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Apprendre...André GIORDAN pose la question de la désinformation à l'ère du numérique.

58 millions d'Américains soit 27% des électeurs, ont porté Donald Trump jusqu'à la Maison-Blanche. Les médias traditionnels, les observateurs professionnels, les analystes politiques n'ont rien vu venir. Certes les historiens et les politologues se chargeront de comprendre et d'expliquer ce phénomène affirme Julien CADOT dans un excellent article de Numérama, mais explique-t-il, un autre phénomène typiquement numérique explique le fait que le candidat TRUMP soit passé complètement sous les radars.

La planète reflète MON monde elle ne reflète pas LE monde.

Les flux d'informations que chacun de nous imagine en toute innocence refléter la diversité des points de vue des cercles d'amis sont en fait biaisés. Les réseaux sociaux comme TWITTER et particulièrement FACEBOOK utilisent des algorithmes qui adaptent les publications qui nous sont proposées a nos propres profils. Des profils que ces multinationales connaissent parfaitement et parfois mieux que nous avec nos clics et les mentions j'aime dont nous usons et abusons.

Chacun s'agite ainsi dans une bulle inoffensive et consensuelle qui se crée automatiquement où il est de plus facile d'éliminer les avis contraires de ceux qui passent entre les mailles des algorithmes. L'internaute, ne consultant que des sites ou des forums proches de ses opinions, aura tendance en rencontrant des positions différentes de prendre des attitudes de rejet violent.

Ce phénomène de bulle de filtrage accroît d'une part la juxtaposition de "planètes" de pensées qui s'ignorent mais surtout le sentiment dans chacune d'elles pour les "martiens" qui la peuplent d'être dans le seul univers sensé.

L'absurdité de ces enfermements conduit à une balkanisation de l'opinion publique loin de favoriser le débat démocratique.

La prolifération des fausses informations

A ce phénomène se surajoute celui de la propagation des fausses nouvelles, les Fake News.
Une information distordue, exagérée au point qu'elle se transforme en véritable mensonge, doit être distinguée du canular humoristique, de la blague, de la farce dont la victime peut en rire lorsque la vérité lui est révélée.

Les fausses informations ce sont plus sérieusement les Hoax, ces messages poignants, révoltants ou alarmants qui mélangent habilement le vrai et le faux pour apparaître comme vraisemblables et circulent sur internet. Leur propagation est souvent rapide et massive.

Depuis quelques temps les sites de propagation d'hoax se sont professionnalisés avec de véritables objectifs de désinformation idéologique. L'intention est la décrédibilisation d'un personnage public ou d'un groupe concurrent , voire la défense d'intérêts alternatifs ou étrangers. La période électorale que traverse nombre de pays européens comme la France et l'Allemagne est évidemment propice à ce type de diffusion bien que l'Europe soit moins touchée que les États Unis où les grands médias s'inquiètent de constater qu'un nombre parfois plus important d'internautes partagent des fakes plutôt que les articles sérieux que leurs journalistes diffusent.

Cette désinformation peut être utilisée pour saper la notion de vérité objective et réduire la confiance dans les sources du savoir.

Les journalistes qui se reconnaissent dans la charte d'éthique professionnelle de leur métier garante du respect de la personne et de la vérification des faits sont particulièrement interpellés par cette désinformation. Nombre d'entre eux sont préoccupés par le temps nécessaire à vérifier qu'une information est fausse rendant la vérité plus difficile à être crédible par les opinions publiques lorsque celle-ci est connue..

Les responsables politiques s'en émeuvent aussi comme par exemple la chancelière Angela Merkel qui dénonce les " faux sites, les bots, les trolls qui se régénèrent ou renforcent les opinions avec des algorithmes. " Le rôle qu'aurait pu jouer la Russie dans les élections américaines accroît cette préoccupation. Cette sensibilité transparait aujourd'hui également en France où des élections importantes se préparent.

Les grands médias, dont l'objectif réside dans la conservation et le développement de leur lectorat diffusent parfois des informations insuffisamment vérifiées qui omettent ou se trompent sur des détails. Certains n'hésitent pas, même s'ils s'en défendent, à se lancer dans une polémique teintée de sensationnel ou de satire dont nombre de lecteurs raffolent.
Moins de retenue sur les réseaux sociaux où un nombre croissant de citoyens, en particulier les jeunes, vont chercher l' information.
On a pu y voir en effet la création souvent artificielle de controverses ou de polémiques où se développent des argumentaires délibérément caricaturaux, sur des sujets sensibles.

L'Education, objet de polémiques et de controverses artificielles ?

Dans le monde de l'éducation les sujets sensibles ne manquent pas comme ce fut le cas de la réforme du collège ou des nouveaux programmes.

C'est ainsi que Michel Lussault directeur de l'IFE mais également président du conseil supérieur des programmes s'est ému, dans un vrai coup de colère lors de l'ouverture des travaux de la conférence Cultures Numériques, Education aux Médias et à l'information, de la polémique sur le prédicat. - http://www.educavox.fr/accueil/debats/le-coup-de-colere-de-michel-lussault -
Peu importe que l'introduction de cette fonction - qui date d'ailleurs de l'Antiquité - dans les nouveaux programmes de grammaire du cycle trois, avait pour but de différencier sur le plan terminologique les classes grammaticales et les fonctions syntaxiques au sein de la phrase, et d'éviter ainsi la confusion entre la nature et la fonction d'un mot, cette " nouveauté "aura soulevé une véritable querelle médiatique accompagnée d'une violence de propos disproportionnée avec le sujet.

Les réseaux sociaux y sont allés d'un formidable bruissement d'accusations assassines facilitées par l'expression en quelques mots d'une opinion radicale où la nuance est proscrite et le propos discriminant.

Difficile dans ces messages de 140 caractères d'entrer dans l'analyse et la compréhension d'un monde ou la complexité est la règle ; difficile aussi d'engager un débat argumenté .

On constate d'ailleurs aujourd'hui que la tempête est passée. Ne s'agissait-il alors que d'une bulle médiatique ? Il en sera malgré tout resté quelque chose en particulier auprès du grand public et surtout de celles et ceux qui accréditent l'idée que " c'était mieux avant ".

Internet, un risque pour la Démocratie ?

On serait donc tenter de penser à la lecture de ces quelques lignes qu'internet constitue un risque pour la démocratie.

Patrice FLICHY, professeur de sociologie à l'université de Paris est moins catégorique à cet égard en notant que si l'internaute concentre son attention sur quelques sites qui viennent du monde traditionnel des médias, internet reste un espace où il est possible de recueillir des informations qui n'ont pas trouvé ou difficilement trouvé jusque là des espaces d'expression dans les médias classiques.

Il donne en particulier la possibilité à des individus, mais aussi à des journalistes, de prendre la parole à travers des blogs dont le format facilite commentaires et débats. Il offre ainsi de réelles opportunités pour de nouvelles formes démocratiques où le citoyen ne se contente pas d'élire ses représentants, mais où il peut débattre, surveiller et évaluer leurs actions.

                         Il n'empêche !

Nous sommes entrés dans un monde de la post vérité, où le factuel a beaucoup moins d'importance que l'émotion, où l'opinion personnelle voire le mensonge prime la réalité objective.

"La bataille entre connaissances et croyances ne fait que commencer" affirme Étienne Klein, le président de l'Institut des Hautes Etudes pour la Science et la Technologie, qui s'inquiète de voir " qu'un homme politique peut dire des énormités, notamment scientifiques, ou bien des mensonges manifestes, sans que cela ne porte atteinte à son crédit symbolique."

Les scientifiques sont bien sûr interpelés et des journalistes font leur métier.

Des formes de pare-feu se mettent en place pour vérifier la factualité des informations diffusées par les médias a l'exemple des Décodeurs du journal Le Monde qui, depuis 2009, « vérifient déclarations, assertions et rumeurs en tous genres, mettent l'information en forme et la remettent dans son contexte autour de l'actualité du moment, au rythme des réseaux et répondent aux questions »
Ces journalistes suivent des règles qui sont en fait des fondamentaux du métier de journaliste.

La charte des Décodeurs, précise par exemple que les articles sont construits "avant tout autour de faits les plus objectifs possible : statistiques, chiffres, lois, dates, faits, (qui) sont notre matériau premier."
Soucieux de répondre aux besoins des internautes de vérifier la factualité des informations qui circulent sur Internet les Décodeurs du Monde ont lancé dernièrement un outil de vérification en temps réel et pendant la navigation de la fiabilité des sites et profils qui sont consultés.

Decodex est une extension du moteur de recherche qui s'appuie sur l'analyse de plus de 600 sites par les journalistes du Monde pour aider à une recherche éclairée.

Les réseaux sociaux grand public affirment également avoir conscience des risques de désinformation. Facebook s'est ainsi associé à plusieurs médias nationaux : l'AFP, Le Monde, RFI, France 24, L'Express, Libération, 20 Minutes, BFM-TV et France-info, pour déployer une fonctionnalité permettant la vérification par deux au moins de ces médias lorsqu'une information qu'ils estiment fausse, est signalée par les internautes. Une alerte est alors susceptible d'accompagner le lien en cause.

L'Education aux Médias et à l'Information rempart contre la désinformation ?

Les enseignants sont en première ligne dans ce combat pour éclairer les jeunes. L'Education aux médias et à l'information, inscrite dans la loi, constitue en effet le rempart le plus efficace contre la désinformation, antichambre de la propagande. En utilisant les outils mis en œuvre par ces journalistes les enseignants actionnent des leviers essentiels à la formation de citoyens éclairés, libres et responsables.
Tous les enseignants sont concernés, tous les champs disciplinaires sont touchés car internet est devenu un media mondial, omniprésent, omniscient, objet donc de toutes les convoitises.

Il faut donc former les enseignants

Mais ce n'est pas si simple car pour que les élèves apprennent " il faut à la fois déconstruire et construire à la fois " nous confie André GIORDAN.

Agrégé de biologie, ce spécialiste de la physiologie des régulations, de la didactique et de l'épistémologie des sciences a été professeur à l'université de Genève où il a dirigé le Laboratoire de didactique et épistémologie des sciences (LDES).

Le numérique concourt-il à produire le désir d'apprendre nécessaire à la déconstruction?
Et dans le processus de construction comment confronter ses sources pour vérifier la véracité d'une information dans un contexte où les relais d'informations, sites web par exemple, se multiplient à l'infini ?

Cela devient un vrai parcours d'initié.
Il aborde ce sujet sensible dans cet entretien réalisé lors du forum des pratiques numériques pour l'Education à PAU, EIDOS64.

Claude TRAN
Vice Président de l'An@é

Agenda : http://www.educavox.fr/agenda-2/20-25-mars-d-ou-vient-l-info-semaine-de-la-presse-a-l-ecole-2017

Dernière modification le mercredi, 15 mars 2017
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc.
A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. 
Tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, il est aujourd’hui Vice Président de l’An@é co-fondatrice d'Educavox et membre du Comité de rédaction .