Imprimer cette page

Zélie est élève de CE2 ; Elio et Enora sont collégiens en troisième ; Jules et Bastien sont en cinquième. Ils sont dans quatre établissements différents de Toulouse et sa banlieue. Comme tous leurs camarades, ils sont confinés, c’est-à-dire maintenus à la maison. Ils ne vont plus à l’école ou au collège : c’est l’école qui vient à eux depuis quinze jours déjà et jusqu’à la fin des vacances de printemps, toutes zones confondues…au moins. Mais ils ne sont pas en vacances, pas plus que leurs enseignants et Monsieur le Ministre de l’Education nationale a défini pour eux le concept de « continuité pédagogique ».

Alors, j’ai voulu en savoir un peu plus et les ai interrogés, par téléphone bien sûr, puisque tout reportage « sur le terrain » est désormais impossible et prohibé. Ils ne sont pas représentatifs de leur classe d’âge mais ils se sont volontiers prêtés au jeu de mes questions et leurs propos ont seulement valeur de témoignages.

Comment te parviennent les cours et le travail à faire ?

Pour les collégiens c’est l’ENT qui est le support privilégié par les enseignants.

Ils y placent les cours, le travail à réaliser et les corrections collectives. Les cours et exercices sont des documents écrits, pages de manuel scannées ou polycopiés. Il n’y a pas de supports vidéo ou audio réalisés spécifiquement pour la classe. Ces documents  peuvent  toutefois contenir des vidéos complémentaires à regarder.  La quasi totalité des professeurs a mis en place un dispositif mais le moins que l’on puisse dire est qu’il n’y a pas eu de concertation entre eux, ni au préalable évidemment, ni a postériori et c’est plus dommageable.

Cela cause quelques difficultés : par exemple, le travail à faire peut être dans le cahier de texte virtuel de l’ENT ou dans l’espace classe ou dans la messagerie, ou…Padlet a aussi ses adeptes surtout parmi ceux qui en faisaient usage antérieurement. Pour Zélie, l’ENT de l’école primaire est résolument déficient et ce sont les messageries personnelles et un site créé avec « One Day » qui assurent les communications avec la maitresse.

Comment le travail est-il organisé par les enseignants ?

Là aussi les modalités sont multiples et aussi variées que les enseignements…mais cela est déjà le cas en temps normal.

Le travail peut être donné en début de semaine et pour l’ensemble de celle-ci ou distribué le jour dit conformément à l’emploi du temps du temps d’avant virus. La maitresse de Zélie, quant à elle, communique par mail, le matin, les activités de la matinée et l’après midi, celles de l’après midi.

La restitution du travail fait suit  également des règles non homogènes selon, essentiellement, trois dispositifs : majoritairement, une fiche d’exercices est fournie que l’élève fait en autonomie puis une correction globale est envoyée à tous pour qu’ils s’auto corrigent ; variante du dispositif précédent avec envoi du travail de l’élève au professeur non pour correction individuelle mais pour vérification qu’il a été fait. ; Enfin envoi pour correction personnelle et restitution. Enora a même eu des travaux notés par ses enseignants.

Quels sont les moyens mis en place pour t’aider à apprendre ?

Quasiment tous les enseignants sont joignables par un moyen quelconque et ont communiqué l’injonction : « Si vous avez des questions, posez-les ! »…mais on sait tous ce que valent ces injonctions pour les avoir maintes fois formulées sans succès en classe ordinaire.

Certains collègues ont ouvert des forums de classe pour faciliter les échanges.

C’est WhatsApp qui emporte le marché pour ce type de pratiques mais pour Bastien par exemple c’est l’ENT modifié qui permet ces discussions. Les échanges sont essentiellement faits par écrit et n’importe quand mais d’autres moyens sont en expérimentation. Ainsi le professeur d’anglais d’Elio a ouvert un groupe de discussion sur « Discord » et la classe s’y retrouve à heure fixe. Discord c’est cette plate forme de jeu vidéo en ligne que certains ont détournée pour un usage pédagogique. Il paraît que ce n’est pas très compatible RGPD… mais peut-on être à cela près par les temps qui courent ?

Et puis, il y a les aides parallèles. Je ne parle pas de celles éventuellement apportées par la famille mais celle des copains, des pairs et là encore WhatsApp et Discord sont mis à contribution car ils permettent la constitution de groupes informels dans lesquels les sujets de discussion peuvent être le travail scolaire…mais pas que ! « Et en plus on peut se voir ! » souligne Zélie. Elio se dit souvent en contact avec des copains pour quelques dépannages. La co construction des savoirs peut aussi fonctionner en temps de crise.

Comment t’organises-tu pour faire le travail scolaire ?

Tous les cinq ont une organisation très précise de la journée, immuable de jour en jour mais elle dépend de leurs préférences et de leurs rythmes biologiques.

Pour chacun d’eux, le travail  scolaire est prioritaire. Elio entame sa journée à 8h15 (car il a remarqué, qu’à cette heure- là, l’ENT fonctionne bien) et la termine généralement au  moment du  repas de midi, Bastien et Enora sont au travail vers 9h45, Jules éventuellement plus tard mais ils y consacrent aussi une partie de l’après midi. Le temps restant est occupé sans problème entre musique, sport, jeux de société…et tout ce qui ne m’a pas été dit. Il est à noter que les activités, sport de compétition ou musique des uns et des autres suivent des modalités d’organisation analogues au travail scolaire mais en plus individualisé : programmes d’entrainement personnalisés, cours par skype ou WhatsApp, enregistrement et envoi de vidéos pour correction.

Quelles difficultés rencontres-tu ?

Matériellement, il y a bien eu quelques ratés au démarrage, ceux qui ont eu des échos dans la presse : bien sûr leurs ENT ont été saturés, les premiers jours, par trop de connexions simultanées.  La situation s’est améliorée depuis et les choses se passent plutôt bien, même si les connexions sont plus lentes entre 10h30 et 12h ou en début d’après midi.

A ce propos, Jules a judicieusement exprimé la chance qu’il a d’avoir du matériel informatique à sa disposition par rapport à certains de ses camarades qui partagent un ordinateur avec le restant de la famille et parfois sans imprimante…les bugs et les temps d’attente sont alors plus préjudiciables. Elio constate une assimilation des cours moins bonne dans cette  autonomie forcée qu’en classe et s’en rend compte en faisant ses exercices, d’autres regrettent les travaux de groupe dont ils sont évidemment privés.

En fait, il semblerait que les copains et copines manquent plus que les professeurs…mais on pouvait s’y attendre car ce n’est que le début.

Dernière modification le lundi, 27 avril 2020
Puyou Jacques

Professeur agrégé de mathématiques - Secrétaire national de l’An@é

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser ce dernier, nous considérerons que vous acceptez l'utilisation des cookies.