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On entend souvent dire "mais comment faisions nous avant le numérique ?" tant il est vrai que ses applications sont devenues nos prothèses au quotidien. Nous disposons maintenant de solutions commerciales (à l'apparente gratuité) fluides, rapides, souvent très ergonomiques et qui modifient nos gestes. Elles nous permettent de communiquer en réseau, en tout temps et en tout lieu. Nous avons tous en tête les marques de ces solutions que nous utilisons chaque jour.

Ces solutions  se sont tellement ancrées dans notre environnement qu'il est vite apparu que l'on pouvait les détourner de leur usage initial pour les instrumenter en pédagogie. "La logique de l'usage" (Jacques Perriault, 2008) s'est rapidement imposée et les expériences ont indiqué le champ des possibles. Des chercheurs comme Graham Attwell, Mohammed Chatti ont développé le concept d'espace personnel d'apprentissage (EPA) ou Personal Learning environment (PLE).

Il est vrai qu'en assemblant des solutions hétérogènes au service d'un objectif homogène (Moiraud, 2010) on peut créer des environnements souples et familiers (Les anglo-saxons parlent de mash up). C'est vrai pour les enseignants comme pour les apprenants.

On pourrait se contenter de cette analyse, amplifier les usages et jeter aux orties toutes les autres solutions. C'est, me semble t-il, réducteur et notre responsabilité d'enseignant nous oblige à envisager la place et la logique de toutes les autres solutions. Nous devons engager le débat avec nos élèves et étudiants. Nous devons leur transmettre une vision systémique des modèles de formation et des systèmes qui les hébergent.

Nous pouvons certes continuer à prôner la primauté des systèmes souples mais c'est ne pas tenir compte de la vie professionnelle future de nos apprenants.

On peut parier, sans risquer de trop se tromper, qu'ils vont intégrer des entreprises qui auront des systèmes internes moins fluides et "moins sexy" que les solutions web 2.0. Leurs futures responsabilités les obligeront à intégrer les notions de sécurité, d'obligations de réserve, d'obligations de confidentialité peut être même de secret. ils n'auront pas le choix du système, ils devront même s'y plier. Il faudra qu'ils  s'identifient par login et mot de passe complexes, qu'ils exercent une forme de modération liée à leur statut professionnel. Il est même possible qu'ils évoluent numériquement dans un système au design moins engageant. On peut aussi penser qu'ils pourront travailler sur  des systèmes verrouillés qui ne seront utilisables qu'au sein d'un bâtiment institutionnel pour contrôler l'accès à des données très sensibles.

Il convient donc d'engager cette réflexion avec nos élèves et étudiants, l'objet n'étant pas de vanter un système plutôt que l'autre car ils ont chacun leur logique. Il faut que nous soyons en capacité d'expliquer les éléments de construction des deux modèles. Nous saurons ainsi assurer une transition qui ne soit pas trop violente entre l'extrême souplesse des usages personnels et une forme de rigidité assez présente dans un cadre professionnel.

Cet article n'a pas pour objectif d'imaginer les systèmes futurs,(peut être plus souples, plus rapides, plus "sexy"), il y a des spécialistes pour cela, mais bien d'engager une réflexion sur un existant qui s'impose pour le moment à nous.

La présentation ci-dessous tente de poser les termes de ce débat. C'est bien évidemment un point de vue personnel mais il me semble être un sujet sensible dans le monde de l'éducation. Nous avons l'ardente obligation d'informer et de former nos apprenants en essayant de nous départir de nos envies (ou nos détestations) pour baliser une réflexion complète et surtout complexe. Le site Educavox comporte une rubrique commentaires, de façon générale elle est peu utilisée (paradoxe évident pour une communauté qui vante en permanence les vertus du collaboratif).

Vous pouvez donc l'utiliser pour débattre de ce sujet, enfin ... si cela vous tente :-)

 

Dernière modification le samedi, 09 janvier 2016
Moiraud Jean-Paul

Cherche à comprendre quels sont les enjeux des perturbations du temps et de l'espace dans les dispositifs de formation en ligne. J'observe comment nous allons passer du discours théorique sur les bienfaits des modes collaboratifs à l'usage réel.
 
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