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Dossier écrit par Stephanie. Retranscription de l’épisode 277 de Podcast Science. Vous voulez faire de la science mais vous n’avez pas de matériel ni de connaissances particulières ? Votre rêve est d’avoir votre nom sur une publication scientifique, mais vous n’avez pas le bac ?

Vous voulez servir la science dans la joie, mais votre chaîne youtube sur l’observation des espèces de chenilles de la région rouennaise ne parvient pas à décoller ? La science participative est pour vous !

La science participative qu’est ce que c’est ?

Podcast Les sciences participatives

On appelle “science participative” ou “science citoyenne” des programmes de recherche impliquant des acteurs qui ne sont pas strictement dans le monde académique. Ça peut être des amateurs qui n’y connaissent rien ou des amateurs qui s’y connaissent beaucoup mais dont ce n’est pas le travail par exemple. On peut aussi penser à des chercheurs retraités par exemple.

Déjà, une mise au point, je n’aime pas trop le terme “sciences citoyennes”. D’une part parce que je trouve que ça fait vachement moderne comme désignation pour un truc qui existe depuis assez longtemps comme on va le voir. Et puis surtout, il y a un autre sens aux sciences citoyennes, qui renvoie au fait que la science peut être décidée par les citoyens.

D’ailleurs quand on tape “sciences citoyennes” sur google le premier lien est celui d’une association qui se donne pour objectif entre autres “de promouvoir l’élaboration démocratique des choix scientifiques et techniques. Nous favoriserons la mise en débat public des politiques publiques en matière de recherche, de technologie et d’organisation de l’expertise. ”

Et alors là je ne suis pas du tout du tout d’accord. Autant je suis complètement à fond pour informer les citoyens de ce qui se fait en science, c’est même ce que je fais à cet instant, et je pense que l’utilisation des choix technologiques dans la société, comme le nucléaire civil par exemple, doivent passer par des votes autant que possible. Autant penser que les décision scientifiques doivent être démocratiques est une incompréhension complète de ce qu’est la science. Parce que la science n’est pas une démocratie, ce n’est pas le plus grand nombre qui a raison. Et même fatalement, le plus grand nombre sera forcément amené à avoir tort, périodiquement. Et les états et les citoyens doivent se battre au contraire contre les tentatives d’ingérence dans la recherche scientifique. Alors forcément si vous êtes anti-nucléaire, vous avez envie de crier aux chercheurs de ne plus chercher sur la fusion et je comprends votre envie. Mais je vis dans un pays (les États-Unis) où l’ancien président Georges W. Bush a déclaré en 2005 que le créationnisme et l’évolution “méritaient tous les deux d’être correctement enseignés en classe”, donc il faut se méfier quand les élus et les citoyens décident de ce que devrait être la science.

Bref méfions nous quand nous entendons science citoyenne, la pente est glissante et je le répète, la science n’est pas une démocratie (voir cet article sur le sujet). Mais je digresse, donc on va parler de science participative plutôt.

Un peu d’histoire et l’astronomie amateur

En fait ce genre de choses existe depuis longtemps dans certains domaines. L’exemple que l’on donne souvent,  c’est celui de la fondation Audubon qui a initié au début du XXième siècle leChristmas bird count qui était le comptage des oiseaux avant Noël. Les ornithologues amateurs pouvaient alors envoyer leurs comptes et ça permettait d’estimer les populations d’oiseaux à travers les États-Unis. Il existe aussi depuis longtemps la même chose pour les papillons.

Percival Lowell observant Venus depuis son observatoire

Un autre exemple de science participative pour moi et que l’on cite moins est l’astronomie amateur. En effet, depuis les années 70, on peut se procurer des télescopes, dont les prix ont été en décroissant, ce qui permet à de plus en plus de gens d’aller observer les étoiles. Beaucoup de gens fabriquent aussi leurs propres télescopes depuis à peu près la même période. Si la plupart des gens qui pratiquent l’astronomie amateur le font par plaisir personnel uniquement, certains que l’on pourra qualifier de semi-professionnels participent activement à des découvertes. Et les astronomes amateurs sont des mecs vraiment passionnés, certains font sans doute plus d’astronomie que moi et ne sont pas payés pour cela.

Par exemple Percival Lowell, dont on a beaucoup parlé le mois dernier pour ses observations de Mars, était un astronome amateur, au sens où issu d’une famille aisée, il avait commencé par faire fortune dans le commerce de tissus avant de se mettre à l’astronomie en amateur. Avec sa fortune personnelle, il s’est fait construire un télescope en Arizona en 1894 avec lequel il observa Mars pendant le reste de sa vie. Bon mais là c’est un peu particulier car il avait des moyens énormes aussi.

Un peu plus proche de nous dans le temps et le milieu social, sans doute une des plus célèbres des comètes, la comète Hale-Bopp, a été découverte indépendamment en 1995 par Alan Hale et Thomas Bopp et le second était un amateur. Il travaillait dans une usine de matériaux de construction et il a dit que c’était la première comète qu’il observait. D’ailleurs ce n’était même pas son télescope. Après avoir vérifié qu’il ne devait y avoir aucun objet étendu dans cette région du ciel, il a prévenu le Bureau central des télégrammes astronomiques, association sous l’auspice de l’union astronomique internationale et qui gèrent les découvertes de satellites, comètes, astéroïdes, etc. Beaucoup d’astéroïdes ont ainsi été découverts par des astronomes amateurs, et certains y passent leurs nuits, juste pour la gloire.

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L’impact de Wesley de 2009, photographié par le satellite Hubble (NASA/ESA, STScI and the Jupiter impact team)

Enfin, en 2009, un programmeur informatique et astronome amateur australien du nom de Anthony Wesley a découvert une tache noire sur Jupiter. Il s’est avéré qu’il s’agissait d’un impacteur(tout objet percutant un astre) de plusieurs centaines de mètres de large s’écrasant sur Jupiter, ce qui a été immédiatement confirmé par plusieurs astronomes professionnels et le télescope Hubble s’est même tourné pour observer la tache ainsi produite. Le mec a tout de même pas mal de chance, parce qu’il a aussi observé un autre impacteur sur Jupiter en 2010. Je vous ai mis un gif animé d’un autre amateur qui a aussi observé ce second événement, aux Philippines, appelé Christopher Go. L’impact est sur la droite.

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Un impact sur Jupiter en 2010 (vidéo de Christopher Go)

Et on rentre en fait dans ce qui fait le cœur de la science participative. Il s’agit de choses que les scientifiques n’ont pas les moyens financiers (ou pas le temps, ce qui revient au même) de faire eux-même. Ainsi, si on assigne un astronome avec un télescope à l’observation continue de Jupiter, on n’aurait sans doute pas besoin de gens comme Anthony Wesley. Mais la justification scientifique n’est pas suffisante pour justifier une observation en continu. Mais on est bien content d’avoir quelqu’un qui observe s’il arrive quelque chose. A vrai dire il faudrait même plusieurs personnes réparties sur toute la Terre pour couvrir ce genre d’événements.

Un projet absolument trop bien d’ailleurs sur le sujet a été lancé par des chercheurs de la Carnegie Melon University aux Etats-Unis. Plutôt que d’attendre de demander aux astronomes amateurs qui ne sont pas forcément des spécialistes d’astrophysique de dire eux-même s’ils ont trouvé un phénomène intéressant, on va aller leur piquer leurs données directement. Les chercheurs ont été sur les banques d’images en ligne de Flickr, Bing, et Google, en cherchant tout simplement le nom de la galaxie qui les intéressait, “NGC 5907”. En utilisant ensuite un site appelé astrometry.net, ils peuvent automatiquement situer les objets sur le ciel et les orienter. Bref de la science avec google image.

Il y a aussi le projet Panoptes, lancé entre autres par un collègue pour observer des transits de planètes. Les transits, c’est la manière dont on a détecté le plus de planètes à ce jour. On observe pendant longtemps une étoile et si on voit une baisse de luminosité récurrente, c’est qu’il y a peut-être une planète qui passe entre l’étoile et nous. Mais le transit peut être extrêmement court (quelques minutes), et avec des périodes relativement longues : plusieurs jours pour les planètes les plus proches, plusieurs mois pour les planètes les plus éloignées détectables par cette technique. Pour le moment, le meilleur chasseur d’exoplanètes au monde est un satellite qui s’appelle Kepler, et il regarde en continu environ 100’000 étoiles. Le problème de faire ce genre de mesures depuis la Terre, c’est que vous ne pouvez pas trop observer le même endroit en continu à cause de la rotation de la Terre. Et si le transit intervient pendant la journée, et bien c’est foutu. Il faut donc beaucoup beaucoup d’observateurs qui mesurent précisément le flux de l’étoile.

Le projet panoptes vise à concevoir des petits télescopes totalement automatisés et à bas coût qui permettent de détecter des transits. En en mettant partout sur la planète et s’ils s’allument dès que le ciel est clair, ils pourraient permettre d’imager en permanence un grand nombre d’étoiles. En utilisant des logiciels dédiés, un réseau international permettrait de rapatrier les données d’identifier l’angle de prise de vue et les étoiles dans le champ.

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Bon bas coût, c’est tout de même environ 4500 dollars donc les cibles sont plutôt les universités ou les instituts de recherche. Mais je trouve ça pas mal que l’on puisse faire ce genre de science avec deux appareils photos Nikon à 400 dollars pièces. Et en plus le truc fini ressemble au robot de wall-E avec des petits yeux tristes.

Mais l’astronomie amateur est un peu particulière, car on a tout de même besoin de matériel que tout le monde n’a pas. Au passage, si vous voulez vous offrir un télescope, c’est vraiment pas trop cher maintenant. Pour le prix d’une télé d’entrée de gamme, vous pouvez vous offrir un télescope qui permet de résoudre Mars, Jupiter, et d’observer sans problème les anneaux de Saturne et même les séparations de ses anneaux (appelée division de Cassini).

Entre amateur débutant, professionnel de l’agriculture et passionnés de biodiversité

Il y a toute une branche des sciences participatives qui n’est pas de l’astronomie amateur mais qui vous oblige tout de même à sortir de chez vous, c’est l’observation de la biodiversité. Et pour moi c’est un peu comme l’astronomie amateur, même si ça demande souvent beaucoup moins de matos, au sens où on parle quand même de gens suffisamment passionnés pour sortir de chez eux et braver le froid alors qu’il y a Hannounah à la télé. Mais il a aussi l’énorme avantage de faire participer les gens à la recherche scientifique et de créer du lien entre les chercheurs et les citoyens, ce qui est un des objectifs premiers de la science participative.

Alors sur l’observation de la biodiversité, il y a foule, mais je vais vous donner ceux dont on m’a parlé quand j’ai demandé de me donner des projets, parce que je les trouve représentatifs de ce que l’on peut faire. Je mettrai une liste plus complète dans les notes.

Déjà, une bonne façon d’avoir des informations précises, c’est de demander aux professionnels, donc les agriculteurs. Il existe un projet qui s’appelait AgrInnov, et qui est en train d’évoluer vers un autre projet plus grand appelé REVA, pour Réseau d’expérimentation et de veille agricole. L’idée est simple, il s’agit d’évaluer l’impact écologique des exploitations agricoles en posant la question aux agriculteurs eux-mêmes. Le travail du chercheur dans un premier temps, c’est d’identifier des indicateurs robustes et sensibles aux pratiques agricoles. Ça peut être des champignons, des lombrics, ou des nématodes. Ensuite, on va former les agriculteurs participants à prendre les mesures, en gros de pelleter ou de prendre des sachets et de les envoyer vers les labos participants, à intervalle régulier. Enfin les chercheurs vont analyser les résultats qui leur parviennent de toute la France.

Ça, c’est de la grosse artillerie pour le coup. A l’autre coté du spectre, vous avez le projet birdlab. Là, vous allez construire deux mangeoires à oiseaux l’une à côté de l’autre dans votre jardin ou sur votre balcon. Ensuite, vous téléchargez l’application sur votre téléphone et après un petit jeu d’entrainement pour reconnaitre les oiseaux, vous pouvez vous lancer. C’est fait spécifiquement pour analyser les comportements alimentaires des oiseaux en hiver, de mi-Novembre à fin Mars, donc ça vient de commencer. Les chercheurs du Muséum d’histoire Naturelle cherchent à répondre à des questions bêtes comme: quels sont les comportements des oiseaux à mangeoire ? Un oiseau préfère-t-il se nourrir là où d’autres congénères sont déjà présents ou préfère-t-il s’isoler ? Existe-t-il des comportements de compétition ou de coopération entre individus ou entre espèces ? La façon de reporter ces comportements est ludique, vous faites bouger le chardonneret élégant ou l’étourneau sansonnet d’une mangeoire à l’autre avec votre doigt.

Maintenant que les smartphones deviennent de plus en plus présents, il existe plusieurs applications qui permettent de faire de la science participative. Par définition localisés, ces applications de sciences participatives sont pour le moment plutôt américaines, mais commencent à s’étendre en France.  

Cette expérience fait partie du réseau vigie-Nature du Muséum d’histoire Naturelle. Vigie Nature, c’est vraiment le gros programme de science participative français faisant appel à tous le monde, des débutants complets aux agriculteurs. Au départ initié pour suivre les oiseaux, seulement, il héberge plusieurs autres programmes pour observer les papillons, chauves-souris, escargots, insectes pollinisateurs, libellules, plantes sauvages des villes, etc.. Ces projets sont essentiels en fait pour mesurer l’impact de l’activité humaine sur plusieurs de ces espèces que l’on a l’habitude de voir et qui nous sont assez familières. Le projet s’est d’ailleurs développé en Vigie-Mer, Vigie-Ciel, Vigie-Nature École, et je vous encourage à aller voir tout ça.

Il y aussi le projet au nom très chouette d’Observatoire des Vers Luisants et des Lucioles. La participation est super simple, il suffit, si vous êtes en France, en Italie ou en Espagne, de renseigner un formulaire d’une page, pour dire quand était la dernière fois que vous avez vu un vers luisant et combien (cela dit ils n’ont pas l’air fermés d’esprit, vous pouvez sans doute leur envoyer un mail si vous êtes belge ou suisse). En fait, même si vous avez un jardin sans vers luisant, vous pouvez quand même remplir le formulaire, car il est “important de disposer d’un nombre suffisant de jardins sans ver luisant pour comparer”. Bon par contre, évitez le trollagegratuit, n’allez bien évidement pas leur dire que vous n’avez pas vu de vers luisant si vous n’avez pas de jardin.

Bref, j’aime bien ce genre de d’initiatives. Ça permet à des chercheurs d’avoir un nombre incroyable de mesures sans avoir à bouger et avec très peu de moyens. Par exemple, voila la carte des résultats des chercheurs de l’observatoire des vers luisants, à partir de 4824 participations couvrant 3502 communes

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Alors bien évidement, c’est super partiel car la plupart des codes postaux n’ont sans doute qu’une ou deux réponses. Et les chercheurs disent bien qu’ils vont avoir besoins de plusieurs années de données pour avoir une cartographie qui soit suffisamment robuste pour être publiée. Mais bon c’est un truc totalement impossible sans sciences participatives. Et cet engagement dans ce genre de projet est aussi une chose qui vous permet de prendre conscience plus profondément de votre environnement. En faisant attention à la faune et la flore qui vous entoure et en constatant son évolution, vous pouvez non seulement en tirer une riche expérience personnelle, mais qui indépendamment n’a aucune valeur scientifique, mais aussi participer à enrichir une base de données qui elle va permettre de mettre en évidence des phénomènes scientifiques plus profonds. Bref les sciences participatives, c’est un engagement dans les sciences et une prise de conscience de faune et de la flore, et rien que pour cela c’est bien.

Passons à ce que vous pouvez faire si vous n’avez pas de télescope chez vous, vous n’êtes pas agriculteur et puis d’abord vous n’aimez ni la nature, ni Hannounah. Et puis vous n’avez pas envie de vous geler les miches toutes les nuits pour compter les lucioles. Et puis vous n’avez pas de jardin et vous vivez dans une cave. Bref, vous avez un ordi, une connexion internet, et un canap’ mais vous voulez servir la science dans la joie.

La recherche passive avec les projets de puissance informatique partagée

Vous vous souvenez de Bopp qui a envoyé sa découverte de comète. Le directeur du Bureau central des télégrammes astronomiques, Brian G. Marsden s’est moqué de lui car il a pris le nom très au sérieux et il a vraiment envoyé un télégramme au bureau. En 1995. Et le directeur a dit de lui: “Personne ne nous envoie plus de télégrammes maintenant. Je veux dire, le temps que le télégramme arrive, Alan Hale avait déjà envoyé 3 emails avec des mises à jour des coordonnées” de la comète. Et avec cette superbe transition, on voit évidement qu’internet a révolutionné aussi les sciences participatives par la vitesse de transmissions des données qu’il permet, sans même parfois que le scientifique amateur ne comprenne le sens des données qui transitent par sa machine.

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Les premiers usages d’utilisation passive de votre ordinateur pour la recherche, c’est à la fin des années 90. L’idée est simple, on installe un petit logiciel sur votre ordi, qui reste en veille quand vous vous servez de votre puissance de calcul. Au moment où vous arrêtez de vous en servir, par exemple quand il se met en veille, il se met en marche et commence à télécharger un petit bout du problème envoyé par l’institut de recherche, et il mouline alors, avant de renvoyer le résultat de son calcul à l’institut. Ça marche très bien si vous avez plein plein plein de petits problèmes très bien parallélisables, au sens où vous n’avez pas besoin du résultat de l’un pour avancer sur l’autre. Le premier programme de ce type est le GIMPS. Alors GIMPS, c’est Great Internet Mersenne Prime Search : la grande recherche internet des nombres premiers de Mersenne. Un nombre premier de Mersenne est un nombre premier qui s’écrit sous la forme 2p – 1. Par exemple 3 est un nombre premier de Mersenne car il est égal à 22 – 1. Tous les nombres qui s’écrivent sous cette forme ne sont pas premiers. Par exemple, 24 – 1 = 15, qui n’est pas premier. Il se trouve qu’il y a un test très efficace pour prouver qu’un nombre de la forme 2p – 1 est premier, appelé test de primalité de Lucas–Lehmer. Et du coup, c’est un bon moyen de trouver des nombres premiers très, très grands. Bon, c’est un test efficace, en comparaison de la méthode habituelle qui est de tester un par un tous les diviseurs premiers, mais c’est tout de même difficile, et ce qui explique qu’ils ont besoin de votre puissance de calcul. Les 14 plus grands nombres premiers découverts l’ont été par le programme GIMPS. Depuis Janvier 2016, le plus grand nombre premier connu est donc : 274’207’281 – 1.

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Radiotélescope d’Arecibo

La grande star de ce genre de problème, c’est bien sûr SETI@home. Alors SETI, pour ceux qui n’ont pas vu Contact, c’est le programme Search for extraterrestrial intelligence. En particulier, SETI@home utilise le même genre de programme très massivement parallélisable pour analyser les résultats du télescope en ondes radio d’Aracibo, à Porto Rico. Bon alors effectivement, à ce jour, et contrairement à ce que dit Contact, SETI@home n’a rien trouvé. Mais il y a eu quelques candidats intéressants (qui n’ont pas été rejetés comme étant du bruit ou un phénomène astrophysique connu), qui sont encore surveillés à ce jour. Mais il a par contre montré que cette méthode d’utilisation des ordinateurs privés est encore valide et le programme SETI a ainsi pendant longtemps profité d’une puissance de calcul comparable aux plus grands ordinateurs du monde. Ainsi, encore aujourd’hui, le site de SETI@home indique toujours un nombre moyen d’opérations par seconde de 629 TeraFLOPS (600 10^12 opérations par seconde), une puissance comparable aux ordinateurs du top 250 mondial.

Bon mais vous avez envie d’un peu plus que de faire travailler votre ordinateur tout seul, vous voulez activement participer à la science depuis votre ordi.

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Judie Foster, participant au programme SETI dans le film Contact. Non, plus personne n’écoute les ondes radios avec un casque pour trouver des signaux ET: c’est vachement plus simple en voyant un signal sur un écran.

Les projets de sciences participatives actives (mais sans trop sortir de chez soi)

Bon alors il y en a des millions et je vais essayer de vous donner des exemples intéressants sans tomber dans le catalogue un peu ennuyant. Les exemples que je vais vous donner son plutôt dans le domaine de l’astronomie, parce que c’est moi qui fait le dossier et puis voilà. Le site que j’aime beaucoup sur la question, c’est zooniverse. C’est parti d’un projet appelé galaxie Zoo qui devait classer des galaxies. Alors pour comprendre en quoi c’est important je vais devoir vous parler de classification des galaxies. Et en plus ça permet de voir des jolies photos. Et comme il y a des jolies photos, ça va encourager les gens à aller les voir sur notre chaine youtube !

Il y a donc 3 types de galaxies, les elliptiques, les spirales, et les irrégulières.

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Galaxie elliptique ESO325-G004. Crédits: NASA, ESA, and The Hubble Heritage Team (STScI/AURA); J. Blakeslee (Washington State University)

Les elliptiques sont des sortes de halos qui ne contiennent que peu de structures particulières. Il peut y avoir des exceptions, mais le mouvement des étoiles est aléatoire contrairement aux galaxies spirales où l’ensemble des étoiles est en rotation.

Elles contiennent une faible proportion de matière et de gaz interstellaire et par conséquent, peu de nouvelles étoiles peuvent s’y former. Du coup, elles sont plutôt constituées d’étoiles vieilles. Ce sont les plus grandes galaxies et on pense que beaucoup se sont formées à la suite d’interactions de galaxies qui ont fini par fusionner.

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La galaxie spirale NGC 4414 (NASA, STScI, ESA)

On passe ensuite aux galaxies spirales qui sont les plus emblématiques et qui contiennent le plus de de gaz et donc un taux d’étoiles jeunes plus important. Elles se séparent en deux catégories, les barrées et les pas barrées. Les spirales pas barrées sont assez rares et le plus souvent, une barre se forme au milieu, peut-être due à des effets de marées dus à d’autres galaxies. On pense que notre galaxie est une spirale barrée, mais c’est beaucoup plus facile à voir sur les galaxies dans lesquelles on n’est pas, du coup ce n’est pas encore tout à fait sûr.

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La galaxie spirale barrée NGC 1300. Credits : Pat Knezek (WIYN), NASA, ESA, and The Hubble Heritage Team (STScI/AURA)

Enfin, il y a les galaxies qui ne rentrent pas dans cette classification et qu’on appelle les galaxies irrégulières, souvent issues d’interactions entre galaxies. Ainsi on a trouvé des galaxies annulaires, dont on pense qu’elles se sont formées lorsque d’autres galaxies plus petites les ont traversées (comme l’objet de Hoag). Comme je l’ai déjà dit dans mon épisode sur les distances dans l’univers (cosmographie), ce genre de collisions résulte rarement en collision d’étoiles car les distances entre les étoiles sont énormes en comparaison de la taille des étoiles. Mais cependant, une telle interaction peut créer des effets gravitationnels qui se propagent pour former ces anneaux.

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La galaxie annulaire appelée objet de Hoag (ESA/NASA/STScI)

L’astronome américain Hubble, qui découvrit l’existence des galaxies dans les années 20, pensait que ces différents types de galaxies étaient différents stades d’évolution de ces galaxies, mais on sait maintenant que ce n’est pas vrai. L’astronome franco-américain De Vaucouleurs complète la classification en ajoutant des étapes intermédiaires et au final c’est assez compliqué comme vous pouvez le voir dans la chatroom. Je le répète, ce n’est pas un diagramme d’évolution, on ne passe pas de l’une à l’autre avec le temps mais ça permet de classifier.

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Diagramme de morphologie des galaxies de Hubble/de Vaucouleurs

Comme vous l’imaginez, arriver à classer des galaxies avec autant de détails, c’est compliqué. Et vous avez surement remarqué qu’il y avait beaucoup de “on pense” et de “sans doute” dans ma description: il y a encore beaucoup à apprendre pour comprendre comment les galaxies se forment et évoluent. Pour le classement, vous allez donc demander l’aide des internautes.

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C’est vraiment drôle et pas compliqué, vous avez 4 questions par galaxie et ça permet de vraiment abattre du boulot. J’ai mis deux images que j’ai obtenu en 3 minutes sur le jeu et il n’est vraiment pas difficile de voir que l’une a des structures visibles et que la seconde pas trop. Il y a eu 53 publications en tout et 5 rien que cette année issues des données de Galaxy Zoo. L’une des dernières contient une ré-analyse des images d’un des instruments de Hubble (ACS), qui porte sur 120’000 galaxies. Ils donnent quelques résultats, mais ils offrent surtout au reste de la communauté une énorme base de données avec 119 849 galaxies classées par type.

Suite au succès de Galaxie Zoo, il y a eu pas mal de jeux sur le même principe, dont beaucoup dans le domaine de l’astronomie que vous pouvez retrouver sur Zooniverse.org. Vous pouvez ainsi aider à cartographier la galaxie avec the Milky Way project. Vous pouvez chercher des ondes gravitationnelles avec Gravity Spy. Je voulais aussi vous parler de Disk detective, qui est tenu par des collègues à moi. L’idée est d’arriver à identifier des disques de débris dans une énorme base de données issue du satellite WISE qui cartographie le ciel entier en infrarouge. Il s’agit de trouver dans ces données, dont un bon paquet n’ont jamais été observées, des étoiles autour desquelles tourne un disque de poussières. En arrivant à imager plein de disques de poussières, on sera à terme capable de comprendre la formation et l’évolution des systèmes planétaires. Le système est le même que les galaxies en un peu plus simple. Cette année ils ont publiés deux disques inédits (iciet ) et chaque papier incluait une dizaine de contributeurs de disk detective parmi les plus engagés.

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Une des publications issues de Disk Detective inclu des amateurs qui ont aidés à découvrir le disque

Sur le même site, Zooniverse il y a de la retranscription de lettres manuscrites (de contemporains de Shakespeare aux soldats anglais ou néo-zélandais de la première guerre mondiale), travail toujours compliqué par ordinateur. Vous pouvez observer des pingouins (penguins watch) ou des vidéos de chimpanzés (Chimp and see), chercher des algues dans des images satellites (Floating forest), travailler sur des données de l’accélérateur de particules LHC (Higgs hunter), ou classer des cyclones (Cyclone center) et des dizaines que je n’ai pas eu le temps d’essayer.

Bon, il y a sans doute des centaines de manips dont je n’ai pas parlé. 

“[…] si je communique à mes hommes l’amour de la marche sur la mer, et que chacun d’eux soit ainsi en pente à cause d’un poids dans le cœur, alors tu les verras bientôt se diversifier selon leurs mille qualités particulières. Celui-là tissera des toiles, l’autre dans la forêt par l’éclair de sa hache couchera l’arbre. L’autre, encore, forgera des clous, et il en sera quelque part qui observeront les étoiles afin d’apprendre à gouverner. Et tous cependant ne seront qu’un. Créer le navire ce n’est point tisser les toiles, forger les clous, lire les astres, mais bien donner le goût de la mer qui est un, et à la lumière duquel il n’est plus rien qui soit contradictoire mais communauté dans l’amour.”

Citadelle, Antoine de Saint-Exupery

Sources vers les plus gros sites de projets de science participative. Si vous en trouvez un vraiment bien qui n’est pas là, n’hésitez pas à me le mettre dans les commentaires, je le mettrai ici

Les grosses plateformes

  • Zooniverse : Bon celui là j’en ai pas mal parlé. C’est beaucoup d’astronomie mais pas que 
  • Scistarter.com : Un énorme agrégateur de projets plutôt américains, qui inclu des “jeux” à la Zooniverse sans sortir de chez soi et des projets à la Vigie Nature où l’on part explorer les environs
  • BOINQ : c’est la grande plateforme issue des projets GIMPS et Seti@home qui permet de gérer des projets de calcul massivement parallélisés sur la base du volontariat. Maintenant vous téléchargez un seul logiciel, boinq et vous pouvez laisser votre ordi aider plein de projets.

Pour ceux qui veulent aller observer la Nature:

  • En France : Vigie-Nature : Le site du muséum d’histoire naturelle de Paris qui contient beaucoup de projets un peu partout. A noter, Vigie-Ciel veut créer des réseaux de volontaires chercheurs de météorites. Vigie-Nature devrait évoluer vers un projet plus grand appelé 65 millions d’observateurs, mais ce n’est pas encore tout de suite je crois.
  • En France encore: PartiCiTaE est le réseau “Participation Citadine à l’observation de l’Environnement”.
  • Au Québec :  j’ai trouvé des oiseaux, des reptiles et amphibiens et Attention Nature qui regroupe plein de trucs
  • En Belgique : j’ai trouvé une association d’observation de la Nature appelée Natagora
  • En Suisse : un site appelé tous citoyens qui fait recense pas mal de projets

En vrac:

 Les jeux pour aider le développement de l’intelligence artificielle (voir notre dossier sur le deep learning):

  • Le jeu de google (Quick, Draw !) où l’algorithme essaie de deviner ce que vous dessinez. L’idée, c’est d’apprendre à Google à mieux classer des images. C’est drôle et addictif, mais bon vous savez que vous apprenez à Google à devenir Skynet alors bon…
  • Un jeu de l’INRIA où vous identifiez les fonctions des différents mots d’une phrase pour aider des ordinateurs à le faire tout seul.

Article publié sur le site : http://www.podcastscience.fm/dossiers/2016/11/30/les-sciences-participatives/
Auteur : Stephanie

 

Podcast Science

Podcast Science, c’est une émission hebdomadaire et un blog de communication scientifique créés en septembre 2010. Nous couvrons chaque semaine un grand thème de la science, avec ou sans invité, avec un objectif avoué : faire aimer la science, sans prise de tête !