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Comment construire et organiser les activités périscolaires[1] dans le cadre de projets éducatifs Territoriaux (PEDT) et le numérique peut-il permettre des passerelles entre les différents temps de l’enfant ?

Atelier proposé lors des Boussoles du numérique avec la participation de Brahim Aglouni, chargé de mission Education, ville de Cenon, Martine Berjot, principale et adjointe en charge de l'éducation à la mairie de Mérignac, Sylvain Le Chatton, maire d'une commune rurale et chef d'entreprise, Bruno Marty, maire de La Réole(33) et professeur. Animation :  Patrick Figeac, proviseur honoraire, animateur Radio 4.

 

Le grand intérêt de cet atelier réside dans les retours d’expérience d’élus qui représentent des communes d’échelle différente.  Cette particularité nécessite qu’une présentation de ces quatre communes soit faite pour le lecteur de ce compte rendu.

Mérignac dans le département de la Gironde: Au cœur de l’agglomération bordelaise, Mérignac est un Pôle économique et commercial d’Aquitaine. Elle représente un important bassin d’emplois grâce à sa diversité économique avec des industries de Haute Technologie, allant de l’aéronautique à la recherche en Médecine, avec des centres commerciaux importants des zones commerciales et artisanales et un aéroport international. Population en 2012, 66 660, donnée Insee. Etablissements scolaires : 15 écoles maternelles, 15 écoles élémentaires, 5 collèges, 1 lycée général, 1 lycée professionnel.

Cenon dans le département de la Gironde: la ville de Cenon fait partie de l’agglomération bordelaise. Elle profite du développement de la métropole sur la rive droite de la Garonne et de la mise en place d’une zone franche. Le Fonds d’Intervention pour les Services de l’Artisanat et du Commerce (fonds d’Etat FISAC) permet une dynamique économique locale. Elle développe une politique culturelle avec l’implantation d’un important centre destiné à la culture et aux congrès, le Parc Palmer. La commune présente une particularité : située sur une colline dominant la rive droite de la Garonne, elle comprend Cenon haut et Cenon bas relié à Bordeaux par un service régulier de BAT CUB, navettes fluviales.  Elle se situe entre deux axes routiers le pont d’Aquitaine et le pont Chaban-Delmas. Population en 2012, 22.385 habitants donnée Insee. Etablissements scolaires : 10 écoles maternelles, 9 écoles élémentaires, 2 collèges, I lycée professionnel,    

La Réole dans le département de la Gironde est un laboratoire où l'on teste la rénovation urbaine à petite échelle. On essaie d'apporter une réponse en termes de rénovation urbaine, sur une ville rurale en banlieue de métropole, avec un centre-ville historique qui a un fort caractère patrimonial. Ce projet a fortement mobilisé les services de l’Etat, au travers de la DDE et l’ANAH, la Région Aquitaine et le Département de la Gironde. Les activités sont artisanat, commerce dont supermarché, 1 SARL manufacture de balais (agroalimentaire, vinicole, santé,  hygiène), agriculture. Population en 2012, 4125 habitants donnée Insee.

Etablissements scolaires : 1 école maternelle, 2 écoles élémentaires, 1 collège, 1 lycée d’enseignement général et technologique.

Nous quittons l’Aquitaine pour la Picardie. L’activité économique de la commune de Liancourt-Saint-Pierre dans le département de l’Oise se répartit par ordre d’importance en commerces/services, agriculture, administration publique (données Insee). Population en 2015, 574 habitants données Insee. Etablissement scolaire : 1 pôle école école élémentaire, regroupement pédagogique intercommunal avec un village voisin.

20151019184913 86280696 meMadame Martine Berjot, principale et adjointe en charge de l'éducation à la mairie de Mérignac, représente une commune urbaine, elle situe le Projet Educatif De Territoire ou projet éducatif territorial avec cette finalité : la continuité éducative développe des projets qui  mettent en œuvre l’égalité des chances dans le cadre de l’enseignement et de l’éducation.

Elle conçoit la place du Numérique comme provoquant un changement dans le rapport du public à la connaissance et comme modifiant la gouvernance dans le champ de l’éducation en  évitant qu’une fracture se crée au sein de la population entre les initiés et ceux qui n’ont pas accès à l’outil numérique. Elle montre la place que les différentes collectivités territoriales et le Ministère de l’Education Nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche occupent dans la construction du PEDT et sa réalisation. Si la mairie équipe l’ensemble des établissements scolaires en tableaux numériques et tablettes, elle souhaite capitaliser l’expérimentation du PEDT sur un nombre de classes limitées avant une extension à l’ensemble des établissements. Un premier retour d’expérience permet de mettre en évidence trois pistes de réflexion.

 

La première est la volonté de l’équipe municipale d’investir pour développer l’utilisation du numérique. Cette volonté a un coût budgétaire qui se répartit sur deux lignes, investissement dans les équipements (acquisition de matériels même si parfois il est possible de récupérer des ordinateurs, pose de prises….) et coût par élèves se répartissant en 200 euros de subvention de l’Etat et 200 euros à la charge de la commune.

La seconde est le choix des partenaires : la convention avec l’Education nationale permet de participer au réseau Espace Numérique de Travail, Aliénor d’Aquitaine qui va nécessiter une réflexion sur l’identification des élèves ; le représentant de cet espace numérique présent dans l’atelier prend en compte cette demande en soulignant que ce réseau est dans une phase transitoire alimenté par les retours d’expérience. La maintenance et les ressources compétentes pour la formation  représentent une véritable difficulté ; les sociétés qui peuvent intervenir ne sont pas toujours pérennes. Il est donc nécessaire de développer la compétence des animateurs et de permettre la stabilité de leur participation. Les Travaux d’Activités Périscolaires s’appuient sur des collaborations avec des associations pérennes comme Cap Sciences, centre d’expositions et d’animations.

La troisième est la définition des objectifs de l’apprentissage : les ateliers « codage » ont une fonction explicative sur le sens du terme code et de ses applications. Ceux qui sont destinés à comprendre le fonctionnement des machines ont pour but une formation aux logiques propres à leur fonctionnement.

20151019184918 f4ca2cde meMonsieur Bruno Marty, Maire de la Réole, présente l’histoire de la participation de la commune au développement du numérique depuis 2004[2] dans une zone péri urbaine qui fait partie de la communauté de communes sud Gironde.

Les équipements culturels de cette communauté  servent d’appui logistique pour « mettre en mouvement » les projets éducatifs territoriaux, PEDT.  Il précise que les modifications des structures ne suffisent pas, il est nécessaire d’avoir un projet pour le citoyen dans une commune où 30% des habitants est au dessous du seuil de pauvreté. En décrivant les différentes opérations auxquelles les établissements scolaires ont participé en lien avec l’Académie, il montre la place importante de la formation des enseignants et des parents lorsque l’utilisation du numérique est introduite. Il doit intervenir pour obtenir l’adhésion de ces deux publics pour la mise en place du PEDT et de sa réalisation. A titre d’exemples, il parle d’un enseignant qui ne s’est pas intéressé à cette formation et du « boycotte » au départ représenté par 50% des élèves donc des parents.

 

La collaboration avec l’Académie de Bordeaux est importante sur la ligne budgétaire au niveau des prix pour les achats de matériel et sur l’apport de la mise en réseau des établissements scolaires. L’environnement numérique de travail vient en complément en  permettant aux membres de la communauté éducative d'accéder à des services en ligne, pour le collège et le lycée. Pour faciliter la liaison entre les écoles élémentaires et le collège, une mallette numérique circule entre les différents établissements. Quatre enseignants développent les ENT. La mairie pérennise un emploi attribué à un titulaire du BAFA  qui suit une formation correspondant au poste qui lui est attribué.

A la question du coût pour la commune, Monsieur le Maire indique que les ENT sont gratuites car il pense qu’entre le coût d’une route et celui des activités périscolaires comme les TAP il n’y a pas de comparaison possible ; les projets pour l’éducation du citoyen est d’une valeur différente de celle de la réalisation de travaux publics. Responsable d’une commune périurbaine, il regrette que la mobilité des enseignants crée souvent une difficulté supplémentaire dans ces zones semi rurales.

Le maire exprime son engagement pour développer l’environnement numérique sur le site de mairie par cette expression : «  Tous, à vos claviers ».

Pour Sylvain Le Chatton, maire d'une commune rurale et chef d'entreprise, il existe trois motifs pour développer dans une petite commune rurale le projet d’éducation territorial :

- un soutien à l’expérimentation des acteurs locaux et en particulier celui de la Directrice de l’Enseignement

-  une motivation forte de l’élu qui souhaite partager la passion autour des outils du numérique (codage, robotique)

- une  nécessité de retenir une population scolaire qui aurait tendance à rejoindre des agglomérations importantes.

Cette volonté de partager avec la population locale une approche pragmatique de l’environnement numérique dans l’enseignement et l’éducation s’appuie sur la collaboration d’un animateur qui participe au développement du numérique sur son temps scolaire, en fonction de sa compétence et avec l’accord de l’Académie.

La motivation et la formation des enseignants, à partir de ce contexte, se font par compagnonnage. La séance du TAP, qui a lieu le jeudi après-midi,  a vu progressivement la participation des élèves augmenter en partant d’une présence de 50% des enfants scolarisés. Monsieur Le Chatton suggère qu’une expérimentation avec une population en dessous de 600 habitants permet d’avoir des retours d’expérience rapide donc d’avoir une progression permanente des pratiques.

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Brahim Aglouni, chargé de mission Education, ville de Cenon, « se reconnait dans les trois retours d’expérience précédents ».

Cependant, l’expérimentation à Cenon présente une particularité : la mise en œuvre et l’animation du PEDT et des TAP sont gérées par un acteur local, l’association départementale Francas Cenon, dans le cadre des marchés publics. Cette configuration peut provoquer certaines tensions avec les professeurs des écoles quand il n’existe pas de lieu déterminé pour les travaux d’activités périscolaires[3]. Les équipements nécessaires aux activités sont fournis par la mairie.

Patrick Figeac constate que ces échanges introduisent une nécessaire réflexion d’une part sur le fonctionnement des collaborations mises en œuvre, d’autre part sur les rapports entre le périscolaire et le scolaire.

Les comptes-rendus des décideurs de Mérignac, La Réole, Liancourt-Saint Pierre traduisent une volonté d’engagement personnel dans le projet. Le choix de la mairie de Cenon est la délégation dans le cadre d’un marché public à un prestataire de service, il parait se référer à une autre conception de la gestion municipale que celle pratiquée dans les trois autres communes.

Si les collaborations sont dans tous les cas en lien avec une décision de politique publique, elles s’adaptent au territoire local[4] en choisissant tantôt une procédure locale de mise en œuvre qui répond à la procédure administrative proposée par les organismes centraux, tantôt un processus qui recherche une réponse toujours incertaine à l’apprentissage du public concerné parce qu’elle émerge du local.

Les retours d’expérience montrent que les communes urbaines résolvent d’abord la procédure administrative avant d’investir dans la recherche de l’adéquation entre l’apprentissage et l’humain. Dans le cas des communes périurbaines et rurales, la résolution de la procédure administrative n’est envisagée que conjointement ou postérieurement à la question que pose la relation humaine à l’apprentissage. Comme l’explique Sylvain Le Chatton, il est possible que la taille de la commune joue un rôle dans cette alternative.

Les tensions entre le périscolaire et le scolaire sont d’une façon factuelle relatées par la difficulté à convaincre la population de l’importance du périscolaire et par les relations parfois tendues entre les responsables scolaires et les animateurs périscolaires plus particulièrement lorsqu’il y a délégation. Mais en fait, à propos du numérique comme antérieurement à propos de la diffusion des images et des sons[5] ou de tout autre évolution technologique, l’activité périscolaire qui consiste à comprendre et à réfléchir sur les modes de fonctionnement de ces innovations et sur leur influence n’est-elle complémentaire au scolaire académique ?

Pr. Alain Jeannel

Décembre 2015

[1] Le premier texte qui institue une collaboration sur le temps de l’enfant, est la circulaire connue sous le nom de « circulaire CALMAT-CHEVENEMENT » - datée du 13 décembre 1984 et intitulée : « Aménagement du temps scolaire (ATS) dans le premier degré, développement des liaisons de l’école avec les partenaires éducatifs locaux ». Elle préconise, à partir de la rentrée 1985-1986, un aménagement des horaires des enseignements obligatoires dans les écoles primaires, pour permettre le développement de projets entre les écoles et les partenaires éducatifs locaux volontaires (collectivités locales, associations…), proposant aux enfants des activités sportives et culturelles, organisées pendant les temps scolaire et extra-scolaire.

[2] Après une expérience de quatre ans d’initiation au cinéma, conçue dans l’esprit qui préside à la place du numérique dans l’Ecole, le Professeur…..acceptait que son expérience donne la possibilité de réaliser avec ses élèves une « lettre à Pierre Perret », production CNDP, producteur délégué Jean-Pierre Escande, réalisateurs cinéma Alain Jeannel, réalisatrice TV Catherine Terzieff, diffusion 1982 TF1.

[3] Suite à la circulaire « Calmat-Chevènement », des études furent conduites sur sa mise en œuvre dans le Département des Sciences de l’éducation de l’Université de Bordeaux 2. Nous retenons la monographie de l’institutrice Annie Larrieu, épouse Commet, « L’école, enjeu communal »(1992). Ce mémoire associe histoire de vie professionnelle, étude historique de la question, description des enjeux des acteurs locaux pour le scolaire et le périscolaire.

[4] « Le local propose des histoires singulières des personnes qui interviennent, l’Etat rappelle les structures et les conceptions de la loi constitutionnelle : les propositions autonomes du local et les volontés nécessairement hétéronomes de l’Etat reprennent le débat qu’introduisent la diversité des communautés qui créent l’hétérogénéité de la nation et la volonté d’unification productrice d’homogénéité de l’Etat.» Alain Jeannel, « Politiques publiques et volontés locales » in La construction des politiques d’éducation et de formation, PUF, 1995, p.190.

[5] Martine Joly, Yvette Lacarce, Danielle Veron, « Temps d’analyse et temps scolaire » in Communication scolaire et temps scolaire, n°4 Collection Communication éducative, CNDP-Crdp Bordeaux, 1978, pp 5 à 79.

Alain Jeannel, « Mettre en images les idées des jeunes » in Cinémaction » n°21 /22  Graine de cinéastes L’Harmattan, 1982, pp 59 à 61


Dernière modification le mardi, 05 janvier 2016
Jeannel Alain

Professeur des universités, cinéaste, médiatisation des connaissances, ressources numériques et formation à distance. Administrateur An@é.