • Toujours rechercher l'intention du créateur de l'info pour comprendre et vérifier les sources de l’information.
  • Il n'y a pas d'un côté les medias traditionnels et de l'autre côté les « cools », alternatifs qui seraient sur internet. Internet ce n'est pas la liberté, ni la vérité.
  • La meilleure façon de former les élèves est de les placer en situation de produire l'information en créant un média scolaire.

« L’Éducation aux médias et à l’information : un enjeu citoyen qui dépasse les murs de l’école »

La deuxième table ronde animée par Alexis Thiebaut, spécialiste des médias à Europe 1, abordait ce sujet avec différents acteurs de l’éducation, du monde associatif et des médias. Il s’agissait de débattre de l’importance de la continuité de l’éducation aux médias et à l’information sur le temps scolaire et hors temps scolaire.

Pour Isabelle Féroc-Dumez, universitaire et directrice scientifique et pédagogique du CLEMI:

hacker les enfants c'est se rapprocher de leur mode de fonctionnement sur le web et dans les usages numériques. Il ne faut pas laisser les enfants seuls devant les écrans, mais utiliser les écrans pour devenir complices avec eux.

Comment faire concrètement pour limiter le temps d'accès des enfants ? Faut-il être sur l'interdiction et avoir des prescriptions précises ? Non, car le contrôle parental ne suffit pas. Il faut au contraire rester impliqué et présent.

Benjamin Berut, docteur en science politique :

la diversité des identités des enfants sur le Net et sur Facebook induit des pratiques trompeuses de leur part.

Il faut donc qu'il y ait accompagnement et échange sur leur pratique erronée éventuellement, afin de revenir à  l'interprétation des faits sur la base des vérifications. Et surtout rappeler que les medias ont signé des chartes de déontologie.

Pour Bernard Tranchant vice président UNAF[1]::

il est important que les parents parlent entre parents. Puisque la mobilité des outils complique énormément le contrôle il faut s'inscrire dans la confiance par l'éducation.

La mise en place des espaces parents dans les écoles donne des outils de rapprochement de l'école et des parents, notamment ces nouveaux instruments que sont les Environnements Numériques de Travail qui permettent aux parents d'entrer dans l'école. Les murs de l'école sont devenus très poreux grâce au numérique.

La tâche est immense, mais de nombreuses voies apparaissent, car les réseaux et les médias peuvent fournir aussi les solutions aux problèmes qu’ils ont créés. C’est la voie qu’a choisi le CLEMI en produisant de nouveaux outils interactifs et éducatifs à l’usage de tous (parents, enfants, enseignants) pour un continuum éducatif.

Michel Perez

Crédit photo : Rose Farinella

https://rosefarinella.files.wordpress.com/2015/06/photo-remise-des-diplc3b4mes-dapprenti-hoax-buster.jpg


[1] UNAF : Union Nationale des Associations Familiales

Dernière modification le samedi, 10 juin 2017
PEREZ Michel

Inspecteur général honoraire de l’éducation nationale (spécialiste en langues vivantes). Ancien conseiller Tice du recteur de Bordeaux, auteur de nombreux articles et rapports sur les usages pédagogiques du numérique et sur la place des outils numériques dans la politique éducative. Président national de l'An@é.

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