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Dans les camps, les nazis voulaient nier l’humanité des personnes, les priver de destin selon la terrifiante formule du prix Nobel de littérature Hongrois, Imre Kertész, lui-même ancien déporté. Résister à cet enfer c’est avant tout survivre, ne pas mourir, sauver sa vie au jour le jour. Cela prend des formes multiples, individuelles et collectives : rester digne, être propre et se laver, protéger un camarade, partager son pain, saboter la production, créer, composer, dessiner, s’évader, se révolter…

Les textes présentés cette semaine témoignent du message moral porté par de tels actes, comme un symbole du refus de mourir et de la volonté de se soustraire au projet abominable des nazis.

Le témoignage de Raymonde BOIX est lu par Clément RENOU, celui de Conchita RAMOS par Aure-Anne CARRERE-LOUSTAUNAU, le poème « Fraternité » par Anna MAHTANI et le texte sur les révoltes à Treblinka, à Sobibor et à AuschwitzBirkenau par Lauriane DELYS, tous quatre élèves du Lycée Sainte-Catherine à Villeneuve sur Lot.

Fraternité

J'ai oublié ton nom, ton visage, tes yeux,
Je sais pourtant que nous étions à deux
Pour tirer le rouleau qui écrasait les cendres,
Et que tu me parlais avec des mots très tendres
De ton pays lointain, d'avenir, de beauté !

J'ai oublié ta voix, ta langue et ton accent,
Compagne inconnue, mais à travers le temps
Je sens me réchauffant ta main toujours présente
Quand il faisait si froid, quand, glissant sur la pente,
Nous poussions à deux un si lourd wagonnet.

J'ai oublié le jour, la semaine et l'année
Quant, à côté de moi, tu fus soudain nommée
Et que tu m'as quittée, allant vers ton destin !
Mais j'entendrai toujours en d'autres clairs matins,
Les coups de feu claquer et se répercuter.

J'ai oublié ta voix, ta prière et ton nom
Mais je sais que ta vie, ta vie dont tu fis don
A ta chère patrie et à l'humanité,
N'a pas été perdue et n'est pas effacée,
Qu'elle vit et revit dans la fraternité.

Lily Unden (Ravensbrück)

Les révoltes dans les camps d’extermination

(Texte rédigé à partir d’un dossier constitué en 2012 par le Musée départemental de la Résistance et de la Déportation de Haute-Garonne)

Contrairement à des idées reçues, les populations juives ne se sont pas laissé tuer sans réagir. Des révoltes dans les camps de Treblinka, Sobibor et Auschwitz montrent que ces déportés ont combattu pour sauver leur vie ou, à défaut, pour mourir dans la dignité. Le 2 août 1943 à Treblinka De nombreux actes de résistance (révoltes d’individus et de convois) sont recensés dans ce camp. Mais le plus important est celui du groupe de résistance créé parmi les détenus. Leur plan ? S’emparer d’armes dans l’armurerie des S.S. grâce à un double des clés, prendre le contrôle du camp, le détruire et s’enfuir dans la forêt pour rejoindre la résistance locale. La soixantaine d’insurgés engagés dans l’action comptent sur le soutien des autres déportés pour mener la révolte. L’opération est déclenchée dans l’après- midi et se déroule d’abord comme prévue : des gardes SS sont tués, les bâtiments en bois sont incendiés. Les insurgés se lancent ensuite à l’assaut des clôtures mais la majorité d’entre eux sont abattus. Certains parviennent à s’enfuir, mais beaucoup sont repris et exécutés. Sur environ 750 prisonniers révoltés, 70 survivent. Mais la plupart des bâtiments, sauf les chambres à gaz, ont été détruits.

Le 14 octobre 1943 à Sobibor La nouvelle de la révolte de Treblinka se répand. Les déportés de Sobibor élaborent un plan à leur tour. Le 14 octobre 1943, la révolte éclate : plus de 300 déportés réussissent à sortir du camp après avoir tué des gardiens et ouvert une brèche dans les barbelés. Plusieurs dizaines d’entre eux sautent sur les mines entourant le camp. Les nazis liquident ensuite tous les détenus restés à l’intérieur du camp, même ceux qui n’ont pas participé à l’émeute. Certains évadés intègrent la Résistance mais beaucoup sont retrouvés et exécutés. L’insurrection est matée. Quelques semaines plus tard, il ne reste plus rien de Sobibor. L’ordre est donné de le détruire. La zone est labourée et reboisée. Les nazis veulent qu’aucune trace de l’extermination ne subsiste.

Le 7 octobre 1944 à Auschwitz-Birkenau

Les Sonderkommandos étaient des unités de travail dans les camps d'extermination, composées de prisonniers, juifs dans leur très grande majorité, forcés à participer au processus de la solution finale. A l’automne 1944, les détenus du Sonderkommando du crématoire IV ont récupéré des explosifs avec la complicité de femmes déportées travaillant à l’atelier de munition et de poudre de l’usine d’armement de l’Union Werke. A midi le 7 octobre 1944, ils attaquent les S.S. et mettent le feu dans le but de faire sauter et brûler les installations et de tenter une évasion. Une révolte éclate aussi au crématoire II, rapidement réprimée par les gardiens qui maintiennent également l’ordre dans les crématoires III et V. Sans l’aide de leurs camarades, les hommes du crématoire IV parviennent cependant à franchir les clôtures. Ils se cachent dans une grange à Raïsko, au sud d’Auschwitz, mais sont repris et assassinés par les S.S. Le bilan est terrible. 450 détenus sont morts, tandis que l’on en dénombre 3 chez les S.S. Les femmes ayant aidé les insurgés sont identifiées et pendues le 6 janvier 1945, 21 jours à peine avant la libération du camp par les Soviétiques. Pour autant, la révolte n’a pas été inutile. Le crématoire IV est complètement inutilisable et ne fonctionnera plus. Et, par dessus-tout, ces déportés condamnés par les nazis à une mort certaine ont fait souffler sur le camp un air de résistance et de liberté...

Dernière modification le mercredi, 01 juillet 2020
Figeac Patrick

Proviseur honoraire, bénévole à Radio 4 en Lot-et-Garonne, président d’une association intermédiaire par l’activité économique, auteur. Pour retrouver les chroniques sur http://www.radio4.fr/radio rubrique "Magazine", puis "Paroles".

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