fil-educavox-color1

Combien sont ils, ces professeurs qui chaque jour, dans leur classe choisissent d’enseigner autrement, prennent l’initiative, au contact de leurs élèves de sortir des « anciennes normes pédagogiques » pour tenter de nouvelles expériences permettant la réussite d’un plus grand nombre de jeunes ?
Car le défi se mesure à chaque instant de ce temps de classe si précieux confronté aux exigences de « programmes » ou d’objectifs qui sont communs à tous les jeunes d’un même niveau d’enseignement. Et les élèves en France sont plus nombreux qu’ailleurs à s’ennuyer en classe au point qu’un (trop) grand nombre d’entre eux affirment « aimer peu, voire pas du tout aller à l’école ou au collège ». Nombre de ces enseignants restent très discrets sur leurs initiatives et cultivent avec leurs élèves un plaisir renouvelé d’être ensemble pour travailler et progresser. Car pour enseigner avec plaisir il faut d’abord rendre les élèves heureux d’apprendre.
Et parfois modifier considérablement sa propre stratégie pédagogique .

La solitude du professeur qui s’interroge sur sa pratique et s’essaie à de nouvelles démarches est révolue. Le Web 2,0 permet davantage qu’autrefois de chercher et trouver de nouvelles idées et surtout de les partager.

C’est par exemple ce que tentent les enseignants qui pratiquent la « classe inversée » ou la « pédagogie mixte » qui alternent apprentissage en présentiel et e-Learning.

Il reste alors à convaincre totalement une institution par trop administrative et timorée qui voit encore parfois dans le changement de pratique une inversion des normes, une perte de légitimité.

Un enseignant qui souhaite se lancer dans une expérience de pédagogie mixte a besoin du soutien de son chef d’ établissement avant tout . Il peut mener son projet dans sa discipline, seul ou avec ses collègues à condition que l’établissement dispose des équipements techniques nécessaires que sont les réseaux internes et l’espace numérique de travail.

Mais le projet peut concerner l’équipe pédagogique d’une classe voire d’un niveau d’enseignement, auquel cas le rôle du chef d’établissement est primordial. D’abord pour que se constitue une équipe de professeurs volontaires pour se lancer dans le projet mais également pour la confection des emplois du temps, car lui seul maîtrise la constitution des équipes pédagogiques.

Le soutien des corps d’inspection est moins vital pour initier le projet . L’accompagnement pédagogique qu’il permet toutefois constitue une forme de labellisation institutionnelle.

L’absence de soutien de l’IPR IA ou du chef d’établissement, quelles qu’en soient les raisons, est mal vécue par l’enseignant innovant qui craint alors pour « sa carrière » et hésite à se lancer.

Heureusement les attitudes ont bien évolué dans le secondaire ; les freins proviennent d’abord du contexte technique, des modalités d’organisation et des moyens à mobiliser.

L’Institution scolaire doit toutefois davantage soutenir et encourager ces initiatives en mobilisant les cadres de l’éducation nationale au service de l’innovation éducative et pédagogique, en assurant une formation initiale de ces personnels qui intègre vraiment cette dimension novatrice et l’apport du numérique pédagogique et en médiatisant davantage les expériences menées par ces « chercheurs de base » qui sont observés avec intérêt par les laboratoires de recherche.
Les journées de l’innovation organisée par la DGESCO sont un moment privilégié de valorisation de ces travaux et « une occasion de mobiliser chercheurs, professionnels de l’éducation et de la formation, partenaires de l’éducation et faire se croiser leurs expertises autour des thématiques de la Refondation ».
Mais il faut aller au delà en libérant les initiatives .

La création d’un service public de l’enseignement numérique peut constituer un signal fort. Mais il doit être accompagné de directives en direction des établissement scolaires.

Véronique SAGUEZ fait partie de ces enseignants novateurs qui utilisent tout autant les technologies du numérique pour mettre en œuvre de nouvelles pratiques pédagogiques que pour les partager avec d’autres collègues.

Professeur agrégée elle enseigne les SVT en seconde, première et terminale au lycée Plaine de Neauphle à Trappes, lycée où elle a choisi d’être mutée en quittant le prestigieux lycée Louis Le Grand à Paris.

Avec le soutien de la Proviseure, elle a mis en place, cette année scolaire, un enseignement mixte au Lycée Plaine de Neauphle à Trappes, dans les classes de seconde et terminale scientifique.

Elle assure par ailleurs la formation de professeurs à cet enseignement : comment coordonner les plages d’enseignement en présentiel avec des plages d’e-Learning ? Comment construire l’enseignement en ligne ? Comment élaborer des parcours individualisés ? Comment le professeur peut-il confectionner puis assembler ces granules de cours qui permettent à chaque élève, avant, pendant, après l’heure de classe, de construire son propre savoir.

Il faut dire que Véronique SAGUEZ a déjà une grande expérience de ce que l’école peut produire d’initiatives novatrices. Elle a été rapporteur des deux missions Fourgous sur l’école numérique et la modernisation de la pédagogie.
Elle a bien voulu accepter cette interview pour l’An@é.

Claude TRAN



Crédit photo : ScolawebTVAcadémie de Versailles
Dernière modification le mercredi, 19 novembre 2014
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, journaliste à ToutEduc, chroniqueur à Ludomag.

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser ce dernier, nous considérerons que vous acceptez l'utilisation des cookies.