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Un adulte sur dix en France souffre d’acouphènes et les jeunes sont de plus en plus touchés. Pourtant, ce problème sanitaire reste peu suivi médicalement… Alors que dans ce domaine, la prévention est primordiale et qu’il existe des solutions efficaces pour traiter cette pathologie.

Sifflements, grésillements, bourdonnements d’oreille… Les acouphènes sont « des bruits générés spontanément dans la voie auditive, sans qu’ils proviennent de l’extérieur », selon la définition de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Survenant dans une seule ou deux oreille(s), ils peuvent être continus ou intermittents, transitoires ou persistants. Leurs conséquences varient considérablement d’un individu à l’autre, pouvant aller d’une simple gêne à un réel handicap dans la vie quotidienne. Les acouphènes peuvent notamment entraîner des difficultés pour s’endormir ou pour se concentrer, voire des états d’anxiété et de dépression.

Selon l’Inserm, les acouphènes sont associés à des troubles de l’audition dans environ 80 % des cas et sont le plus souvent liés à une perte auditive liée au vieillissement… Mais le risque augmente également avec l’exposition au bruit et les traumatismes sonores subis au cours de la vie. Une étude portant sur des discs jockeys âgés de 26 ans en moyenne a par exemple montré que 75 % d’entre eux souffraient d’acouphènes. Des « bruits parasites » qui peuvent également être provoqués par un traumatisme induit par une intervention chirurgicale, une inflammation liée à une otite, un médicament toxique pour le système auditif ou un problème vasculaire.

Un vrai problème sanitaire

Cette pathologie est beaucoup plus fréquente qu’on ne le croit. Un Français de plus de 15 ans sur dix déclare ainsi souffrir d’acouphènes fréquemment ou en permanence selon l’enquête Ifop - Journée nationale de l’audition (JNA) 2018. Un chiffre qui confirme les estimations de l’Inserm selon lequel 10 % de la population adulte serait touché. Contrairement aux idées reçues, les acouphènes ont tendance également à se développer chez les jeunes. Selon les associations JNA, France Acouphènes et la Fondation pour l’audition, « le phénomène prend de l’ampleur et les jeunes sont les plus touchés » : 56 % des 15-17 ans et 49 % des 18-24 ans disent ainsi ressentir ou avoir déjà ressenti des acouphènes dans l’enquête Ifop – JNA.

Ces gênes auditives apparaissent donc comme un phénomène sanitaire réel mais peu suivi médicalement. Car deux Français sur trois n’ont jamais effectué de bilan complet de leur audition chez un médecin ORL, une proportion qui monte à 78 % chez les moins de 35 ans. Or, en cas d’acouphènes, il est utile, selon l’Inserm, de consulter pour rechercher une perte auditive. Car « en cas de déficit avéré, une aide auditive permet le plus souvent d’améliorer l’audition et de détourner le patient de ses acouphènes ». Des thérapies acoustiques, psychologiques, électriques ou pharmacologiques existent également pour réduire la gêne provoquée par les acouphènes. D’où l’importance de la prévention et du dépistage.

Lorsque les bruits parasites deviennent répétitifs, il faut consulter son médecin traitant, lequel orientera son patient vers un ORL pour un bilan auditif complet. L’ORL prescrira si nécessaire un appareillage auditif et dirigera parallèlement le patient, le cas échéant, vers un neurologue, un psychologue ou un thérapeute. L’audioprothésiste, lui, intervient en fin de chaîne. Il va rechercher la meilleure solution d’appareillage en fonction du niveau d’audition, de la gêne et des résultats de l’acouphénométrie – qui permet de caractériser précisément l’acouphène.

Des thérapies acoustiques efficaces

Selon le réseau d’audioprothésistes indépendants Audio 2000 (GIE Optic 2000), l’intervention se déroule en quatre étapes. La première est une prise de connaissance des antécédents médicaux généraux et ORL du patient, de son cadre de vie sonore sur son lieu de travail, à domicile et pendant les loisirs. Elle est complétée par un questionnaire complet sur la gêne ou le handicap associé à l’audition. C’est à partir de ces informations qu’une thérapie sonore personnalisée pourra être choisie en affinant les réglages des aides auditives, l’audioprothésiste apportant ensuite, sur la durée, un accompagnement personnalisé en fonction de l’évolution de la gêne.

Différentes thérapies existent pour soulager des acouphènes. Depuis quelques années, grâce aux progrès de la technologie, les solutions acoustiques progressent. Comme l’expliquent les spécialistes d’Audio 2000, « le but des thérapies acoustiques ou sonores est de tromper le cerveau en lui faisant entendre un autre son, localisé sur la fréquence de l’acouphène, un son agréable et quasiment inaudible, dont l’intensité est inférieure à celle de l’acouphène ». Bruit de vagues, d’une brise dans les feuilles, mélodie relaxante… Ce « bruit blanc », diffusé par un générateur de bruit, est choisi par le patient avec l’audioprothésiste. « Il est essentiel de porter cet appareil auditif au moins quatre heures par jour pour que le cerveau, bercé par le son apaisant, apprenne à ne plus entendre l’acouphène », précise Audio 2000. Une solution efficace puisque 80 % des acouphènes sont « masquables » en quelques mois selon une étude clinique réalisée au CHU de Lyon.

Les personnes souffrant d’acouphènes mais conservant une bonne audition sont simplement équipées de ces appareils auditifs générateurs de bruit. Pour celles qui sont également affectées d’un trouble de l’audition, le générateur de bruit est alors intégré aux aides auditives comme un « 2-en-1 ». Certaines aides proposent même une variante : la thérapie d’inhibition latérale (TIL), qui offre plus de souplesse grâce à des sons enrichis et des conseils personnalisés via une application associée.

Plusieurs solutions existent

A côté de ces solutions acoustiques, il existe également des thérapies psychologiques, qui peuvent être menées par un sophrologue ou un thérapeute. Quand les acouphènes génèrent du stress, la sophrologie est une technique complémentaire efficace pour diminuer l’anxiété : elle apprend aux personnes à se relaxer grâce à la respiration profonde et à la visualisation d’images positives. Les thérapies comportementales et cognitives, elles, sont davantage tournées vers un dialogue avec le thérapeute qui accompagne la personne dans la gestion de ses émotions face aux acouphènes. De leur côté, les thérapies pharmacologiques visent le plus souvent à agir contre les conséquences des acouphènes, notamment l’anxiété et la fatigue.

Les thérapies électriques, conduites par le médecin ORL et proposées en priorité aux personnes qui ont subi une perte auditive, donnent également de bons résultats. Elles s’appuient sur un implant cochléaire, dispositif médical électronique ultra-miniaturisé qui transforme les sons en signaux électriques envoyés directement au nerf auditif. à l’origine créé pour restaurer l’audition des malentendants, cette solution a fait ses preuves contre les acouphènes en stimulant directement l’oreille interne à l’intérieur de la boîte crânienne. « L’usage de l’implant réduit ou supprime les acouphènes dans 86 % des cas », souligne ainsi le Dr Yves Cazals, directeur de recherche Inserm, sur le site de l’association France Acouphènes. Mais la meilleure des thérapies restera toujours la prévention. Et ici, elle consiste avant tout, en particulier pour les jeunes, à éviter les expositions prolongées aux sons amplifiés et les traumatismes acoustiques.

Dernière modification le mercredi, 16 décembre 2020