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Déploiements de ressources numériques à l’échelle des collectivités : solutions diverses pour une efficacité éducative accrue.

Si tous les outils sont en place (bande passante, salles de classe équipées en multimédia etc.) comment les collectivités gèrent-elles le déploiement des ressources numériques éducatives ?

Cet atelier, animé par Jennifer Elbaz le 16 mars 2018, lors des rencontres d'Eduspot, visait à échanger autour d’exemples concrets : acteurs des collectivités et éditeurs prestataires ont illustré leurs solutions de déploiement de ressources numériques éducatives.

Qu’en est-il au Québec ?  

Charles SOL, Directeur d’eduMédia pour le Québec décrit le dispositif québécois.

Une mesure budgétaire ministérielle finance les ressources depuis plusieurs années. Comment ces ressources parviennent-elles jusqu’aux écoles ?

Les Commissions Scolaires (CS) assurent le financement, l’expertise pédagogique et la formation sur un ensemble de taille variable d’écoles selon le territoire (jusqu’à 50.000 élèves à Montréal.)

Quebec France Charles Sol

La concentration des instances de décisions semble faciliter grandement les arbitrages d’équipement qui sont prises au Québec en synergie avec le financement et la formation.

Charles Sol Quebec France

Un conseiller pédagogique est présent dans chaque commission, mais il ne note pas les professeurs !

Qu’en est-il en France ?

En France pas moins de six instances interviennent dans les achats de ressources pédagogiques, cette grande complexité est accrue par le fait que la plupart de ces instances n’ont pas de moyens financiers. Et lorsqu’ils ont des crédits (second degré), les établissements scolaires achètent du papier.

« Il faut en France que les astres s'alignent » pour que les bonnes ressources soient installées au bon endroit.

La condition de la réussite est toujours la continuité des politiques : « Faites ce que vous voudrez mais faites-le durer ! »


Pierre-Louis GHAVAM, Chef du service « informaTIC, infrastructures, télécoms et réseaux » du Conseil général des Landes présentait le programme Landes interactives qui propose depuis 2001 (dix-sept ans déjà !) un ordinateur portable pour chaque collégien en plusieurs étapes avec un équipement complet de toutes les salles de classe.

Un bouquet de ressources en ligne et offline était intégré dans chaque appareil. Il convient toutefois de rappeler que selon termes du Code de l’Education, c’est à l’État et à lui seul qu’incombe l’achat de ressources pédagogiques numériques pour les collèges. La collectivité a donc suppléé aux insuffisances des dotations d’Etat. Cependant, à partir de 2011, le prix unique du livre numérique a provoqué un renchérissement considérable du coût, car les prix d’achats en grand nombre n’étaient plus négociables. Tout ceci est parfaitement documenté dans le rapport que l’IGEN a publié en 2012.[1]

La collectivité n’a plus les moyens, mais à partir de 2015, le plan numérique national a donné une solution provisoire : grâce à la labellisation des 38 collège landais ; une dotation de 30 euros par élève était versée par l’État pour acheter ressources. La collectivité s’est donc retirée pour laisser le choix aux équipes. Mais désormais, outre des problèmes de connexion en direct aux ressources des éditeurs, un doute plane sur le maintien des moyens nationaux pour l’achat de ressources pédagogiques.

Comment faire fructifier dans le temps une telle opération ?  « On a besoin de continuité et de stabilité. » plaide Pierre-Louis Ghavam.

Frédéric KERBECHE est chef du service développement et stratégie numérique du Conseil Départemental du Val d’Oise

Le département octroie des crédits pédagogiques dans lesquels puisent les établissements pour compenser les lacunes de l'état. En effet, les 22 euros par élève sont insuffisants pour acheter les manuels numériques.

La politique départementale s’appuie aussi sur le déploiement d’un ENT de marque ITOP (Espace numérique de Travail) appelé ANPER 95. Le département fait figure de précurseur dans ce domaine en mettant à disposition des établissements, des élèves et des familles  un bouquet de ressources fournies par le département.

En effet, ANPER 95 propose, et c’est essentiel, une communication entre le premier degré et le second degré. Sont ainsi attribués 1300 euros par collège et par an pour les 60000 élèves. 

Cependant, le département constate que certains collèges n’utilisent pas le dispositif, ou l’utilisent insuffisamment. La collectivité a donc décidé de s'adresser directement aux parents pour faire évoluer le système, car les choses ne bougent pas assez vite  du côté des enseignants. L'usage est essentiel, et l'élève est la priorité absolue.  Des médiations à l'usage du numérique ont été mises en place pour les parents afin qu’ils puissent accompagner les pratiques de leurs enfants. Cela permet aussi de traiter la question du retour sur utilisation du public.

Grâce à cette politique ambitieuse se joue aussi l’attractivité du territoire, car la réussite éducative est un élément puissant du bien-être social.

Un dispositif de grande envergure avec le Plan Lycée 4.0 mis en place par la Région du Grand Est

Pierre SCHMITT, Associé LDE (Librairie de l’éducation, distributeur de manuels scolaires) présente le rôle de l’entreprise LDE qui a été retenue pour gérer l’accès aux ressources numériques dans le cadre du Plan Lycée 4.0 mis en place par la Région du Grand Est. 350 lycées sont concernés (100% de l’ensemble). Les trois régions regroupées possédaient déjà le même ENT ITOP, ce qui a facilité le déploiement.

Dans ce contexte, 50 lycées ont été retenus par le ministère comme pilotes pour l’expérimentation du GAR (Gestionnaire d’Accès aux Ressources permettant la protection des données des usagers). En ce qui concerne l’équipement des élèves, la Région a opté pour le Byod (Bring Your Own Device : chacun apporte son propre équipement) et a donc attribué 250 euros aux familles pour cet achat, avec une offre de matériel peu cher (200 euros environ).

Le réseau Wifi a été mis à niveau partout avec la fibre à 100 mhz. L’élément fondamental est en fait le support technique. A cette fin, la Région s’appuie sur les référents numériques présents dans les établissements (professeurs ayant une mission de veille numérique pédagogique) et sur 10 agents territoriaux pour la maintenance matérielle des  50 lycées.

La relation entre la plate-forme régionale et les éditeurs s’effectue vie le GAR. L’accès aux ressources pour les élèves s’effectue en ligne. Les manuels scolaires sont la priorité de la Région. : les professeurs choisissent librement et individuellement leur manuel (les enseignants d’une même discipline ne sont pas tenus d’utiliser tous le même ouvrage).

Le système fonctionne très bien et permet d’accéder à deux versions de la même ressource : l’une en ligne, l’autre au téléchargement sur les ordinateurs.

Cette solution est inspirée de la plate-forme Corrélyce qui avait été précurseur de ce principe dans la Région PACA (aujourd’hui Région Sud) en proposant un droit de tirage pour chaque lycée, puis collège sur un fonds de ressources validées par la collectivité en lien avec Canopé. Une grande réussite reprise en 2012 avec le Catalogue Chèque Ressources dans le cadre du programme ministériel Plan Dune (Développement des Usages du Numérique à l’École)[2].

Frédéric Tibout est éditeur, co-fondateur de « English Attack ! ».  Il présente l’expérimentation réalisée sur 8 lycées d’Ile-de-France via l’ENT « monlycée.net ».

L’ENT est présenté comme un réseau social éducatif qui relie la moitié des lycées de la région avec un site en RWD « responsive web design »[3].  Il permet l’usage des ressources dans la classe et hors de la classe, ainsi que de nombreux autres services.

« English Attack ! » propose l’entraînement à la pratique de l’anglais via des extraits de films et des jeux. La ressource est rapidement disponible après une première identification de l’usager (15 minutes) sur le site grâce à un système d’authentification unique. Cette ressource, fait partie d’une sélection de ressources numériques via une intégration poussée dans l’environnement numérique éducatif de la Région.

L’opération est considérée comme une réussite avec un taux d’usage de 70%. Il est à noter la prédominance de l’usage sur Smartphone par élèves avec 65% des connexions à la ressource.

IDF

Catherine Rolland (Tralalère) décrit le dispositif mis en place par la mairie du Pré Saint Gervais (93) autour de son PEDT[4] Culture Numérique (Projet Educatif Global Gervaisien). Les élèves et les enseignants bénéficient d’un accompagnement de développeurs et de designers de la part de Tralalere pour apprendre à créer une application, son, design et une base de données.

Ces pratiques numériques n’ont plus de secret pour les jeunes Gervaisiens, qui ont même eu le plaisir de présenter leurs travaux à l’automne 2016, à la Ministre de l’Éducation nationale lors de la Codeweek et à l’académie de Créteil lors du salon Educatec-Educatice. Deux classes de l'école élémentaire Jean-Jaurès ont travaillé, en janvier 2017, à la création  d'un livre numérique.

Territoire pilote

Ce temps scolaire est accompagné par l'Education nationale (l'académie de Créteil) et Canopé, réseau éditeur de ressources pédagogiques transmédia. A la rentrée 2017, ce sont 5 000 enseignants qui testent cette application.

L’équipement des écoles est déployé autour d’un ENT de l’Académie de Créteil et les connexions Wi-Fi sont installées. Le Pré Saint-Gervais est un « Territoire pilote Code Décode » de Tralalère.

Une initiative intéressante : une concertation citoyenne a précédé la mise en place du « Programme éducatif global Gervaisien »

Concertation Pré Saint Gervais

Michel Perez


[1] Rapport de l’IGEN : Le plan « Un collégien, un ordinateur portable » dans le département des Landes. Télécharger le rapport :

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/2013/08/3/R_2012-148_collegien_250083.pdf

[2] Pour télécharger le rapport :

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/124000495.pdf

[3] Un site RWD -web adaptatif- est un site web dont la conception vise, grâce à différents principes et techniques, à offrir une consultation confortable même pour des supports différents. 

[4] Projet Educatif Territorial

Dernière modification le dimanche, 29 juillet 2018
Pérez Michel

Président national de l'An@é. Inspecteur général honoraire de l’éducation nationale (spécialiste en langues vivantes). Ancien conseiller Tice du recteur de Bordeaux, auteur de nombreux articles et rapports sur les usages pédagogiques du numérique et sur la place des outils numériques dans la politique éducative.

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