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Aprés un premier débat (8 avril 2021) : Peut-on développer les actions d’inclusion scolaire grâce au potentiel de l’intelligence artificielle ?, voici le deuxième temps fort : Transformer les pratiques pédagogiques. Le numérique ouvre de nouvelles possibilités tant de médiation et d’accompagnement des élèves que de prise de recul et d’adaptation pédagogique pour les enseignants. Parmi celles-ci, les travaux sur le Big Data et l’intelligence artificielle ouvrent d’importantes perspectives par le traitement des traces numériques des élèves, posent de nouvelles questions d’éthique et de limites sur l’efficacité en termes d’analyse des situations écologiques.

La création de services numériques basée sur des applications d’intelligence artificielle et sur la récolte, l’analyse et le traitement des données d’apprentissage mobilise les chercheurs, les entreprises et les services de l’État. Il s’agit de conduire une politique de recherche et de développement fondées sur la confiance et sur la protection et tenant compte du fait que le questionnement sur les aspects éthiques associés à l’utilisation des données d’apprentissage est fondamental et nécessite une information précise et claire envers les utilisateurs. Un socle de connaissances de base sur le potentiel de l’intelligence artificielle en Education et en Formation est aussi une condition nécessaire au déploiement et à l’acceptation par les praticiens de solutions innovantes.

Le débat propose à des experts, des chercheurs, des praticiens de faire le point sur où nous en sommes dans le domaine de l’intelligence artificielle pour l’inclusion, d’échanger sur leurs expériences du déploiement et de présenter les premiers résultats des expérimentations de solutions qui cherchent la réussite de tous les apprenants quelles que soient leurs spécificités. Ce débat est co-organisé avec l’association #Leplusimportant.

Intervenants

  • Florian Forestier, directeur des études pour le Think Tank #Leplusimportant -
  • Christelle Valette, Agrégée de lettres modernes, coordonnatrice d’ULIS Collège -
  • François Bouchet, Maître de conférences à l'Université Pierre et Marie Curie -
  • Hélène Sauzéon, Professeure de psychologie - Université de Bordeaux / Inria -
  • Amal El Fallah Seghrouchni, Professeur en Sorbonne Univ. et à l'UM6P - Ai Movement, membre de la COMEST (Commission Mondiale d'Ethique des connaissances Scientifiques et des Technologies) - UNESCO

Le débat est animé par Emmanuel Davidenkoff, journaliste au Monde.

L’idée est d’assurer l’éducation du plus grand nombre au sein du meme colelctif. L’émergence des EdTech aux USA a permis de faciliter l’inclusion en collectant des données, aider à l’évaluation fine et d’adapter les approches.

Peut-on industrialiser l’individualisation ? En 2008, Salman Khan invente la Khan Académie (site web gratuit proposant 2200 mini leçons) sur le principe de « fournir un enseignement de grande qualité à tous, partout » : il compare l’éducation à un mur de briques qui menace de s’écrouler si des briques manquent. Comment identifier ces briques manquantes ? Il s’agit de concevoir des tests qui permettent d’isoler les briques manquantes. En 2012 Coursera a développé les Moocs Daphné Kohler, l’une des fondatrices de cette plateforme de formation en ligne explicite cette approche (vidéo YouTube).

Depuis une dizaine d’années l’inclusion n’a pas été résolue. Le numérique va-t-il permettre de résoudre cette question ? Et comment aller plus loin ?

Amal El Fallah Seghrouchni témoignait en vidéo

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Quels enjeux d’inclusion sont portés par l’Unesco ? Le principal enjeu est l’Éducation avant tout, car c’est le principal moteur des progrès sociaux, économiques et politiques.

En effet, 69 millions de jeunes s’arrêtent à l’issue du primaire. Pour éviter ces décrochages, il faut améliorer la qualité des apprentissages et mieux évaluer et accompagner par des approches innovantes. Est-ce que l’intelligence artificielle pourrait soutenir ces efforts ? Oui ! Car elle permet la modélisation, l’analyse et la compréhension des processus cognitifs humains.  Mais la Commission Européenne a recommandé de faire attention aux biais : les technologies de l’intelligence artificielle doivent protéger les données culturelles et linguistiques. Il est essentiel de garder le contrôle des données par les enseignants.

François Bouchet : Que peut apporter l’intelligence artificielle ? Il convient de distinguer deux types d’intelligence artificielle : une numérique et une symbolique.

Systèmes experts qui reproduisent un processus. L’approche des données est trop pauvre en éducation : complémentarité des deux approches. Introduire de l’humain sur l’analyse des données. Spécificités de l’intelligence artificielle pour l’éducation. S’intéresser aux biais qu’il peut y avoir. Vouloir garder le contrôle sur les décisions de l’intelligence artificielle. Dans un contexte éducatif, il faut envoyer l’élève vers des choses pertinentes pour lui, sans forcément lui proposer ce qu’il aime.

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Hélène Sauzeon : L’intelligence artificielle ne peut être la solution miracle pour les élèves en situation.

Il faut sortir de la définition médicale, mais aller vers une approche sytémique : l’environnement doit participer à faciliter l’adaptation des élèves. Utiliser des objets connectés, des interfaces tangibles de la réalité virtuelle, augmentée etc. Aujourd’hui on ne dispose pas encore de meta analyses qui reflètent suffisamment d’études, un grand relevé incluant toutes sortes de difficultés.

Christel Vallette constate que l’Éducation nationale classe les élèves selon leurs besoins particuliers.

Donc les professeurs préparent leurs cours avec une différenciation adaptée à des besoins éducatifs particuliers : ces besoins sont soit ponctuels (enfants malades, allophones...), soit persistants (troubles, handicaps). Mais la différenciation ne suffit pas : la personnalisation est nécessaire que ce soit avec des personnels (AESH), avec des aides matérielles, des aides organisationnelles (classes ULIS[1], sachant que l’ULIS n’est pas une classe. Les élèves doivent pourvoir retrouver des parcours avec leur projet de vie.). Christel Vallette travaille en renfort des enseignants pour établir un projet d’orientation en milieu ordinaire.

Florent Forestier rappelle la rédaction d’un rapport visant à mettre l’IA au service des enseignants, par son organisation qui est un Think tank pour reprendre le contrôle de la transition numérique.

Quel système éducatif voulons-nous et qu’en attendons-nous ? Il faut inscrire cela dans une vision politique de l’éducation. Cela doit être mis au service des enseignants, avec l’idée d’inclusion universelle mise au service des capacités (plus large que compétences). Il faut donc partir des besoins spécifiques.

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Des exemples concrets.

L’intelligence artificielle doit s’intéresser aux infra compétences par une observation fine de l’élève pour voir ce qu’il réussit et pas seulement ce qu’il n’a pas réussi (gestion de l’erreur). L’élève qui a des troubles cognitifs a des difficultés .... Il faut donc aussi adapter les consignes et les exemples des élèves ayant des troubles des fonctions cognitives (TFC).

Un exemple en Maths « Adaptive maths ». C’est un projet INRIA de Bordeaux. CE1 CE2. Deux briques : personnalisation du parcours, compétence acquise et chacun avance avec le temps nécessaire. Autre aspect : on complexifie le travail de l’enseignant, donner une vue synthétique de l’activité de l’élève en utilisant des traces d’activité de l’élève qui vont être gérées par groupes pour la suite.

Il faut montrer que les algorithmes peuvent être adaptés selon les profils d’élèves selon les travaux de l’équipe Flowers. S’inspirer du développement cognitif de l’enfant pour optimiser les progrès d’apprentissage pour le motiver et lui permettre d’aller plus loin.

On ne doit pas partir d’une technologie pour répondre à un problème, mais partir des facteurs humains pour trouver des solutions pluridisciplinaires. Trouver quelle technologie va répondre aux besoins exprimés.

Echanges publics avec Soizic Le Nevé (le Monde)

Veut-on remplacer les enseignants ? Comment convaincre que ce n’est pas l’objectif final ?

L’IA est un outil, une aide concrète pour l’enseignant, comme un GPS que je peux adapter.  Il faut toujours que les logiciels de l’IA puissent fonctionner sans IA.

Quel est le caractère stratégique de l’IA ?

Selon Florian Forestier, la Chine a fait de l’IA un projet politique et investit dans l’éducation comme un soft power, comme ont fait les GAFA. Elle met à disposition des solutions pour les pays en voie de développement et finance à l’Unesco des programmes sur ces questions.

Pouvons-nous utiliser l’intelligence artificielle dans le domaine de l’orientation ?

Ce n’est pas l’IA qui doit orienter, mais elle peut fournir des outils d’aide aux jeunes, notamment avec des chat bots (IA conversationnelles). L’intelligence artificielle pourrait ajouter de l’information selon le parcours antérieur de l’élève. Plusieurs étapes sont à considérer sur le parcours d’orientation, par exemple entraîner les élèves, notamment pour un oral, un entretien d’embaucche particulièrement adapté aux élèves Ulis.

Il ne faut pas oublier que le mot « Intelligence » en anglais est le renseignement, la donnée et pas l’intelligence du français. La machine ne comprend rien, elle est là pour « mâcher » de l’information qui soit utile à l’humain.

Apprentissage adaptatif et apprentissage personnalisé ? Il s’agit d’adapter l’enseignement aux différents profils et besoins d’élèves. La personnalisation renvoie à l’analyse selon le profil de tel ou tel élève et apport d’aides spécifiques. Cela peut être fait avec ou sans numérique. 

Que se doit de connaitre tout enseignant sur l’IA ?

Il doit connaître les principes de l’algorithme. L’IA ne comprend pas, mais analyse, c’est un outil synthétique au service de l’enseignant qui n’a pas vocation à le remplacer. A voir notamment un Mooc dédié à l’IA sur la plateforme Fun. Voir aussi le Livre Blanc de l’INRIA sur les enjeux du numérique pour l’éducation.

Chronique des Etats Généraux du Numérique pour l’Éducation : où en sont les 40 propositions ?

Florence Biot, sous-directrice de la transformation numérique à la Direction du numérique pour l'éducation (DNE)revient sur les 40 propositions des EGNE et leur état d’avancée.

Nous ne sommes pas après le confinement au même état qu’avant. Les enseignants ont été équipés grâce à une prime de 150 € à l’issue des EGNE. Ils conservent le choix du matériel. Désormais, on n’entend plus les plaintes des enseignants sur du matériel obsolète.

Pour les élèves, un socle numérique de base a été défini avec les collectivités[2] qui prévoit notamment une réserve pour les élèves qui n’ont pas d’équipement et qui peuvent l’emporter à la maison. Beaucoup de kits d’hybridation ont été distribués dans les classes permettant d’expérimenter : des web caméras par exemple,

En ce qui concerne la formation : il s’agit de la renforcer en diversifiant les façons de se former. Permettre aux enseignants de s’auto-former : sur Magistère, il y a 100 formations qui concernent le numérique. Ces 100 parcours ont été plébiscités avec énormément d’inscriptions : on peut choisir de s’auto-former ou d’être accompagné. C’est un dispositif assoupli avec des tutoriels, des webinaires, des formations flash permettant de répondre aux besoins. La plateforme est mise à disposition des académies avec Canopé pour répondre aux besoins locaux. 300 000 enseignants y ont recours actuellement.

Les enseignants sont mieux préparés, mieux formés, mais toujours en attente d’outils plus spécifiques. Nous avons fait le choix de créer des ENT avec les collectivités pour faire la classe à distance. Il y a eu des défaillances la première journée, car il y a eu 2 fois plus de connexions la première journée que pendant le pic de connexion lors de la première période de confinement. Ce fut une surprise. Les collectivités ont à affronter ce problème qui est de leur responsabilité selon la répartition des compétences : ce sont elles qui passent des marchés avec les éditeurs. On peut aussi maintenir le lien avec des messageries ou des solutions de visioconférences. Vis à vis des ENT, nous sommes usagers et nous agissons avec les collectivités pour des correctifs, via les DANE avec les chefs d’ENT.

Ma classe à la maison du CNED propose une offre renforcée à la suite des EGNE. C’est une plateforme gratuite qui donne notamment accès à des parcours pédagogiques avec ressource en libre accès. L’outil classe à distance a été l’objet d’attaques encore ce matin. Les enseignants jouent entre la Classe à la maison et l’ENT. Ces dispositifs sont faits avec des entreprises françaises. Nous sommes dans des pics de connexion jamais connus.

Second débat : Transformation de l’enseignement, vers une hybridation ?

Introduction : Le 11 mars 2021, le parlement européen a adopté une résolution sur les droits de l’enfant dans la perspective de l’élaboration par la commission d’une nouvelle stratégie de l’union européenne sur les droits de l’enfant. Dans cette résolution, le parlement insiste sur le fait que l’éducation numérique ne devrait jamais remplacer de façon permanente l’apprentissage en présentiel et que celle-ci ne devrait être utilisée que d’une façon complémentaire ou lors de situations de grande difficulté telles que les pandémies. Dans ce texte, le parlement prend acte du besoin essentiel d’apprendre dans un lieu physique mais ouvre la voie de la complémentarité entre présence et distance. La crise sanitaire a donc mis en évidence l’hybridation des enseignements, une notion connue et étudiée depuis de nombreuses années par les chercheurs qui s’intéressaient à la formation à distance. Cette notion est d’ailleurs à différencier de l’enseignement à distance d’urgence vécu durant les confinements stricts où tous les élèves restent chez eux.

Mais y a-t-il une définition de l’hybridation et quelles situations pédagogiques relèvent-elles de cette notion ? Marcel Lebrun définit le dispositif hybride comme « un ensemble cohérent de ressources, de stratégies, de méthodes et d’acteurs interagissant dans un contexte donné, considéré comme un mélange fertile et en proportions variables de différentes modalités de formation, en présentiel et à distance (Charlier, Deschryver et Peraya, 2006) mais aussi entre des postures d’enseignement transmissif (l’enseignement au sens strict n’exige plus la présence physique en un temps et un lieu donnés, mais peut sortir de l’ex-cathedra pour atteindre l’étudiant où il se trouve) et des postures davantage liées à l’accompagnement de l’apprentissage. ».

On voit bien qu’au-delà de l’aspect distance-présence, les méthodes d’enseignement, la nature des ressources proposées, la posture de l’enseignant, les conditions pour un réel apprentissage et les compétences nécessaires chez l’élève sont aussi interrogés par ce changement.

De plus de nombreuses situations proposées par les enseignants en dehors de la période de crise sanitaire peuvent être qualifiées d’hybrides. On prendra comme exemples la classe inversée ou plus classiquement les devoirs faits à la maison, l’exposé préparé avec le concours des parents pour une présentation en classe mais aussi les travaux coopératifs ou collaboratifs réalisés entre apprenants en synchrone avec un accompagnement asynchrone d’un enseignant dans une posture d’accompagnant d’un apprentissage actif.

Le conseil scientifique de l’Éducation nationale a, au moment du premier confinement et donc du tout à distance, produit des recommandations pédagogiques et souligné l’importance d’activités d’apprentissage favorisant l’autonomie, la curiosité, l’engagement et la motivation. Parmi de nombreux autres conseils, la note recommandait d’expliciter clairement les objectifs d’apprentissage, de structurer les cours, de multiplier les exercices et les exemples, les évaluations, de fournir des aides, des modèles, des retours sur les erreurs et de proposer des activités en binôme ou en groupe. Jean-François Cerisier, évoque une ingénierie de l’hybridation qui nécessite pour les enseignants une formation spécifique et un temps d’appropriation.

Plusieurs questions se posent alors :

  • Une évolution majeure de l’ingénierie pédagogique est-elle en cours ?
  • Quelles adaptations pour les enseignants à l’école, à l’université et dans la formation tout au long de la vie ?
  • Quel impact sur le travail de l’élève, l’étudiant, le stagiaire ou l’apprenti mais aussi sur le quotidien du professeur ?
  • Sommes-nous condamnés à suivre des webinaires et à répondre à des quiz pour apprendre ? Le tutorat est-il suffisant pour conserver chez les apprenants motivation et régularité dans les tâches à accomplir ?
  • Certains savoirs peuvent-ils se renforcer grâce à une vidéo sur une plateforme ou une simulation pour s’entraîner ?

Intervenants

  • Ange Ansour, Directrice du programme Savanturier. Centre de recherches interdisciplinaires (CRI)
  • Anne Chiardola, Inspectrice de l’éducation nationale, Référente premier degré, cheffe de projet usages pédagogiques et animations des réseaux du 1er degré
  • Dominique Pinchera, Proviseur du Lycée Louis Bascan, Rambouillet
  • Mélanie Jonquière, ingénieure pédagogique chez Simplon

Le débat est animé par Soazig Le Nevé, journaliste au Monde.

A quelle condition la distance peut-elle devenir un atout ? Il faut rappeler que 600. 000 élèves ont été exclus de l’enseignement à distance durant le premier confinement selon la Cour des comptes.

Qu’est-ce que l’hybridation ?

Pour Dominique Pinchera, il s’agit d’un temps d’enseignement avec l’enseignant, puis sans l’enseignant, de manière synchrone ou asynchrone. Le numérique permet de virtualiser la classe dans des temps différents.

Anne Chiardola y voit un défi. Les modalités de postures d’enseignant évoluent : ne pas faire tous, la même chose en même temps. Ce n’est pas on-off. Pour l’équipement du premier degré, des appels à projet ont été lancés pour les Écoles numériques rurales, le label Écoles connectées, Il y a aussi le Plan de relance pour un équipement massif.

Ange Ansour : il s’agit d’une multiplication des stratégies. Le numérique n’existe pas en tant que tel. Ce qui pénètre dans la classe, ce sont les enfants qui n’utilisent pas le terme numérique, car il est entré dans la réalité. C’est une norme sociale pour eux. Peu importe. Ce qui entre à l’école : ce sont les jeunes.

Mélanie Jonquière : dans l’hybridation, le numérique intervient comme un outil pour construire une situation d’apprentissage lorsqu’on n’est plus dans la classe. A Simplon on forme aux compétences numériques de base. Le numérique un outil au service des enseignants comme d’autres outils.

Quelle professionnalité implique cette hybridation ? Les enseignants ont-ils effectué leur mue numérique ?

Pour Dominique Pinchera, la crise a accentué le processus par une prise en main des outils, de l’autoformation, de pair à pair.

Anne Chiardola considère qu’il s’agit d’une mutation de la professionnalité. Autour de la mobilisation de ressources, des compétences ont surgi : visioconférence, padlet... Il y a eu un besoin accru d’aller dans les familles avec de la co-éducation, des échanges familles enseignant est un vrai gain, on a ouvert la classe, le métier n’est plus la vision simplifiée qu’en avaient les parents : on a découvert la complexité et la beauté du métier. Les acteurs de terrain que sont les référents aux usages du numérique ont été très présents, il y a eu des webinaires, un tissage de multiples talents. On voit se mutualiser un certain nombre de formations, avec Canopé, les Dane etc.

Mélanie Jonquière : Quels sont les besoins de formation pour enseignants ? Les compétences numériques de base sont là : le numérique fait déjà partie des outils au quotidien. La situation a permis d’expliciter des gestes professionnels : pour l’accompagnement à l’autonomie où cela se joue-t-il au quotidien ? Mener ces actes dans le virtuel, changement de contexte : porter un regard réflexif sur sa pratique. Module sur la différenciation pédagogique est proposé à Simplon avec un regard spécifique dans le contexte d’hybridation.

Ange Ansour : Comment entretenir ce lien école-parents. Dans le premier degré ce lien est plus fort. Ce lien va-t-il perdurer ? Une grande enquête a été menée à Bordeaux : on a vu que les parents des milieux défavorisés consacraient plus de temps. Ce qui se passe est différent. Les parents plus favorisés sont plus scolaires. Les parents ont acquis une familiarité avec l’implicite scolaire. Les parents sont des pédagogues-chercheurs.

Anne Chiardola : L’implicite a besoin d’être explicité. Dans la distanciation de la relation, la communication n’est pas acquise. L’humain est porteur de cette communication : l’enseignant doit expliciter sa démarche.

Dominique Pinchera : les relations avec les parents ont changé. Les parents se sont invités dans la classe, parfois dans le salon des enseignants. Multiplication de réunions avec les parents où chacun entend : tout le monde est présent et plus réceptif.

Comment garder une motivation des élèves à distance ?

Mélanie Jonquière : Il faut donner du sens, lever les implicites, questionner le contenu des apprentissages. Un des objectifs forts est de maintenir le sens. Les temps distanciels d’hybride, amènent à redéfinir l’environnement d’apprentissage, l’élève est dans son environnement réel, chez lui. On ne peut pas partir du principe que l’apprenant n’est que dans l’espace virtuel de travail : l’enjeu de motivation, d’accroche n’est pas le même en fonction des conditions sociales des enseignants. Certaines situations d’apprentissage ne peuvent pas donner lieu à l’hybridation

Ange Ansour Le risque est de perdre la motivation. On a fait le pari de rendre visible le curriculum caché en publiant un Défi Savanturier, en histoire, anthropologie, astrophysique ou autre. Cela provoque l’envie de se connecter, de relever un défi, de faire quelque chose ensemble. Il s’agit de rendre transparent aux yeux du plus grand nombre ce qui se joue à l’école à travers ces défis, ces projets collectifs : l’école n’est plus une succession de leçons et d’exercices.

Anne Chiardola : Comment inclure les 600 000 élèves qui n’ont pas Internet ? Les enseignants ont téléphoné, ont pris contact pour essayer de raccrocher ceux qui s’étaient éloignés. On a vu des projets-défis, se réaliser autour de chorales, de photographies etc, avec un défi par jour. On a identifié les familles qui avaient des besoins, on a prêté, apporté du matériel.

Emmanuel Davidenkoff rapporte les questions des auditeurs

Quel est l’impact psychologique du numérique ?

C’est l’isolement qui génère du stress. Du lien qu’on n’a pas l’habitude de créer, on a organisé un staff pour rester en contact avec les gens. Aujourd’hui, une forme de détresse de la jeunesse confrontée à l’isolement.

A quelle échelle faut-il agir ?

A l’échelle de la classe, du niveau d’enseignement, de l’établissement. Avec une collaboration plus forte en réseau d’enseignants ? Au niveau de l’Ile-de-France, il y a eu un déploiement important d’équipements : le partage de pratiques s’est développé.

Comment fait-on pour motiver à distance ?

La rétroaction (feed back) est utile, elle apporte un regard spécifique et bienveillant. Le regard bienveillant motive par boucles vertueuses,

Le numérique pour un adolescent est tout sauf apprendre. Des enseignants ont pu motiver en « gamifiant » les apprentissages, en donnant un parcours ludique.

On aura sans doute gagné cinq à dix ans dans l’appropriation de ces outils. Et on a gagné en se défaisant du mythe des effets positifs ou négatifs du numérique.

Cette période a permis de poser un regard différent sur les enseignants : le métier de l’enseignant a été mis en lumière par le numérique et cette intrusion dans l’intime de la classe.

Conclusion du temps fort 2. Qu’a-t-on appris ?

 

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Avec Emmanuel Davidenkoff, Marie-Caroline Missir, Directrice du Réseau Canopé, est invitée à faire la synthèse des deux débats.

On a assisté à une transformation des usages. Les enseignants se sont intéressés aux outils, à la pratique et ils ont accéléré l’intégration de l’outil dans la pratique pédagogique. Aujourd’hui la majorité des formations demandées ne sont plus dans l’appropriation de l’outil, mais on a un glissement progressif vers la personnalisation des apprentissages, la classe inversée, le cœur du métier enseignant dans la relation à l’élève.

 

Avant le confinement, on était dans la question sur la nocivité des écrans : il faut sortir de l’ère des croyances sur le numérique (c’est bien ce n’est pas bien, ça marche, ça ne marche pas). Il faut être très optimiste et sortir par le haut.

 

Le rôle d’un éditeur public Canopé s’est recentré sur une nouvelle mission de formation des enseignants au numérique et par le numérique. On continue à publier des ressources et on forme aux usages pédagogiques de ces outils. Il ne suffit pas des ressources pour transformer les pratiques, mais former les enseignants pour une utilisation pertinente des ressources en fonction des besoins : c’est un rôle de « médiation » et précisément celui de la formation qui est l’utilité sociale de Canopé.

 


[1]    ULIS :  Unités Localisées d’Inclusion Scolaire

[2]     https://educavox.fr/toutes-les-breves/un-plan-de-relance-socle-numerique-de-base

Dernière modification le mercredi, 21 avril 2021
Pérez Michel

Président national de l'An@é. Inspecteur général honoraire de l’éducation nationale (spécialiste en langues vivantes). Ancien conseiller Tice du recteur de Bordeaux, auteur de nombreux articles et rapports sur les usages pédagogiques du numérique et sur la place des outils numériques dans la politique éducative.