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Je profite de cette tribune pour poser par écrit quelques réflexions et observations que nous avons pu tirer de notre expérience d’animation d’une année de formation au numérique dans le cadre de la Wild Code School. Ce récit fait suite à mon intervention à Ruralitic 2015 dans la table ronde sur « La Grande Ecole Numérique ».

J’écris ces lignes en plein hackathon-innovathon organisé par l’Elysée à l’occasion justement du lancement de la Grande Ecole du Numérique, un nouveau dispositif voulu par le Président de la République pour soutenir les initiatives expérimentales de formations alternatives au numérique.

Comment la Wild Code School, créée en octobre 2014 à La Loupe, dans une petite commune de 3500 habitants s’est-elle retrouvé à l’Elysée aujourd’hui ? Comment une école si jeune peut-elle devenir reconnue et visible en moins d’un an ?

Tout a commencé en mai 2014, quand dans une réunion avec le maire de La Loupe, nous avons collectivement pris la décision de créer cette école. Grâce à un partenariat étroit public-privé, l’école a pu ouvrir ses portes 5 mois après cette décision fondatrice. Chaque partie a apporté sa pierre : la collectivité a mis à disposition de l’école les locaux pendant la première année, a offert une bourse et fut présente pour débloquer un dossier, résoudre un problème logistique ou meubler en 2 semaines quatre appartements pour loger la première promotion.

Innov’Educ, l’entreprise porteuse du projet s’est occupé à son tour du recrutement des élèves, de la mise au point du programme et des outils pédagogiques, et de l’ensemble des aspects opérationnels nécessaires pour faire fonctionner une école.

La première cohorte de 28 élèves a répondu à l’appel et a pu bénéficier de la première session de formation gratuitement grâce au soutien financier des partenaires privés et des collectivités, dont notamment le Conseil départemental d’Eure-et-Loir. Les conditions d’admission excluant les critères discriminant d’âge et de diplôme, les élèves ont été sélectionnés uniquement sur la base de leur motivation, de la maturité de leur projet pédagogique et de leurs aptitudes au métier de développeur. Ainsi, 50% de ses premiers élèves n’avaient pas de bac,  2/3 venaient du département, tous étaient d’une manière ou d’une autre bénéficiaires des aides sociales.

Avec 80% d’insertion professionnelle après la formation dès la première session, la Wild Code School a attiré de nouvelles candidatures rapidement. Pour la deuxième session, nous avons reçu plus de 260 dossiers et avons décidé d’augmenter notre capacité d’accueil. 42 élèves venant de 25 départements de France ont rejoint l’école en septembre pour sa deuxième session.

La philosophie de l’école s’appuie sur une conviction forte que les compétences numériques sont devenues indispensables aujourd’hui, qu’il est urgent de sensibiliser les jeunes et les moins jeunes aux principes de la programmation afin de leur donner la possibilité d’être non seulement consommateur mais aussi co-créateur du monde connecté actuel.

Notre pédagogie cherche à allier les apprentissages en présentiel avec l’utilisation des outils numériques comme les Moocs, les tutoriels en ligne et autres formats de e-learning. Nous avons en effet développé une plateforme pédagogique en ligne, Odyssey, qui permet de personnaliser les parcours des élèves et d’adapter les apprentissages aux besoins et aux rythmes de chacun. Ce n’est plus le formateur, mais la plateforme qui transmet le savoir et assigne les exercices. Le rôle du formateur a changé : au lieu d’être le transmetteur des connaissances, il est devenu davantage un accompagnateur.

A côté des outils numériques pédagogiques, nous avons également développé une approche particulière du territoire qui permet de fonctionner en symbiose fructueux et de « numériser » progressivement les acteurs locaux. Cette « numérisation » passe tout d’abord par la réalisation des projets de développement par les élèves de l’école dans le cadre de leur formation. En effet, chaque élève doit réaliser au cours de son cursus 4 projets dont 2 avec de vrais clients. Il s’agit le plus souvent d’un site statique et d’un site dynamique : le site présentant une commune, un centre de loisirs local, un artisan, ou encore une application de gestion du restaurant scolaire, etc. Une promotion est capable de réaliser une vingtaine de projets, ce qui veut dire qu’en trois ans plus de 100 projets peuvent être mis en place pour les acteurs du territoire.

Par ailleurs, une école comme la nôtre apporte avec elle un lot d’animations pour tout public autour du numérique. Certains de nos élèves ont notamment intervenu dans des écoles primaires sur le temps périscolaire. Aujourd’hui, un ancien élève s’est même spécialisé dans l’animation autour du numérique pour les enfants et intervient dans une petite dizaine des écoles depuis la rentrée 2015. Ainsi, près de 300 enfants pourront être éveillés aux fondamentaux du codage informatique d’une manière ludique.

Fort du succès de sa première année et soutenue dorénavant par l’Etat à travers le programme d’investissements d’avenir et de la Grande Ecole du Numérique, la Wild Code School se prépare pour se déployer en réseau en ouvrant d’autres écoles sur d’autres territoires. Nous venons de lancer un appel aux partenariats et recherchons aujourd’hui des territoires partenaires souhaitant nous accueillir. Retrouver l’appel à partenariats sur notre site internet www.wildcodeschool.fr.

Anna Stépanoff

Dernière modification le mardi, 22 septembre 2015
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