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A l’Université Montpellier, la journée Pédago N’UM du 25 juin 2026 consacrée à l’enseignement à l’ère de l’IA a connu un grand succès avec 350 inscrits. Les intervenants ont proposé une actualisation des connaissances sur les IA massivement utilisées par les étudiants, le processus d’apprentissage et les pratiques pédagogiques.

L’IA ou le monologue augmenté

Yann Ferguson, directeur scientifique du LaborIA a traité de l’impact des IA (Intelligences Artificielles) au-delà du métier d’enseignant et s’est interrogé sur le travail et son devenir. Le sociologue a rappelé que désormais plus de la moitié des étudiants ne parviennent plus à se passer de l’IA et que le débat actuel se déplace sur le champ de la dépendance. Pour Yann Ferguson, la problématique est comment apprendre à penser avec l’IA qui apporte une augmentation de réponses, mais pas toutes vraies. Comme d’autres intervenants, il a indiqué la nécessité de former à l’esprit critique. Or dans le monde du travail et à l’école, cette compétence ou posture n’est pas favorisée, elle est même sanctionnée. Yann Ferguson demande une valorisation de la capacité de se poser des questions : « Tous les jours les élèves arrivent à l’école et espèrent bien répondre, au lieu de questionner. »

Yann Ferguson a évoqué la montée de l’individualisme, et l’effacement des collectifs. L’IA n’est en fait qu’un monologue augmenté et en aucun cas un binôme.

Christiane Caneva, cheffe du service de la didactique à l’Université de Fribourg, en Suisse, s’est appuyée sur différentes études et a inscrit son intervention dans la continuité de la précédente, valorisant l’esprit critique, interrogeant l’usage de l’IA et le rôle des enseignants dans l’accompagnement de cet usage.

L’effort pour l’apprentissage est primordial, l’IA tend à réduire le processus d’apprentissage et donc de conservation des informations. Les étudiants privilégient les stratégies dites cognitives, afin de comprendre, d’organiser, de produire, de rechercher de l’information. Les stratégies méta-cognitives qui nécessitent une autorégulation et permettent de planifier un apprentissage, pour identifier ses lacunes sont plus efficaces. D’après une étude citée, 71% des étudiants n’utilisent jamais l’IA pour un plan d’apprentissage, 72 % des étudiants ne l’utilisent pas pour un retour sur les points faibles, et 65% ne l’utilisent jamais pour s’auto-évaluer par des exercices. Pour Christiane Caneva, ces comportements pourraient aussi s’expliquer parce que les étudiants ne savent pas utiliser l’IA pour apprendre à apprendre. De plus, les enseignants perçoivent le potentiel des IA mais ne savent pas toujours le transmettre. Seulement 33 % des professeurs montrent à leurs étudiants comment utiliser l’IA dans leurs champs disciplinaires, il y a une méconnaissance de la dimension pédagogique des outils IA. Or l’IA a également des enjeux sociétaux car les étudiants y seront exposés dès qu’ils intègreront le monde du travail.

Une « atrophie de la musculature cognitive »

Une autre étude sur les pratiques pédagogiques a montré que plus la personne a confiance dans ses propres compétences, construites pendant sa formation et son expérience professionnelle, et plus elle vérifie, questionne et améliore les réponses de l’IA. Par contre une confiance excessive dans l’IA engendre une « atrophie de la musculature cognitive » - expression de Lee et al. 2025. La mise en garde est claire : « Un professionnel qui délègue systématiquement perd ce qu’il avait construit. Un étudiant qui délègue systématiquement ne construit pas de fondamentaux. »

Christiane Caneva encourage les enseignants à adopter en collectif une expertise disciplinaire et à rendre explicites leurs attendus. L’accompagnement peut permettre un gain d’autonomie, des parcours adaptatifs qui aident les étudiants à planifier, à analyser leurs apprentissages. Mais elle a précisé qu’un feedback trop fréquent ou trop complet peut réduire l’autonomie et empêcher l’effort de la réflexion.

Pour Djamileh Aminian, doctorante en technologies éducatives, la posture d’un professeur s’est transformée avec des éléments d’hybridation. Et si l’IA réduit l’incertitude, elle évite la confrontation au problème qui est pourtant féconde.

Sébastien Lebbe, cofondateur de WooClap, prône l’interdisciplinarité avec une évaluation tout au long de l’année notamment par le contrôle continu : « On apprend mieux quand on fournit un effort intellectuel. Le feedback est plus efficace si on explicite les erreurs. » Il propose par son application une expérience d’apprentissage qu’il qualifie d’ultra engageante, avec des questions pendant les cours, un travail sur la consolidation par des liens et des retours.

Dans la continuité du discours d’inauguration de Philippe Augé, président de l’Université de Montpellier, David Cassagne, vice-président délégué au Numérique et à la Formation, a rappelé les piliers de la charte IA votée et approuvée à l’unanimité pour un usage responsable et éclairé : priorité à la relation humaine, ouverture et expérimentation, formation - accompagnement, et prudence.

Fatma Alilate

Journée pédago N’UM 2026 Université de Montpellier : Enseigner à l’ère de l’IA

https://numerique.umontpellier.fr/retour-sur-la-journee-pedagonum-2026/

Edition 2025 Journée Pédago N’UM :

https://www.educavox.fr/accueil/reportages/universite-de-montpellier-intelligence-artificielle-et-evaluation-pedagogique