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La chose a été annoncée par François Hollande le 6 novembre dernier, puis confirmée par sa ministre de l’Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, en relation avec son grand plan numérique pour l’école : tout devrait commencer par un moment de concertation « avec les enseignants, avec les parents d’élèves, avec les éditeurs de livres, avec les industriels et les élus locaux ». On n’avait d’ailleurs, à l’époque, guère plus de détails sur l’opération, à l’exception du moment choisi, janvier, et de sa durée « un mois, deux mois si c’est nécessaire ».

Nous y sommes.

Comment ça va se passer ?

Cette opération tient en cinq points et durera en effet près de deux mois, du 20 janvier au 9 mars 2015 :

Consultation

  • dans chaque académie, des rencontres organisées par les recteurs et leurs DAN, avec le soutien du réseau Canopé, avec des représentants de tous les acteurs de l’écosystème local du numérique pour l’éducation (élèves, enseignants, parents, personnels et cadres de l’éducation, opérateurs, universitaires, chercheurs, acteurs associatifs, collectivités locales, partenaires) ;
  • en fin du premier trimestre, une conférence nationale sur le numérique à l’école, ouverte par le président de la République, pour présenter les résultats de la concertation, annoncer les actions prévues et renouveler et préciser les orientations stratégiques pour le numérique à l’école, mettre enfin en évidence le partenariat étroit du ministère et des collectivités.

Les thèmes choisis pour le débat sont au nombre de cinq, eux aussi :

  • Le numérique, les apprentissages et la réussite de tous les élèves.
  • Le numérique, renouvellement et diversification des pratiques pédagogiques et éducatives.
  • Le numérique et les compétences de demain.
  • Le numérique et la réduction des inégalités.
  • Le numérique, un facteur d’ouverture de l’école à son territoire et à son environnement.

Une concertation, pour quoi faire ?

On peut en effet, dans un premier temps, se demander quelle mouche a piqué ceux qui se lancent dans une telle aventure, d’autant qu’elle présente quelques risques. J’ai bien quelques réponses possibles, pour ma part. J’y reviens.

Mais quelle cacophonie ! Après le Conseil national du numérique qui nous a pondu, après un simulacre de concertation, un rapport sur le sujet, dont son inénarrable et désopilante première recommandation, après le Conseil économique, social et environnemental qui se lance, lui aussi, dans une grande consultation sur l’école de la réussite pour tous, cette nouvelle concertation de janvier vient percuter le volet éducatif de l’autre concertation qu’Axelle Lemaire, secrétaire d’État au numérique, a, à nouveau, confiée au Conseil national du numérique. Allez y comprendre quelque chose !

C’est une démarche « disruptive que de savoir écouter et entendre les Français », dit partout Axelle Lemaire qui ne veut surtout pas qu’on y voit une manière « de reculer la prise de décision ». C’est bien pourtant ce à quoi pense d’emblée le citoyen consulté à tous propos ces derniers temps… Et personne n’empêchera non plus le citoyen en question de penser, en l’occurrence à propos des mutations numériques de l’école et compte tenu des réactions conservatrices prévisibles de nombreux cadres et enseignants, que consulter est la meilleure manière de remettre à plus tard les décisions nécessaires !

Quels objectifs pour la concertation ?

Ils sont clairement énoncés dans les prolégomènes de la plateforme et exprimés par la ministre elle-même dans une courte vidéo :


Concertation nationale sur le numérique pour l… par EducationFrance

Il s’agit, dit-elle notamment, de :

« Connaître vos attentes, les projets qui vous mobilisent, c’est essentiel pour accompagner ce changement. Votre participation éclairera nos décisions et nos choix politiques en la matière. Elle permettra de répondre de manière plus adaptée, plus réaliste aux préoccupations et aux besoins de chacun. »

Concernant les objectifs, la ministre continue :

« Faire en sorte que le numérique ne soit pas une simple illusion, ni un changement que nous subissons, mais qu’il contribue à une véritable transition vers une École plus juste et plus inclusive, déterminer les conditions nécessaires à la réussite de cette mutation, voilà les principaux objectifs de cette concertation. »

On est très loin du souffle de son prédécesseur Vincent Peillon.

N’est-ce pas plus mal ? L’enthousiasme que mettait Vincent Peillon à porter son projet d’école numérique, les mots qu’il choisissait, ne contribuaient-ils pas à mettre trop de distance entre ces ambitions et ceux qui étaient censés mettre en œuvre, dans les classes mais aussi du bas en haut de la hiérarchie institutionnelle, les nécessaires changements ? Pour ma part, j’ai toujours pensé que l’école, en la matière, a besoin de mutations radicales, quitte à y laisser quelques plumes. Ce n’est, semble-t-il, pas la voie choisie par Najat Vallaud-Belkacem qui avance manifestement à pas plus comptés.

Je suis fort sceptique aussi sur cette idée qu’une mutation d’une telle ampleur ne soit pas, d’une manière ou d’une autre, un changement subi. Il y aura des dégâts, il faut s’y préparer, à commencer par tirer les leçons de l’actualité. Il est vrai que cette dernière fait trembler du bas en haut la grande maison éducative. Hier encore, on réunissait autour de la ministre l’ensemble des acteurs d’une nouvelle éducation aux médias et à l’information pour proposer des solutions et être en mesure de répondre aux curieuses interprétations faites parfois de l’actualité par les élèves…

Enfin, là où nombreux sont ceux qui attendaient, dans le domaine de l’école numérique, les prémices de la refondation attendue, de telle manière à voir enfin sortir du sol les premiers murs de l’école numérique, l’impression mitigée qui reste est celle de la temporisation, de l’observation patiente, de l’interrogation, d’une certaine forme, peut-être, de procrastination. Il y a eu trop d’exemples flagrants (1, 2, 3) ces dernières années, pour ne pas y penser encore.

Convient-il malgré tout de participer ?

Le ministère nous y engage très fortement, tous acteurs de l’école concernés et confondus.

Je m’associe très volontiers à cet engagement.  Malgré toutes les temporisations, je ne suis pas résolu, pour ma part, à ne pas donner mon avis sur ces sujets. Pas mon genre ! Il ne faut pas se dérober, je crois. Personne n’est autorisé à se plaindre d’être consulté, d’avoir la possibilité, via les plateformes de consultation et leurs nouvelles fonctionnalités, de donner son avis argumenté, de faire des propositions concrètes et originales, d’espérer qu’elles puissent être amendées et enrichies des autres contributions.

Mais, une fois la synthèse faite, les meilleures propositions repérées, il ne faudra pas attendre trop longtemps pour décider.

Michel Guillou @michelguillou

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1. Numérique : quand procrastination rime avec abandon… http://www.culture-numerique.fr/?p=137

2. Attendre l’essaimage des bonnes pratiques numériques, ne serait-ce pas procrastiner un peu ? http://www.culture-numerique.fr/?p=1780

3. Numérique éducatif : Ubu fait école… http://www.culture-numerique.fr/?p=264


Concertation nationale sur le numérique pour l... par EducationFrance

 

Dernière modification le vendredi, 15 mai 2015
Guillou Michel

Naturaliste tombé dans le numérique et l’éducation aux médias... Observateur du numérique éducatif et des médias numériques. Conférencier, consultant.

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