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Le temps de l'orientation c'est celui de son organisation - tant pour les familles que pour les membres de l'institution (psychologues de l'éducation et autres faisant fonction de conseiller d'orientation, professeurs principaux ou autres, équipes de direction ...) - tout au long de chacune des années scolaires, mais aussi durant le continuum des années collège puis lycée. Pendant longtemps, il fut très concentré sur les fins d'années scolaires des seules classes de troisième et terminale.

Progressivement ces dernières années, on a constaté une tendance croissante à étendre le temps de l'orientation vers l'amont du calendrier de chaque année scolaire (dès novembre/décembre), mais aussi à concerner l'ensemble du parcours cinquième/terminale. Autrement dit, on est progressivement passé d'un temps court à un temps long de l'orientation. Quelles sont les raisons d'une telle évolution ?

1) Le passage progressif du temps court au temps long de l'orientation :

Il fut un temps où l'orientation scolaire des élèves de l'enseignement secondaire s'inscrivait dans un temps relativement court. Pour les familles, mais aussi pour les acteurs du système éducatif intervenant dans ce domaine (conseillers d'orientation, personnels enseignant, équipes de direction...), la préoccupation "orientation" apparaissait presque exclusivement aux paliers des classes de troisième (pour le passage au lycée) et terminales (pour l'admission dans l'enseignement supérieur). Les décisions d'orientation se prenant en mai/juin, la plupart avaient le sentiment de pouvoir attendre dans ces classes la seconde moitié de l'année scolaire pour s'en préoccuper. Rappelons que les premiers "salons de l'orientation", apparus dans les années 1970, se tenaient le plus souvent entre février et mai. En outre, lors de la création du statut de "professeur principal" dans les années 1970, il fut d'abord considéré que cela ne concernerait que les seuls niveaux des classes de troisième et terminale. Entre ces deux paliers, l'orientation n'avait pas ou avait peu de place, si ce n'est pour procéder à quelques ajustements par des pratiques de réorientation.

C'est très progressivement que l'on se mit à considérer que la préparation des vœux d'orientation des familles, et des décisions des instances qui y répondent (le conseil de classe, le chef d'établissement, la commission d'appel, les jurys des formations supérieures sélectives ou "commissions d'examen des voeux"...), gagneraient fortement en efficacité à s'inscrire dans un temps plus long.  Cette tendance doit être comprise pour deux raisons principales :

  • C'est d'une part le temps de l'orientation dans la cadre de l'année scolaire, qui a progressivement eu tendance à remonter vers les tous premiers mois (octobre/novembre). Ainsi s'explique que désormais, les premiers "salons de l'orientation" commencent dès le mois de novembre et se tiennent rarement au delà du mois de février. En outre, au sein des établissements scolaires, les procédures concernant l'orientation commencent beaucoup plus tôt : dès le conseil de classe de fin du premier trimestre de l'année scolaire. En outre, c'est en janvier que s'ouvre le portail télématique Parcoursup pour l'orientation vers l'enseignement supérieur.
  • De plus, l'orientation n'est plus concentrée sur les seuls paliers des classes de troisième et terminale. Désormais, elle s'inscrit dans un continuum qui court de la classe de cinquième du collège à la terminale du lycée. On est donc progressivement passé d'une approche discontinue à une vision continue de l'orientation. C'est le concept d' "orientation tout au long de la scolarité", consacré par les textes réglementaires qui cadrent ces derches dans le "Parcours Avenir".

2) Une évolution amplifiée par la réforme du lycée :

En France, la réforme du lycée qui se met progressivement en place depuis la rentrée de 2019 se veut porteuse de donner plus de liberté aux familles en ce qui concerne les choix du parcours d'études secondaires en lycée d'une part, mais aussi des études supérieures à l'issue des années lycée. Ce principe a conduit à profondément transformer la voie générale (qui concerne dans notre pays plus de 55% des élèves issus de la classe de seconde générale et technologique) en y supprimant les anciennes filières (ES, L et S) remplacées par une voie unique au sein de laquelle les familles doivent choisir trois enseignements de spécialité en première, puis deux en terminale (à choisir parmi les trois de première). De ce fait, cette réforme incite les familles, mais aussi les équipes pédagogiques, à se poser dès l'année de classe de seconde la question du lien entre le choix des enseignements de spécialité et les "attendus" (pré requis) des diverses formations supérieures. Cette contrainte provoque un étalement des nécessaires réflexions préparatoires aux grandes prises de décision en matière d'orientation, sur un temps beaucoup plus long.

Chacun l'aura compris : désormais, c'est au plus tard dès la sortie du collège que s'ouvre le temps de la réflexion concernant le futur passage ... dans l'enseignement supérieur. En effet, les choix que les familles exprimeront en fin de collège, puis en cours d'études au lycée, et les décisions qui en découleront après examen de ces voeux par le conseil de classe, le chef d'établissement, et éventuellement par la commission d'appel, gagnent à être préparés en tenant compte des objectifs d'études supérieures auxquels chacun est désormais invité à réfléchir de plus en plus tôt.

3) Quel est le but poursuivi ?

L'enjeu de la réforme du lycée ne se réduit certes pas à la seule dimension "orientation", mais il est clair qu'en supprimant les filières de la voie générale et en les remplaçant par une filière unique au sein de laquelle la personnalisation du parcours d'études secondaires se construit en choisissant "librement" trois enseignements de spécialité en première, puis deux en terminale, on contraint les familles dont les enfants sont scolarisés en voie générale à s'inscrire dans une logique de préparation continue aux divers choix qui se présentent à chaque étape de la scolarité, de la sortie du collège à l'entrée dans l'enseignement supérieur. En outre, on place les équipes pédagogiques et éducatives dans l'obligation de faire de l'orientation une priorité.

Le but est manifestement de permettre aux familles de mieux élaborer leurs choix d'études secondaires, puis supérieures, et donc d'améliorer leurs probabilités de réussite dans les filières choisies. Cette logique de l'étalement du temps nécessaire pour mieux élaborer ses décisions en matière d'orientation n'est pas nouvelle. Beaucoup d'entre vous se souviennent qu'en 2008 déjà, divers textes réglementaires avaient prescrit que dans tout l'enseignement secondaire (donc y compris durant les années collège), soit mis en place un "parcours de découverte des métiers et des formations" - le PDMF - visant à étaler tout au long d'un cursus long la découverte par les élèves des métiers et des divers itinéraires de formation. Il était alors prescrit de commencer dès la classe de cinquième. Cette logique de l'étalement dans le temps de la préparation aux choix en matière d'orientation a été confirmée et renforcée en 2015 par le remplacement du PDMF par le "Parcours Avenir".

C'est ainsi que l'orientation est officiellement devenue une mission prioritaire des collèges et lycées, à compter de la classe de cinquième, en mobilisant pour cela l'ensemble des personnels et des familles ("l'orientation est désormais l'affaire de tous"), sous l'impulsion des chefs d'établissements et de leurs adjoints.

Bruno MAGLIULO

Dernière modification le samedi, 14 mars 2020
Magliulo Bruno

Formateur/conférencier/auteur Orientation scolaire et professionnelle - Inspecteur d'Académie honoraire -  Auteur, dans la collection L'Etudiant (diffusion éditions de l'Opportun) de :

  • SOS Parcoursup
  • SOS Le nouveau lycée (paru le 19 septembre 2019)
  • Bien choisir ses études à l'université

Ces ouvrages peuvent être commandés sur le site : www.editionsopportun.com

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