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En ces temps de rentrée, il est de bon ton dans les medias et le monde politique de dire tout le bien que l’on pense de l’admirable corps professoral et de son dévouement à la cause éducative. Chacun a en tête le merveilleux professeur qui l’a marqué à vie de son aura, de sa confiance, de son charisme et de sa compétence. Mais la confiance globale n’est pas uniformément répartie et il y a un réel décalage entre souvenirs et craintes parentales. La principale préoccupation des élèves et de leurs parents à cette époque de l’année est : quelle va être l’équipe pédagogique qui va prendre en charge les apprentissages durant un an. Leurs soucis portent bien plus sur l’encadrement, les hommes et les femmes que sur les locaux et les équipements.

Au demeurant, la presse de ces jours derniers illustre cette prégnance du rôle des enseignants dans le dispositif : «  il faut replacer les professeurs en fer de lance de toute réforme » mais aussi « la confiance devrait se traduire au quotidien par le fait de soutenir des projets conçus et menés à l’échelle du terrain » ; c’est ce qu’écrivent dans « Le monde » François Durpaire et Béatrice Mabilon–Bonfils(1). Alain Juppé ne dit pas autre chose dans les mêmes colonnes : «  Rien ne pourra se faire sans l’engagement des enseignants » et aussi : on doit  « faire confiance aux enseignants en leur permettant de façonner, dans un cadre national bien défini, une offre éducative adaptée à l’extrême diversité des profils des élèves ».

Mais cette confiance d’une part et cet engagement de l’autre ont, au delà des mots,  un impérieux besoin d’être étayés, renforcés, outillés et il y a deux moyens incontournables pour cela : la formation et la revalorisation. Point n’est besoin de cumuler les diplômes en ressources humaines pour affirmer cela mais l’éducation nationale doit avoir à cœur et se donner les moyens de développer une politique de recensement, d’accroissement et de renouvellement de ses ressources humaines sans copier pour autant les services RH des entreprises privées et en évitant les dérives.

Pourquoi l’école a-t-elle plus que jamais besoin d’Humain ?

Il ne faut pas imaginer que c’est pour éviter à nos enfants un déferlement numérique emportant tout sur son passage à coup de Moocs, de serious games, de robots et de réseaux sociaux. Il ne s’agit pas d’opposer humain et numérique : le professeur, comme la réalité peut être augmenté par le numérique, n’en déplaise à ceux qui rêvent (mais rêvent-ils) d’écoles sans écrans ( cf Educavox « Après le tsunami, le désastre » de Serge Pouts Lajus ou "Chouette c'est la rentrée !" de Jennifer Elbaz).

Le professeur se fait alors tour à tour prescripteur, médiateur, facilitateur, instructeur…son rôle évolue bien sûr (d’où la nécessaire formation) ; il implique une remise en question permanente et se multiplie (d’où la nécessaire revalorisation).

Par ailleurs, l’école se doit, plus que jamais, de développer des compétences pour l’heure réservées à l’Homme : esprit critique, aptitude à raisonner, à argumenter, à démontrer, mais aussi aptitude à vivre ensemble, à travailler ensemble, à participer à un débat, à reconnaître et accepter les différences. Ce n’est pas nouveau pour l’école d’avoir à préparer l’entrée dans la Cité mais il semble que cela soit de plus en plus difficile et c’est le savoir faire des enseignants de préférences en équipes et en réseaux qui va être, là encore déterminant.

L’Humain en cette rentrée il est aussi dans les titres des publications. « Le stress à l’école » Nouvel observateur, « Pour une  révolution scolaire » Jack Lang. Deux titres motivés l’un par le malaise des élèves, l’autre par celui des enseignants.

Ces deux malaises sont pour une part liés et, en tous cas, ils s’expriment, dans un cas comme dans l’autre, par la « conviction de ne pas être à la hauteur » selon l’expression du pédopsychiatre Marcel Rufo, à la hauteur des attentes, à la hauteur des enjeux. Ils sont le signe criant (hurlant même parfois) que le système nécessite un renforcement de l’humain par le biais de l’empathie, la confiance, l’autonomie…la bienveillance.

Mais ces rapports là entre individus et groupes d’individus ne se décrètent pas, ils se construisent.  Aux politiques de dépasser les clivages et les discours bienveillants pour rétablir les liens que doivent avoir une nation et son école, aux enseignants et personnels d’encadrement, de créer pour chaque élève les conditions de son épanouissement physique, intellectuel et social.

De l’humain encore lorsque, cette semaine, l’économiste Thomas Picketty, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales dénonce « la ségrégation sociale dans les collèges » dont il dit, comme on lance un pavé dans la mare, qu’elle « atteint des sommets inacceptables ».

Il pose à nouveau un problème crucial et récurrent de notre système éducatif. Les solutions qu’il préconise, pour être radicales, n’en sont pas mois trop brutales pour être appliquées sans provoquer une nouvelle guerre scolaire. Pourtant, des réponses concrètes doivent encore être conçues en concertation et dans le cadre plus large de la réduction des inégalités territoriales. Il y va de l’efficacité globale du système et peut-être même de la survie, sur tout le territoire, du service public d’éducation.

De l’humain toujours dans le foisonnement des initiatives qui se multiplient dans les établissements et autour d’eux avec la volonté d’améliorer toujours les conditions d’apprentissage de tous, à tous les âges et par tous les moyens, à l’aide du numérique, c’est inévitable mais en s’appuyant aussi sur les avancées des sciences cognitives.

Ce foisonnement, on le trouve dans la rubrique « Innovation » d’Educavox ;  Il est de plus en plus encouragé par le ministère de l’éducation nationale. Il reste à le soutenir et le valoriser y compris dans les médias qui semblent plus prompts à pointer les carences et difficultés, certes bien réelles, qu’à promouvoir les porteurs d’espérance et de réussite dont nous avons tous besoin …les citations placées en début de ce propos pourraient bien servir d’injonctions.

Jacques Puyou

Secrétaire national An@é

Sources :

 (1) http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/08/31/une-rentree-plus-politique-que-scolaire_4990183_3232.html

 http://www.educavox.fr/accueil/debats/apres-le-tsunami-le-desastre

http://www.educavox.fr/accueil/debats/rentree-2016

 Moocsserious games robots réseaux sociaux -

Dernière modification le vendredi, 09 septembre 2016
Puyou Jacques

Professeur agrégé de mathématiques - Secrétaire national de l’An@é

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