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C’est une histoire aussi vieille que la vieille école : aucun enseignant ne parvient jamais à finir son programme. Et quand, miraculeusement, il y parvient, ce n’est que pour un tiers des élèves d’une classe, et encore ! Qui n’a pas entendu les plaintes sur la lourdeur des programmes ? On n’a pourtant pas cessé de les alourdir sous l’influence des lobbies disciplinaires du sommet de leur tour.
Les programmes découpés en tranches cloisonnées, réparties sur trois trimestres, occultent complètement le fait que les finalités et les objectifs généraux sont les mêmes pour tous, ce sont ceux de la fin de la scolarité obligatoire. Si les enseignants se mettaient d’accord pour construire les apprentissages collectivement tout au long du cursus scolaire sans perdre le temps des révisions et contrôles au retour des vacances, comme si tout avait été oublié ou mal construit, on aurait déjà besoin de moins d’heures pour les faire. S’ils veillaient à exploiter intelligemment les transversalités les plus évidentes qui font que tout enseignant dans toutes les disciplines est aussi un prof de français puisque l’on parle, lit et écrit dans toutes les disciplines, on gagnerait encore du temps. S’ils agissaient méthodiquement pour être tous des professeurs d’intelligence, ils gagneraient du temps en garantissant une plus grande efficacité des apprentissages.
 
 
Les programmes sont étroitement liés au temps. Les outils en attestent : programme de l’année, répartitions par périodes avec progressions problématiques, fiches pédagogiques pour une heure, une discipline, une classe, etc. Ajoutons au tableau noir ou blanc, que les manuels scolaires ont une fâcheuse tendance à les alourdir pour différentes raisons qui ne sont pas que pédagogiques. Entre le programme et le sommaire du manuel scolaire – qui fait souvent office de programme -, la différence de poids est parfois considérable.
 
 
On ne peut donc pas parler du temps scolaire sans traiter le problème des programmes.
La meilleure preuve est que le ministre X. Darcos en réduisant sans concertation la semaine scolaire à 4 jours, tout en maintenant ses nouveaux vieux programmes, voire en les complétant, a soulevé de vives et logiques protestations. Comment faire en 4 jours ce que personne ne pouvait faire en 4 jours et demi ? Il a provoqué une dégradation terrible du climat scolaire : fatigues des élèves et des maîtres, réduction des échanges au sein des équipes, lassitude, incompréhension fortement accrue par l’angoisse générée par l’évaluationnite aigue.
 
Le temps de la refondation est venu
 
La question du temps scolaire a complètement écrasé dans l’opinion publique, celle de l’efficacité des apprentissages, avec une vue très réductrice de la vie de l’élève. On annonce l’aménagement du temps scolaire pour demain et des nouveaux programmes pour après-demain et peut-être encore plus tard tant le problème est complexe face au développement exponentiel des savoirs de l’humanité et à la nécessité de privilégier le développement de l’intelligence, la construction de l’apprendre à être, à faire, à apprendre, à vivre ensemble, au lieu de la sédimentation de savoirs rapidement oubliés.
 
Vincent Peillon a redonné de l’espoir en relançant la refondation jeudi au salon de l’éducation. Il commettrait une erreur fatale en traitant la question des heures sans prendre en compte simultanément, voire avant, celle des programmes et des finalités. 
Dernière modification le lundi, 24 novembre 2014
Frackowiak Pierre

Inspecteur honoraire de l’Education nationale. Vice-président de la Ligue de l’Enseignement 62. Co-auteur avec Philippe Meirieu de "L’éducation peut-elle être encore au cœur d’un projet de société ?". Editions de l’Aube. 2008. Réédition en format de poche, 2009. Auteur de "Pour une école du futur. Du neuf et du courage." Préface de Philippe Meirieu. La Chronique Sociale. 2009. Auteur de "La place de l’élève à l’école". La Chronique Sociale. Lyon. Auteur de tribunes, analyses, sur les sites educavox, meirieu.com. Prochainement, une BD avec les dessins de J.Risso :"L"école, en rire, en pleurer, en rêver". Préface de A. Giordan. Postface de Ph. Meirieu. Chronique Sociale. 2012.

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