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"Ici je suis bien dans mes baskets! Tout se passe bien ! " affirme Dorian, élève décrocheur qui, après un parcours scolaire chaotique, se prépare à passer le bac.

Nous avons vu combien l'engrenage du décrochage scolaire débute bien souvent au collège et se cristallise lors des paliers d'orientation. Nombre de jeunes décrocheurs connaissent des parcours chaotiques après la classe de troisième : leur niveau scolaire insuffisant ne leur permet pas d'être affectés en seconde générale et technologique du lycée mais également dans des orientations souhaitées mais fortement demandées en lycée professionnel.

Cette orientation subie ou choisie sur de fausses représentations est une des causes essentielles du décrochage en lycée professionnel. Certes le décrochage scolaire, processus multifactoriel obéit à des causes qui dépassent largement le cadre des enceintes des établissements scolaires. Les difficultés familiales personnelles, sociales, économiques peuvent en effet s'y ajouter en accroissant les risques.

Quelle politique de persévérance scolaire ?

La lutte contre le décrochage scolaire engagée par le ministère de l'éducation nationale s'inscrit sur deux volets complémentaires :

  • D'abord la nécessité de prise en charge et d'accompagnement des jeunes sortis sans qualification.

Mais il est clair que ce traitement plutôt " curatif" qui doit permettre en aval de l'école de "raccrocher" celles et ceux qui n'ont pu y trouver de solutions à une bonne intégration dans la societe ne saurait suffire.

  • C'est en effet par des moyens "préventifs" que l'on peut espérer réduire le problème du décrochage .

Partager les pratiques pédagogiques innovantes qui individualisent l'apprentissage, accompagner le parcours des jeunes en risque de décrochage, garantir le droit à une nouvelle chance, développer toutes les formes de retour à l'école, sont autant d'actions complémentaires qui sont menées et participent d'une meilleure persévérance scolaire.

Depuis le 1er janvier 2015 la loi garantit à tous les jeunes de 16 à 25 ans sortis du système scolaire sans diplôme ni qualification un "droit au retour en formation" qu'il peut exercer en appelant un numéro gratuit 0800 12 25 00 ou en s'adressant à de nombreux services qui participent au Service Public Régional d'Orientation coordonné par le Conseil Régional.
Dans les 15 jours suivant sa demande le jeune obtient un entretien avec un représentant de ce service avec lequel il examinera toutes les possibilités de formation qui peuvent lui être proposées.

Parmi ces possibilitéss des structures ont été créées pour accueillir ces jeunes, les remotiver et les accompagner vers une reprise d'études et un projet professionnel durable. Le micro lycée est l'une d'elles.

Le Microlycée, perspective de raccrochage

Florence Lagache professeur d'anglais coordonnatrice du micro lycée Pierre et Marie Curie de Menton décrit bien ce qu'est cette structure de raccrochage scolaire :

"Le micro lycée est une structure scolaire expérimentale et un dispositif de la deuxième chance pour des élèves âgés de 16 ans minimum ayant obtenu un passage en seconde générale ou titulaires d'un BEP et ayant quitté le système éducatif depuis plusieurs mois ou plusieurs années mais motivés par une reprise d'études
L'objectif consiste à réinsérer chaque jeune du dispositif, scolairement et socialement, par la construction d'un parcours de formation et d'orientation personnalisé. La prise en charge est pluridisciplinaire et individualisée, l'emploi du temps est modulable, les pratiques pédagogiques sont diversifiées et aménagées pour faciliter les apprentissages et soutenir l'investissement."

La perspective de raccrochage apparaît alors comme le dernier recours pour des familles en grande souffrance et en désarroi du fait du décrochage d'un de leurs membres.

La communauté éducative et pédagogiques mobilisent leurs compétences et leurs expertises pour mener les jeunes à la qualification quand les familles on pu avoir le sentiment que le monde médical, les institutions, les services sociaux restaient sourds à leurs sollicitations.

Par ailleurs le micro lycée conduit à la qualification des jeunes, leur permet de réussir, malgré leurs problématiques ou difficultés singulières que certains continuent à affronter dans le temps de la scolarisation, montrant par-là l'exemple d'une école inclusive ou chacun peut réussir.

Le Micro lycée de Paris

Le Micro lycée de Paris se situe au lycée Lazare Ponticelli dans le 13e arrondissement qui héberge également le pôle innovant lycéen, le PIL , une autre structure de raccrochage .
Créé en 2013, le Microlycée de Paris accueille des jeunes entre 16 et 23 ans ayant quitté l'école depuis au moins six mois et souhaitant y revenir afin de préparer le baccalauréat L ou ES.

DORIAN, y est scolarise en première littéraire. Il nous raconte les multiples péripéties de son parcours scolaire ..

 

 

Il commence à décrocher en quatrième. Très absentéiste il n'est pratiquement pas allé en classe en troisième. Pourtant" J'ai quand même eu mon brevet" car "j'assimile rapidement les cours "

Le professeur principal de la classe de troisième lui fait d'ailleurs passer des tests qui se révèlent positifs : il est diagnostiqué "élève à haut potentiel".

Pour l'éducation Nationale nombre d'élèves intellectuellement précoces passent inaperçus dans l'Ecole et réussissent. Ce n'est pas le cas pour certains d'entre eux qui ont besoin comme le prévoit la loi de 2005 et une série de circulaires de conditions particulières pour pouvoir s'épanouir. il faut reconnaître que les dispositifs mis en place ne sont pas bien connus

"En classe de troisième je m'ennuyais et je n'aimais pas trop, surtout la pédagogie des profs : c'est-à-dire les cours magistraux et le fait que tous les élèves soient considérés de la même manière ; avec un programme qui est suivi à la lettre quoi qu'il arrive" confie DORIAN qui ajoute:

"Je pense que vers cet âge là on commence à prendre conscience de qui on est, du monde dans lequel on vit, de ce qu'on fait. On commence à se poser des questions. Avec cette prise de conscience l'école a commencé à me déplaire énormément."

Le professeur principal estimant que Dorian a les capacités pour suivre au lycée propose alors son passage en classe de seconde plutôt qu'un redoublement.

Mais en seconde Dorian s'absente toujours et malgré des résultats satisfaisants aux contrôles qu'il fait lorsqu'il est là, est exclu de l'établissement.
Redoublement. Aller retour décevant en apprentissage ou il découvre l'âpreté de l'alternance malgré sa passion du dessin et de l'informatique.
Il cherche alors des structures de retour en formation et rejoins le Micro lycée de Paris en première littéraire.


Alors, aujourd'hui?
" Tout a changé pour moi."
"J'avais des problèmes avec mes parents parce que je n'allais pas en cours....ça c'est réglé
"Du coup je ne me sentais pas bien moi même ...ça c'est réglé !
"Les profs ici s'occupent des élèves personnellement ...la pédagogie ici c'est génial !
Avant je ne voyais plus d'avenir..Maintenant je le vois beaucoup mieux.
Maintenant je suis heureux."
La confiance ?
"Avant je n'avais pas confiance en moi, confiance en les autres, confiance en les profs..
Ici je suis bien dans mes baskets! Tout se passe bien ! "

Claude TRAN
Vice Président de l'An@e

Dernière modification le mercredi, 15 mars 2017
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc.
A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. 
Tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, il est aujourd’hui Vice Président de l’An@é co-fondatrice d'Educavox.