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Pour l'école tout numérique, il va falloir encore du temps...Le temps de la formation de tous les enseignants et intervenants des espaces éducatifs, le temps des connexions pour tous, le temps de l'intégration des changements dans les programmes, dans les pratiques...Et là se pose le problème du temps des élèves et celui des enseignants..Peut-être ne faut-il plus parler de numérique mais de choix politiques, de systémique, de gouvernance, d'organisation sociale...Ces extraits d'articles rappellent quelques priorités.

C’est Jean-Paul Moiraud qui dans cet article le déclare avec réalisme :

" Les technologies numériques ne sont pas hors sol, il faut le rappeler avec force. Elles doivent, dans leurs utilisations, composer avec la réalité du terrain. Alors oui, bien sûr on peut s’inscrire à un MOOC et apprendre, Oui, bien sûr on peut organiser des classes virtuelles de 20 heures à 22 heures, oui, bien sûr on peut inviter des étudiants des collègues situés sur différents fuseaux horaires … On peut, on peut, on peut … !

Sauf que …. La liberté d’organiser son temps est un concept théorique. Il ne faut pas oublier que notre temps professionnel est cadré, organisé. Nous avons tous un agenda professionnel contraint. Dit autrement nous avons des obligations de service.

Alors faisons un peu preuve de réalisme et sachons nous extraire du miroir aux alouettes technologique. La liberté d’apprendre ne peut se faire que dans une logique d’extension du temps consenti (individuellement et / ou collectivement).

Que ceux qui profèrent (en toute bonne foi je pense) que l’on peut travailler quand on veut aillent au bout de leur discours et expliquent que c’est nécessairement en plus du temps normé ".

Accès à l'article : http://www.educavox.fr/alaune/un-reve-oui-mais-collectif

Il s’agit donc ici d’arriver à concilier le potentiel des technologies et des principes d’organisation sociale.

J’écrivais dans un édito  en 2015 : (http://www.educavox.fr/edito/le-nouveau-monde-educatif-qui-vient )

"Des choix, des liens sociaux, des temps et des espaces réinventés "

" L’école n’est plus un sanctuaire fermé au monde extérieur et l’inclusion dans la société de l’information devient un défi d’autant que de nombreuses questions restent en suspens, questions politiques, économiques, techniques, culturelles et sociales notamment culture dominante, marché prépondérant, communautés virtuelles, transformation des approches du temps, des espaces et du travail, nouveaux modes de formation."

En éducation nous savons bien que la complexité est totale. Les « Boussoles du numérique », telles que nous les avons évoquées ont démontré que Politique, Economie, Pratiques sociales, Education et Culture forment un écosystème qu’il s’agit de réinterroger dans l’interdépendance des liens créés par le numérique et les évolutions sociales.

Joël de Rosnay : http://www.educavox.fr/accueil/reportages/joel-de-rosnay-interview-en-ouverture-boussoles3

 

Une nouvelle organisation sociale et des décisions politiques concertées.

Lors d'un Plan national de Formation ces questions ont été abordées:

"Le réaménagement des espaces et des temps scolaires pensés comme  lieu de développement humain, en phase avec notre époque, met en avant l'ergonomie, la mobilité, la créativité et l'autonomie.

Ces nouveaux lieux d'apprentissage, communicants, différenciés, modulables et réversibles selon les besoins, où les outils et les ressources numériques sont facilement accessibles, favorisent le vivre ensemble, le travail en petit groupe, la démarche de projet en co-création ou co-conception mais expriment aussi un certain nombre de valeurs : l'ouverture, le partage, l'empathie et le respect des autres ".

 Accès à la table ronde : http://www.educavox.fr/accueil/reportages/table-ronde-espaces-et-temps-scolaires (PNF 2015)

 

Le temps est souvent considéré d’un point de vue scolaire, un réaménagement interne.

Il en est ainsi des aménagements des Temps périscolaires issus de constats partagés par la communauté éducative sur les Temps de l’enfant et mis en place sans  que soient pris en compte les contraintes de tous les partenaires éducatifs, sans évaluation des moyens en lieux, personnels, qualification, formation, continuité éducative. C’est ainsi que se mettent en place aujourd’hui actions concertées ou temps de garderie supplémentaire pour les enfants, gratuité ou augmentation des tarifs pour les parents sans relation avec la qualité des prestations, horaires aménagés pour les adultes.

Et pourtant, quelle belle occasion d’insuffler au cœur des espaces éducatifs l’égalité des enfants devant les activités sportives et culturelles, de rassembler autour de projets éducatifs les intervenants culturels et associatifs de l’éducation populaire, de créer un accompagnement du numérique éducatif pour les enfants, parents et enseignants.

 

Les trois éléments d’une révolution éducative

C"est Jean-Christophe Torre qui écrit en septembre 2015 :

"Une telle évolution attendue doit ainsi comprendre trois dimensions essentielles.

Et la première d’entre elles est la pédagogie. Tout enseignant entrant dans sa classe doit préalablement se poser la question de la plus-value qu’il apporte au regard d’internet : que puis-je faire apprendre à mes élèves qu’ils ne soient par eux-mêmes en état d’appréhender sur le web ? Ou encore : comment puis-je les conduire à un usage pleinement actif et instructif d’internet ? Bien que distinctes car s’adressant à deux degrés d’autonomie possibles des élèves, ces deux questions se rejoignent dans le souci d’intégrer la « donne » du numérique au sein du « face-à-face » pédagogique. Car l’enjeu central est bien là.

Les habitus des élèves sont désormais façonnés par les pratiques numériques. Une lecture rapide, ludique et par mots-clefs, une attention volatile et papillonnante, une compréhension superficielle et par renvois… telles sont désormais les composantes comportementales auxquelles l’école doit s’adapter. L’élève d’aujourd’hui n’a plus autant de patience, de résistance à l’effort d’abstraction soutenu, d’intérêt réactif pour le cours magistral et le développement de la pensée argumentative… Mais il a en revanche davantage de flexibilité intellectuelle, de vivacité dans l’attention brève, d’aptitude à établir des « connections » entre les données…

La « petite poucette » n’est pas davantage ce mutant prometteur qui émerveille Michel Serres que cet indigent intellectuel que déplorent et fantasmagorisent nombre d’esprits réactionnaires. Fait notable de notre modernité, la démocratisation des savoirs induite par la révolution numérique se conjugue avec une massification des publics scolaires. Nous conduisons aujourd’hui près de 80% d’une classe d’âge au niveau du bac au moment même où internet les connecte à un savoir mondialisé. Cette hausse des effectifs génère une très forte hétérogénéité des élèves aux profils et aux besoins très différents. La réponse à cette situation est inévitablement celle de la différenciation pédagogique. Comment, dans des classes de plus en plus surchargées, accompagner chaque élève au plus près de ses difficultés ? Le modèle ancestral du cours magistral implose doublement sous la pression de la réalité : inadapté à la fois à la diversité des publics et aux nouvelles compétences comportementales des élèves. Mais « là où croît le danger, là aussi croît ce qui sauve »[2]. La révolution numérique constitue le fondement d’une authentique pédagogie différenciée qui reste largement à réinventer et à construire, libérant potentiellement l’attention et l’autonomie de l’élève.

Mais cette pédagogie doit trouver son espace et son cadre fonctionnel. La question des infrastructures s’affirme bien comme un enjeu essentiel à cette école du numérique. La conception « classique » des salles de classe, à savoir un bureau sur une estrade avec pour vis-à-vis des rangés d’élèves alignés par deux, induit une pédagogie descendante et magistrale. L’espace et le temps structurent encore dans les établissements scolaires des pratiques et des usages. Au manque de fluidité dans les salles correspond un compartimentage des élèves dans les classes. Une autre conception est cependant possible : celle des groupes de compétences au sein desquels les élèves pourraient circuler, celle d’espaces pédagogiques en ilots avec des outils informatiques systématisés, celle d’une annualisation « à géométrie variable » des emplois du temps où la monotonie des séquences éducatives disciplinaires pourrait être avantageusement rompue… La réforme éducative est indissociablement une réforme des conditions matérielles et techniques d’enseignement tout autant que des contenus enseignés.

Enfin, en complément administratif à ces innovations pédagogiques et infrastructurelles, la gestion éducative proprement dite nécessite d’autres aménagements. Des approches plus différenciées dans des espace/temps scolaires plus ouverts imposent un pilotage plus local des actions. L’école de demain sera nécessairement celle d’une plus grande liberté d’adaptation des équipes et des chefs d’établissement, d’une plus forte variabilité des prises en charge selon les contextes et les profils des élèves.

La question de l’autonomie est, sur le strict plan de l’organisation administrative, le sujet central qui permettra à une école du numérique de déployer ses virtualités. L’élève mis en responsabilité et en recherche active, accompagné d’un enseignant ressource et susceptible de réguler ses apprentissages, dans des établissements capables de mettre en œuvre des dispositifs adaptés en permanence aux difficultés rencontrés : cette réalité souhaitable doit se concilier avec des approches toujours « magistrales » - car les connaissances ne se « découvrent » pas toutes sur internet… - permettant d’édifier et de sédimenter les savoirs construits par les élèves en autonomie guidée.

Une pédagogie « numérique » doit ainsi pouvoir concilier l’apprentissage des fondamentaux et la recherche individuelle, la mise en activité et l’acquisition plus descendante. Car il est une vérité incontournable qu’aucun usage numérique ne saurait dépasser : on ne peut trouver par soi-même que ce que l’on connaît et maîtrise déjà en partie. Une recherche « aveugle » sur internet ne donnera pédagogiquement qu’une dispersion pourvoyeuse d’ennui et dispensatrice d’une apparence de savoir – autre nom d’une « information ». Il faut donc à la fois – pour reprendre une formule bien connue de Georges Bataille – « le système et l’excès », ou exprimé autrement la liberté de recherche et la rectitude méthodologique. Les deux termes de cette alternative ne sont donc conciliables qu’au sein d’établissements scolaires responsabilisés sur des objectifs et autonomes dans une part de leurs actions éducatives.

Accès à l'article : http://www.educavox.fr/accueil/debats/sur-la-revolution-numerique

 

Confiance, souplesse et pédagogie

La vraie révolution n'est pas numérique elle est pédagogique et réside dans la possibilité de mettre en place des dispositifs souples, concertés et adaptés aux situations. Les cadres de la formation, des contenus et des dispositifs sont lisibles et disponibles aujourd'hui.   Le continuum d'apprentissage  concerne bien le monde de l'éducation, les médiateurs culturels  mais également le politique,  le citoyen, l'entreprise, tous les acteurs de la société qui peuvent ensemble créer des situations riches de sens et efficaces.

Les formes de gouvernance réussies impliquent d’articuler les concepts de confiance, d’adaptabilité, d’écoute des décideurs vers les réalités du terrain, de concertation, de prise en compte de tous les aspects sociétaux, impliquent d’être à l’écoute de ce qui vient des terrains de réalisation.

On peut le constater dans l'évolution des pratiques de plus en plus nombreuses et Educavox en témoigne également : chaque enseignant, de là où il en est de son équipement, de son lieu de travail, de sa culture numérique, s'empare d'une partie des possibilités numériques et les intègre dans sa classe. Le numérique fait émerger la nécessité du transdisciplinaire, du projet, de la motivation des élèves, de l'acquisition de compétences informationnelles, de pratiques plus collaboratives. Elle est donc là, la révolution. On en oublierait presque le mot "numérique".

Alors rendez-vous à Ludovia pour observer comment se réorganisent et se srtucturent nos espaces éducatifs...

Michelle Laurissergues

Présidente An@é

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Dernière modification le vendredi, 30 septembre 2016
Laurissergues Michelle

Tout d’abord enseignante en école maternelle, directrice d’école, maitre formateur, directrice du centre Départemental de documentation pédagogique en Lot-et-Garonne (actuellement CANOPE),  responsable associative au niveau des écoles maternelles de 1973 à 1994, présidente nationale de l’An@é de 1996 à 2017 qui a créé le site Educavox dont je suis responsable éditoriale.