Contempler sa beauté ou son étrangeté
Philippe Augé, président de l’Université de Montpellier, a rappelé que Montpellier est l’un des berceaux historiques de l’acarologie, car Antoine Louis Dugès (1797-1838), professeur la Faculté de médecine, a posé les fondations de l’acarologie : « Près de deux siècles plus tard, plusieurs des groupes qu’il a décrits font toujours référence. » Il s’est félicité que par l’exposition Les acariens, sentinelles du vivant, la science des laboratoires soit à la portée de tous. John de Vos, directeur du Jardin des Plantes a précisé que le Jardin des Plantes qui accueille l’exposition est « un lieu qui nous aide à ouvrir notre regard sur le vivant, pour prendre du temps pour contempler sa beauté ou son étrangeté ». Et quel écrin ! Le Jardin des Plantes de Montpellier est le plus ancien jardin botanique de France, riche de 3 600 espèces. Il a été fondé par Henri IV, et conçu par le médecin Pierre Richer de Belleval en 1 593 - sa statue est au bout de l’allée où sont présentées les photographies et illustrations.
Denise Navia, directrice de recherche à l’INRAE, spécialiste de l’étude des acariens, est la principale commissaire de cette exposition, à découvrir jusqu’au 30 octobre 2026. Pendant la Fête de la Science, des visites vont être organisées par des étudiants.
Les visiteurs arpentent l’une des plus jolies allées du Jardin des Plantes et découvrent les rôles des acariens sous la peau jusqu’à nos cils, au niveau des plantes et des sols, des profondeurs des océans aux plus hauts sommets des montagnes. Les acariens sont « partout, vraiment partout » comme l’indique un des premiers panneaux, car ils ont conquis presque tous les milieux et le vivant. Ces minuscules cousins des araignées dont on contemple les photos à l’esthétique étonnante voire effrayante sont au cœur de la santé et du quotidien, de l’agriculture durable, d’écosystèmes dans une période d’importants changements environnementaux et climatiques.
A poils, à plumes, à écailles... et à acariens
Ces organismes sentinelles invisibles à l’œil nu sont des bioindicateurs de l’état des sols ou des végétaux, et bien sûr de notre santé car parmi les acariens figurent notamment les tiques, et les parasites à l’origine de la gale ou d’autres maladies. Les plus dangereux sont ceux qui transmettent des agents pathogènes, des virus. Les acariens outre leurs actions sont « A poils, à plumes, à écailles... et à acariens », autre titre explicite d’un panneau, et leur diversité est à l’origine de leur capacité d’adaptation. Si 55 000 espèces sont inventoriées, il ne s’agit-là que d’une partie de la réalité, d’autres acariens échappent aux microscopes et leur nombre semble infini.
Le parcours accessible au grand public fait découvrir des pans méconnus de ces minuscules « bestioles », souvent associées aux allergies et à des espèces indésirables. Dans l’agriculture durable, des acariens-prédateurs ont une fonction régulatrice et se nourrissent d’insectes nuisibles - les thrips. Certaines espèces sont utilisées à la place de pesticides. Des photographies de grande précision montrent des acariens se nourrissant par digestion pré-orale, après immobilisation de leurs proies qui reçoivent de la salive aux enzymes digestives, et sont ainsi liquéfiées et aspirées. Une photographie a pour titre Taxi à deux étages et illustre cet autre aspect intéressant sur les moyens de locomotion. La phorésie utilise un autre organisme comme moyen de déplacement. C’est aussi un mode de dispersion permettant la prolifération des espèces. Transport public est un clin d’œil au métro des grandes capitales : des centaines d’acariens sont « véhiculés » par un crapaud dans un parc naturel de Rio de Janeiro, au Brésil.
Fatma Alilate
Exposition Les acariens, sentinelles du vivant – Regards sur la biodiversité cachée
Commissariat scientifique : Denise Navia, directrice de recherche et acarologue au Centre de Biologie pour la Gestion des Populations, unité mixte de recherche INRAE, CIRAD, IRD, L’IAM, Université de Montpellier ; Thais Juliane Do Prado INRAE/UMR CGBP ; Maria Navajas ; Gilles Taillades, Université de Montpellier.
Avec la participation de Mina S. Vilayleck et Ahmada Djoubeire Taleb, pour la conception éditoriale ; Antoine de Bon pour la production coordination.
Jardin des Plantes, Montpellier
Jusqu’au 30 octobre 2026
Photos © Fatma Alilate