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La démission du métier d’enseignant était autrefois taboue, l’étape ultime, le dernier recours. Jusqu’en 2010, moins de 300 enseignants du 1er et du 2nd degré titulaires démissionnaient chaque année.

Et puis...il y a eu cette politique anxiogène entre 2007 et 2012 qui a conduit à une montée en puissance de la souffrance au travail des enseignants : compression d’effectifs du fait de la RGPP,discours répétitifs sur le "travailler plus pour gagner plus", tentatives multiples de déstabilisation et de division des enseignants entre eux pour proposer sur la base du volontariat que ceux qui veulent gagner plus, travaillent plus. Comme s’ils ne travaillaient déjà pas assez. Certains politiques se complaisent à répéter qu’ils ne travaillent que 18h ou 15h pour les stigmatiser alors que leur temps de présence dans l’établissement est d’au moins 28h en collège et en lycée en raison des nombreuses tâches périphériques de leurs heures de classe. Il faut stopper ces discours démagogiques qui desservent toute une profession, et continuent de la démoraliser et de la discréditer aux yeux de l’opinion. On jette en pâture toute une profession, est-ce pour mieux la briser ensuite car elle ne l’aurait pas été assez ?

Les professeurs n’ont pas réellement les moyens de travailler sur place, dans leur établissement, à l’écart du bruit, dans des pièces individuelles. Non, les établissements scolaires n’ont pas été conçus pour fournir des bureaux individuels aux professeurs. Ce sont des lieux où, à chaque heure, les décibels montent de 40 à 110, du fait des interclasses, des récréations, des bagarres, des cris, des incivilités.
 
Aucun agent de bureau, aucun homme politique ne supporterait telle agitation sur son lieu de travail. Lorsqu’ils viennent dans les établissements scolaires, accompagnés d’un bataillon de conseillers, le silence est total, presque du recueillement. Ce qui n’arrive, au quotidien, jamais.

Et puis...à partir de 2010 il y a eu cette volonté ministérielle de faire des économies sur la formation des enseignants, en passant les stagiaires directement au même nombre d’heures d’enseignement que les titulaires. Comme si enseigner était finalement à la portée du premier venu. Comme si l’enseignant apprenti pouvait enseigner comme les plus expérimentés tout en réalisant sa formation et les mémoires qu’on lui demande. Comme s’il pouvait tout absorber dès la première année, sans compter les postes bouche-trou sur lesquels il peut être affecté,parfois en remplaçant à la journée, parfois avec des centaines de kilomètres à réaliser au quotidien.Sans compter ces formateurs qui mettent la pression sur les jeunes profs en les menaçant de se voir recalés à leur prochaine inspection. Sans compter ces tuteurs qui agissent de la même manière. 

Que de compétences gâchées par des personnels mal formés ! Que de souffrances de jeunes enseignants stagiaires déjà démissionnaires nous parviennent par centaines chaque année ! 
Et puis...il y a eu cette réduction de la formation des chefs d’établissement et des inspecteurs de deux ans à un an. Une formation où l’écoute, l’empathie, l’encouragement, n’ont pas eu la place qu’elles méritaient. Ont été recrutés dans ces années 2007-2012 des chefs personnels d’encadrement formés au management par la peur, par l’autoritarisme que leur assurent leurs fonctions. 
 
Qu’avons-nous retenu de l’affaire Jacques RISSO ? Qui en est sorti grandi ? Cela pourrait-il se reproduire ?
Aide aux Profs s’est créée par hasard juste avant le quinquennat 2007-2012. Et nous avons senti monter cette souffrance jour après jour, contact après contact, comme une plainte collective, de toute la France, du 1er comme du 2nd degré, du public comme du privé sous contrat, dans toutes les disciplines. Le désarroi d’être maltraités sur le plan humain. La déception de découvrir qu’avec un master professionnel, on puisse au niveau de cadre A être méprisés pareillement, être dévalorisé à ce point par un système où la "carrière" se résume à l’avancement des échelons selon une forme de péréquation qui ne laisse aucune chance aux enseignants les plus volontaires, les plus motivés, les plus créatifs, les plus investis, les plus productifs, de se sentir valorisés, et de gagner plus, comme ils le mériteraient.

Les syndicats s’opposent à toute évaluation au mérite, pourquoi ? Un portfolio des activités périphériques de l’enseignement en classe suffirait à différencier le mérite des uns et des autres, sans même que le chef d’établissement ait à l’évaluer. Il existe déjà, insuffisamment exploité par l’inspection, sous le module I-Prof.
Alors cette politique a fait des dégâts, de très gros dégâts dans la perception du métier, puisque les démissions ont doublé sur les années 2010-2011 et 2011-2012, et qu’elles sont actuellement le triple de ce qu’elles étaient en 2005-2006. En 2014, comme en 2013, nous dépasserons le millier de démissions par an, c’est certain. 1 enseignant sur 850 va démissionner.

En élevant l’entrée dans le métier d’enseignant au niveau du Master, sans ajuster en conséquence les rémunérations, le gouvernement des années 2007-2012 a pris le parti de provoquer la contractualisation massive des enseignants sur le long terme. 

Actuellement, environ 20% sont contractuels. 
Avec la loi du 3 août 2009 sur la mobilité professionnelle, qui fragilisait le statut du fonctionnaire dont le poste était supprimé, il y a eu réellement une volonté de casser la profession, et de la rendre accessible à tous, dès la licence, avec ou sans formation, ce qui aurait pu constituer une réponse à un chômage élevé. 
Il y a eu la volonté de l’ancien Gouvernement d’ouvrir ce gisement d’un million de postes à des demandeurs d’emplois, remplaçant au pied levé des titulaires qui en auraient eu assez, diminuant le nombre de fonctionnaires du fait de deux années d’études en plus, diminuant du même coup sur le moyen terme la charge de l’Etat en pensions civiles, et fragilisant considérablement le financement des retraites des enseignants actuellement en activité.
 
Il y a eu la volonté de restreindre le droit d’expression des enseignants, car en augmentant le nombre de professeurs contractuels tout en décourageant l’accès via un Master au statut d’agent de l’Etat, le Gouvernement aurait du même coup réduit le nombre d’enseignants syndiqués, diminuant la représentativité de toutes les centrales syndicales.
 
Il y a eu la volonté de faire des économies sur une profession malmenée, soumise aux sautes d’humeurs des ministres qui se succèdent, chacun avec un projet différent, pour tenter de marquer son temps, sans qu’une véritable continuité s’établisse. Comment l’administration chargée du pilotage arrive-t-elle à tenir son cap entre deux ministres ?  N’est-elle pas la victime elle aussi d’un fatalisme qui l’a conduite peu à peu à piloter des ressources humaines plus qu’elle ne tente de les gérer ?
 
Il demeure encore la volonté, dans l’opposition, de bouleverser un système empêtré dans ses contradictions, embourbé dans ses dysfonctionnements. Mais où peut nous mener un séisme, si ce n’est à un nouveau désastre ? N’y a-t-il pas d’autre voies que celles de la compression des effectifs ? Pourquoi les économies se feraient-elles sur l’Ecole, alors que le nombre "d’affaires financières" dévoilées par les médias aurait suffi à augmenter le nombre d’enseignants, et à revaloriser leurs rémunérations, qui seront bientôt à la traîne de celles des autres pays de l’OCDE ?
Alors, ces démissions,
- ils en parlent
- se donnent des conseils
- s’encouragent pour ne pas être seuls
- explosent de joie sur le web quand ils l’ont réussie en racontant leurs motivations
- préviennent les futurs profs que le plus beau métier du monde n’est plus du tout celui qu’on leur promet.

Car il y a ceux qui craquent dès les premières années
mais de plus en plus, pour garder ses profs, le système refuse les démissions.
Alors certains se mettent à la place en congé maladie de longue durée pour gagner du tempsmais ce système n’a pas compris qu’en refusant la reconversion aux enseignants, il donne de moins en moins envie aux jeunes de devenir prof.
Un système sans empathie aucune pour les profs qu’il est pourtant censée gérer humainement (cf GRH) et encourager.
Un système où de plus en plus d’enseignants expriment sur le web leur détresseoù l’on appelle au secours tellement on n’en peut plus de cette indifférence et de cet isolement collectif.

Un système de gestion qui ne donne plus du tout envieavec une hiérarchie qui n’est pas à l’écoute car elle n’y a pas été formée, dans un système où le harcèlement moral est une des pratiques managériales tolérée sous silence.L’omerta prévaut, et il faut souvent plusieurs dizaines de plaintes pour obtenir une simple mutation de l’élément nuisible.
Les syndicats le dénoncent en particulier dans le 1er degré (femmes, attention, ce métier n’est plus celui que vous croyez)des professeurs des écoles au bord de la démission et qui passent de l’enthousiasme aux séances chez le psychiatre et aux anxyolitiques.

Une pratique qui s’est accentuée entre 2007 et 2012
 avec une politique de compression implacable des effectifs.
Un système qui malgré les suicides de ceux qui n’en pouvaient plus, ne se remet toujours pas en question
Alors peut-on encore aimer être enseignant ?
Combien de fois attirer l’attention, interpeller, crier, pleurer pour répéter, marteler, que les enseignants ne méritent pas d’être traités de cette manière ?
Les enseignants sont soumis depuis de nombreuses années, et cela s’est accéléré avec les années 2007-2012, à une Gestion des ressources Humaines totalement inadaptée, car elle se limite aux services RH, les autres ne s’estimant pas concernés. 
 
Peu de temps avant sa mort, Jacques NIMIER avait consacré sa page d’accueil à une autre Gestion des Ressources Humaines. Il y tenait beaucoup, ce fut son dernier dossier. Comme un appel éternel au changement.
Dernière modification le vendredi, 10 octobre 2014
Boyer Rémi

Président-Fondateur de l’association AIDOPROFS (AIDE AUX PROFS) créée en 2006, renommée APRES PROF en Juillet 2016, redevenue AIDE AUX PROFS le 7 Juillet 2019..

Agrégé de géographie et ingénieur conseil en formation (Master2 Pro), passionné par les mobilités professionnelles des enseignants depuis 1999 et par leur souffrance au travail depuis 2009. Esprit très créatif et passionné par les potentialités du web.

Rédacteur en chef des sites de l'association depuis 13 ans. Chargé de la communication de l'association (>130 reportages depuis 2006). Expert-Consultant et conseiller en prévention de la souffrance au travail et en évolution professionnelle pour les adhérents de l'association.


J’ai publié 3 guides pratiques pour aider les enseignants dans les différents aspects de leur métier, diffusés à plus de 15.000 ex à ce jour :
1) Auteur de : Enseignant...et après ? Comment préparer et réussir sa seconde carrière (août 2009) Ed. Les Savoirs Inédits.
2) Auteur de : Enseignants et mobilité professionnelle. Conseils et outils pour choisir la vôtre (octobre 2011), préfacé par Alain Bouvier), Ed. Les Savoirs Inédits.
3) Co-auteur de : Souffrir d’enseigner : faut-il rester ou partir ? avec José Mario Horenstein, guide pratique préfacé par Georges Fotinos, en co-édition Memogrames-Aide aux Profs.

J'ai été rédacteur de la rubrique Seconde Carrière du mensuel du Café Pédagogique de novembre 2006 (n°79) à juin 2016 (n°171) avec une co-rédaction avec Alexandra Mazzilli, adhérente de notre association, sur l'année 2015..

Aide aux Profs a organisé 3 colloques en 2014, 2015 et 2016.

Notre dispositif organisera son prochain colloque national en mai-juin 2020.

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