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Une semaine de participation au PIL (Programme International à Lisbonne)

Tout commence il y a plusieurs années lorsque le besoin de prolonger mon cours s’avérait indispensable. Internet en était à ses balbutiements, les connexions rares et onéreuses. Le numérique était déjà présent et j’ai commencé par connecter un ordinateur portable à une télévision (l’ancêtre des vidéo projections) puis j’ai réalisé des cédéroms pour intégrer la portabilité des savoirs. J’ai découvert les blogs en 2003 et j’ai commencé à exporter mes cours hors la classe de façon dématérialisée.

Pendant trois ans j’ai intégré l’équipe Eductice de l’INRP (actuel ifé) pour travailler sur les scénarios pédagogiques et plus précisément les scénarios de pédagogie embarquée (SPE).

Après ces trois années passionnantes, je suis retourné devant mes élèves où je développe depuis un travail et une réflexion sur la pédagogie dans les mondes virtuels.

Cet ensemble de pratiques, d’usages et de réflexions me permettent pendant une semaine de participer au PIL pour évoquer mon travail et rencontrer d’autres acteurs européens de la e.pédagogie. Mes travaux avait été primés lors des journées lyonnaises. J’avais eu le grand prix de l’enseignement numérique pour mes travaux sur les mondes virtuels. Depuis ce prix mes usages et travaux ont continué et ont pris une tournure plus réflexive. J’analyse avec Jacques Rodet (blog de t@d>) les enjeux du tutorat dans les mondes virtuels, j’accumule les traces grâce à une chaine youtube sur les mondes virtuels, je tiens à jour un carnet de voyage immersif. Je rencontre régulièrement d’autres acteurs de la e.pédagogie immersive, je participe à des projets immersifs avec la faculté de droit virtuelle de Lyon 3 Jean Moulin et je compte co-organiser un colloque totalement immersif l’année prochaine.

En complément de ces traces j’ai rédigé des textes de synthèse, pour l’académie de Lyon, pour le suivi de mon activité sous forme de synthèses annuelles.

Que fais je dans les mondes virtuels ?

J’organise des conférences virtuelles avec mes étudiants dans un monde virtuel qui se nommeAssemblive. Le choix de l’immersivité est motivé par une démarche réfléchie et construite. En quelques mots je peux dire que les constructions pédagogiques se répartissent en quatre pôles :

  • Le monde virtuel comme instrument de formation en ligne, un lieu immersif de reproduction du lieu de formation. Mes cours sont de ce type. Les besoins exprimés sont de l’ordre spatial et temporel, le monde virtuel permet de gérer les interactions humaines pour un groupe géographiquement éclaté. L’inconvénient de la dispersion des compétences peut être résolu via les réseaux.
  • Le monde virtuel comme instrument de simulation - Le monde virtuel est paramétré pour que les acteurs simulent des situations du réel "possibilité de recréer des situations exceptionnelles pour mettre en situation des gens face à des situations qu’ils rencontreront rarementLaurent Gout (2011). Le monde ne se substitue pas à l’acquisition de routines dans la vraie vie mais il permet d’anticiper des situations atypiques sans conséquences effectives IRL. Le monde virtuel permet d’analyser des situations extra - ordinaires par un procédé de répétition et d’analyse par retour en arrièreLe monde dentallife s’inscrit dans cette dynamique de simulation ainsi que lasalle d’urgence de l’impérial college of London.
  • Le monde virtuel comme lieu d’immersion dans un élément de savoir, comme processus spécifique. Les acteurs sont immergés dans une représentation du savoir (exemple des champs magnétiques) et interagissent avec l’environnement. Il semble qu’il soit possible, à ce stade, de croiser les travaux de ceux qui œuvrent dans les mondes virtuels et ceux qui développent des systèmes 3D.
  • Le monde virtuel comme instrument de co-construction des savoirs - Dans certains domaines il est possible d’utiliser le monde virtuel comme lieu de construction de concepts. L’exemple de collaboration entre une université américaine et une université Égyptienne est un bon exemple :
"Visionaries like Dr. Amr Attia from Cairo’s Ain Shams University and California-based architectDavid Denton, have volunteered countless hours and joined forced with Kara Bartelt at the USC School of Architecture to organize this project, with modest support pledged from the United States Department of State to realize Obama’s ‘Kansas to Cairo’ vision – a project they first discussed at a panel hosted by the State Department last June (read more about this architectural panel held in Second Life on america.gov or watch video coverage here)." Source (Credit) Arch virtual
 
 

À partir de ces usages, quelle est ma vision de l’enseignement instrumenté par les réseaux et les outils numériques ? D’ailleurs est ce une vision ? J’ai plutôt le sentiment de poser des jalons réflexifs pour mieux interroger ma pratique dans un environnement bouleversé.

  1. Le monde éducatif est à un moment charnière, à un basculement, il me paraît difficilement envisageable de revenir en arrière ;
  2. L’instrumentation concerne la sphère de l’apprentissage (e.learning) et de l’enseignement (e.teaching) ;
  3. L’outil est prégnant mais il reste au service d’une réflexions où la pédagogie et la didactique sont motrices ;
  4. Il est vain de vouloir intégrer le numérique sans s’appuyer sur une scénarisation (peut être faut-il parler des scénarisations) ;
  5. Nous sommes à une époque où l’expérimentation se frotte rudement avec les tentatives de généralisation ;
  6. La généralisation passera par la formation massive des acteurs des dispositifs d’enseignement ;
  7. La notion de temps et d’espace est modifiée. L’établissement scolaire entre dans une période de redéfinition. L’établissement est-il le seul lieu pertinent d’apprentissage ? Comment penser l’architecture intérieure en liaison avec la prégnance du numérique ?
  8. Quel temps numérique pour les enseignants quand le temps masqué se frotte au temps institutionnel normé ?
  9. Comment les politiques s’y prendront-ils pour donner une réponse à la définition du temps numérique ? (corriger des copies et préparer des cours n’équivalent pas au temps de travail numérique)
  10. Le métier d’enseignant se transforme avec l’ouverture numérique sur l’extérieur. Faut-il interdire les outils numériques ? Faut-il au contraire les inscrire dans le temps d’acquisition des savoirs en définissant de nouvelles pratiques socio-éducatives ?

Vous l’aurez compris ce métier repose sur beaucoup d’interrogations et peu de certitudes. Les usages enseignants sont à observer avec attention mais il faut que le politique et l’économique prennent le relais à un moment donné pour lui donner sa force sociétale.

Je tiendrai une chronique de ce séjour que je pressens intense et riche en réflexions.

Uma semana bonita

Dernière modification le mercredi, 19 novembre 2014
Moiraud Jean-Paul

Cherche à comprendre quels sont les enjeux des perturbations du temps et de l'espace dans les dispositifs de formation en ligne. J'observe comment nous allons passer du discours théorique sur les bienfaits des modes collaboratifs à l'usage réel. Entre collaboration sublimée et usages individualistes de pouvoir, quelle place pour le numérique ?
 
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