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L'An@é a entrepris une large réflexion sur les "passerelles numériques" : Environnements numériques, objets connectés et dispositifs innovants permettent-ils de créer des passerelles entre les personnes et les organisations, au service des temps d'apprentissage, des acquisitions formelles et informelles ? 

Nous proposons un échange de liens et d'expériences lors d'un atelier aux Boussoles du numérique 3 : Environnements numériques, objets connectés, 3D, comment ces dispositifs permettent-ils une continuité éducative?


Autour de plusieurs témoignages, cet atelier, animé par Laurence Bee, journaliste auteur de Parents3.0.  présentait diverses modalités d’innovation et d’extension de l’acte éducatif grâce aux objets numériques, qu’ils soient connectés ou non.

Emmanuel Prêt présentait tout d’abord l’Espace Numérique de Travail (ENT) lea.aquitaine.fr (le Lycée Électronique Aquitain) mis en œuvre par le Conseil Régional afin d’offrir, grâce aux réseaux, un prolongement numérique du lycée. Cette réalisation est le fruit d’un accord signé en 2011 entre le Rectorat de l'académie de Bordeaux, laDRAAF (Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt d'Aquitaine) et la Région Aquitaine qui témoigne de la volonté des partenaires de s'engager dans une démarche collective de développement des usages du numérique dans les lycées aquitains. Un financement européen FEDER (Fond Européen de Développement Régional) a attribué à ce projet une subvention de 652 819€ $.

Ce portail collaboratif donne la possibilité à l'ensemble de la communauté éducative d'accéder à divers services numériques pédagogiques et administratifs. C'est la version numérique d'un établissement qui offre une visibilité sur l’ensemble de la scolarité : notes, absences, messagerie fermée et sécurisée, plateforme pédagogique permettant un stockage et un échange de documents (écrits, sonores, vidéo). L'environnement s'alimente de la mise à jour des bases de données du rectorat mises à jour dans les établissements (comptes élèves notamment). Aujourd'hui 300 000 comptes sont ouverts sur les 154 lycées aquitains.

Les partenaires extérieurs ont aussi la possibilité d’être présents avec des comptes invités, notamment à l’occasion de jumelages, d’appariements, de stages etc. Lea offre aussi une passerelle pour la formation complémentaire à l'international, comme le montre le témoignage de Maria Corona Fernandez, responsable des relations internationales au lycée Gustave Eiffel. Elle y assure la coordination pédagogique de la relation internationale grâce à l'ENT Lea.aquitaine. C’est ainsi que sont mises en place des formations de 36 semaines incluant une formation concrète en entreprise de l'Union Européenne. Grâce à l’ENT, il est possible d’accompagner les élèves dans la formation linguistique en anglais, espagnol ou allemand, selon les besoins. Grâce au numérique, les étudiants peuvent acquérir à distance des compétences relatives à différents domaines (vie quotidienne, domaine professionnel, culture du pays cible…) en mobilisant les cinq activités langagières et en utilisant des supports créés sur mesure des locuteurs natifs. Ils peuvent regarder des vidéos, écouter, s’enregistrer etc. Les travaux écrits et oraux sont déposés et remis sur la plateforme. La plateforme donne aussi accès à des bilans d'activités et à un carnet de bord pour écriture du déroulement du stage et du rapport final. Il s’agit là d’un outil indispensable à une formation interactive en tous temps et en tous lieux.

Muriel Epstein, enseignante chercheuse, présidente de Transapi (« Des méthodes pour apprendre autrement »). En partant de méthodes pédagogiques innovantes, comme le travail collaboratif ou l'utilisation du numérique, Transapi donne l'occasion aux jeunes de plus de 16 ans d'apprendre autrement en leur permettant de devenir acteurs de leurs apprentissages. M. Epstein travaille sur travaille sur le décrochage scolaire selon une action financée par la fondation Orange. On rappelle l'existence d'un collège de ce type à Aulnay-Sous-Bois (Créteil). Il s’agit ici d’utiliser le numérique pour augmenter le réel au sens physique, puis d’utiliser le physique pour dépasser des difficultés cognitives. Ce travail s’effectue dans le cadre Centre de Recherche Interdisciplinaire (CRI – Université Paris Descartes et Paris Diderot). Il vise à l’usage des objets connectés pour ramener le réel dans les apprentissages et à utiliser aussi le corps pour mettre en œuvre des méthodes actives et pratiques d’apprentissage (Learning by doing).

Claire Rivenc, présidente Coh@bit Fab Lab de l'IUT de Bordeaux présente cet espace comme un “Éco- système technologique” pour l'insertion des jeunes et la mixité sociale. Le Fab Lab[1] est un lieu décalé où on trouve des ressources numériques, notamment des imprimantes 3D. Le Fab Lab a été créé à l'IUT à l'image de celui de Boston au MIT. Il vise à remotiver les étudiants par un objet stimulant. Il est opérationnel depuis un an. Le but est de fabriquer in fine avec des machines à commande numérique un objet que l'on peut toucher des doigts (objets et prototypes). Ce lieu d'échange et de travail en commun accueille un public diversifié. La machine phare est l'imprimante 3D qui utilise des matières premières comme le PLA ou l’ABS, matériaux de faible coût. Le Fab Lab fabrique également ses propres imprimantes 3D et propose la possibilité de découpe laser adaptée à tous matériaux. Les objectifs ambitieux sur le plan éducatif et social semblent largement atteints : développement de l'autonomie des utilisateurs, capacité à construire et à démonter toutes les machines, accueil de tous publics afin de décloisonner l’accès aux usages et aux compétences.

Cette action bénéficie d’un mécénat de la fondation Orange et d’EDF, ainsi que d’un important soutien de la Région Aquitaine. De nombreux projets concernent des disciplines autres que scientifiques. Le rectorat est également très intéressé à cette diversification. L'interdisciplinarité et le travail en mode projet séduisent particulièrement les enseignants.

Stephanie Lazaroo, responsable du programme Orange Solidarité Numérique (Fondation Orange) présente le programme "Fablabs Solidaires". Il s’agit de proposer à des jeunes en décrochage ou en exclusion une formation et un accès aux Fab Lab pour leur redonner le goût de l'apprentissage et les orienter vers de nouvelles perspectives. Ces Fab Lab sont au départ des communautés de « Makers ». L’objectif est de les ouvrir à d'autres publics, notamment les jeunes des missions locales d'insertion. L'apprentissage par le « faire » est très adapté à ces publics et donne d’excellents résultats de réussite personnelle et professionnelle. De nombreuses réalisations sont soutenues, comme le Fab Lab de Grenoble « La Casemate » avec des enseignants qui ont monté un projet pour six collèges avec des imprimantes 3D. La Fondation Orange s’intéresse et soutien particulièrement ces actions visant à l’apprentissage par le « faire » qui permet de s'intéresser à ce que l’on apprend à partir d'un usage ou d'un objet que l'on va apprendre à réaliser. Et cette méthodologie est particulièrement vraie aujourd’hui dans le domaine technologique et grâce au numérique.

Michel Pérez


[1] Un fab lab (contraction de l'anglais fabrication laboratory« laboratoire de fabrication ») est un lieu ouvert au public où il est mis à sa disposition toutes sortes d'outils, notamment des machines-outils   pilotées par ordinateur, pour la conception et la réalisation d'objets.

Dernière modification le vendredi, 22 avril 2016
PEREZ Michel

Inspecteur général honoraire de l’éducation nationale (spécialiste en langues vivantes). Ancien conseiller Tice du recteur de Bordeaux, auteur de nombreux articles et rapports sur les usages pédagogiques du numérique et sur la place des outils numériques dans la politique éducative. Administrateur de l'An@é.