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À la lecture du rapport de S. Parent et de M. Deschênes (2012), Les applications pédagogiques de Twitter et de Wikis, Blogues et Web 2.0. Opportunités et impact pour la formation à distance de Lucie Audet (2010), j’ai compris que Twitter pouvait servir à l’apprentissage de l’argumentation et du débat, et aussi à des fins de créations collectives de contes ou de romans, par exemple, dans une approche éducative issue de la collaboration. Il est aussi possible d’y jumeler une multitude d’options, entre autres pour la réalisation de sondages.

La littérature a aussi mis en lumière des expériences menées par une poignée d’enseignants, passionnés par les innovations techniques au goût du jour. Bien que de telles initiatives méritent des encouragements, je me suis demandé quelle en était la valeur réelle sur le plan des apprentissages ; et si certains passionnés ne prenaient pas souvent le moyen pour la fin.

Dans cet article, il sera question de scénarisation pédagogique et d’une grille d’utilisation du microblogue en éducation.

1-À la recherche d’études scientifiques sur les microblogues

Se questionnant sur la valeur pédagogique réelle des nouveaux outils technologiques, Jean Loisier (2010) s’est, entre autres, intéressé à la messagerie, incluant le microblogue, en formation à distance (FAD). Aucun des huit facteurs de réussite identifiés n’aurait obtenu une note d’excellence ; six d’entre eux devant se contenter d’un assez bon score : l’accessibilité (ubiquité) des formations, l’adaptation du rythme d’apprentissage, l’accessibilité aux documents, l’encadrement à temps, la socialisation entre étudiants et la simplicité des dispositifs techniques. Par ailleurs, une note moyenne serait accordée à deux facteurs de réussite pourtant considérés comme des exemples du potentiel majeur du microblogue, soit : la diversité des activités d’apprentissage et l’apprentissage collaboratif.

Il est vrai que l’étude portait sur la FAD et non sur les projets éducatifs en salle de classe. De plus, l’échantillon d’expériences éducatives avec Twitter s’est peut-être accru de façon notoire depuis la recherche de M. Loisier. Dans Educavox, par exemple, Echomienne a présenté le 15 décembre 2011 un son de cloche plus positif sur l’usage de Twitter pour favoriser l’apprentissage collaboratif. L’expérience menée de longue haleine aurait donné d’excellents résultats sur le plan cognitif dans un contexte de coconstruction des savoirs. Toutefois, les auteurs de la recherche soulèvent des questions sur la solidité et la pérennité de ces acquis.

Je crois important de considérer les bémols mentionnés par ces chercheurs comme une mise en garde contre un trop-plein d’enthousiasme qui conduirait à de l’improvisation dans l’élaboration de projets éducatifs novateurs et à un recul réflexif biaisé par l’attachement aux TICE.

2-Les formules pédagogiques et Twitter

Avant d’employer le microblogue (ou toute autre technologie, d’ailleurs) dans un scénario pédagogique, il faut bien entendu en connaître le potentiel, mais d’abord déterminer des objectifs pédagogiques clairs en fonction du programme d’études. Pour ce faire, une réflexion sur le choix d’une ou des formules pédagogiques s’impose. Comme le mentionnait déjà J. Viens en 1998, veut-on mettre l’accent sur un projet individuel ou sociocentré ?

L’Université du Québec à Trois-Rivières (2012) nous propose une typologie comprenant les formules suivantes : l’étude de cas, la résolution de problème, les groupes de discussion, le travail en équipe, le travail en coopération, le séminaire, l’exposé oral et la simulation. Pour nos besoins, je retranche d’emblée celle de l’exposé oral dans le cas de scénarios qui se limitent à l’usage exclusif du microblogue.

À l’instar de Jacques Viens avec qui j’ai collaboré au tournant du millénaire, je me permettrai de me demander si le média choisi, dans ce cas-ci le microblogue, sera employé comme outil de consultation ou de gestion de l’information, comme moyen de communication ou comme exerciseur.

C’est alors qu’entre en jeu l’importance d’en connaître le potentiel sur le plan éducatif.

3-Le potentiel éducatif du microblogue

De prime abord, la limite de rédaction d’un message de 140 caractères imposée par Twitter est considérée par ses adeptes comme un véritable défi appelant à faire preuve d’ingéniosité, générant même une twittérature, selon J.-Y. Fréchette (2010), composée de maximes, de proverbes, de recherche de mots-clics précis, etc. L’Université de Montréal a même organisé un concours de twittérature se déroulant encore jusqu’au 30 mars 2012 dans le cadre de la Francofête.

Mais qu’en est-il de cette limite de caractères pour le non-amateur de littérature ?

L’outil impose en soi un contexte idéal pour la formulation, l’échange et le cumul de phrases courtes, ce qui peut se révéler intéressant pour initier à l’écriture de jeunes scripteurs, des étudiants en langue seconde ou des élèves que ce type de tâches académique rebute généralement. Les échanges brefs et spontanés effectués de manière naturelle peuvent même donner à certains le goût et l’habitude d’écrire.

De verbomoteurs, certains se transformeraient en scriptomoteurs.

4-Une grille d’utilisation pédagogique de Twitter

Ma lecture m’amène à attribuer les rôles suivants au microblogue : idéateur pour la création d’une œuvre, outil de soutien au travail collaboratif et aux jeux, moyen de communication spontanée et volontaire, en plus de constituer en soi un objet d’apprentissage.

a) Idéateur pour une œuvre personnelle ou collective

Le microblogue me paraît génial pour la collecte de citations, d’observations et la formulation de questions ou d’idées dans le cadre d’une activité de remue-méninges. L’élève est ainsi appelé à mieux questionner la réalité à l’étude, qu’il s’agisse d’un livre, d’un film, d’un problème mathématique ou de sciences. Seul ou à l’aide des ajouts de ses abonnés, il pourra aussi se constituer un fil de presse, composé d’une banque de critiques ou d’hyperliens sur des thèmes donnés.

Toutes ces informations recueillies serviront d’un riche aide-mémoire pour la rédaction personnelle d’un article de blogue, par exemple ; ou encore pour la réalisation d’une œuvre collective comme un conte ou même un roman.

b) Soutien au travail collaboratif ou aux jeux

L’usage d’un microblogue peut se révéler utile comme outil de soutien à l’organisation d’un travail en équipe ou de relation d’aide. Les participants peuvent y annoncer la tenue d’une activité, proposer des dates de réunions, ou encore contribuer à la répartition des tâches des membres impliqués. Ils peuvent aussi se formuler des encouragements ou des conseils. Des échanges entre tweetclasses peuvent porter sur une recherche, un débat, ou encore sur un jeu.

c) Outil de communication et d’ouverture sur le monde

Par le biais de Twitter, il est possible de rejoindre une vaste communauté d’amateurs ou de spécialistes d’une discipline donnée, répartie sur la planète entière dans le but de se tenir informés d’avancées dans un domaine d’activités et même établir de nouvelles collaborations. Lors de sa conférence sur les changements dans les organisations par le Web 2.0, l’entrepreneure Marie-Josée Gagnon affirmait que les influenceurs sont sur Twitter.

d) Twitter pour… Tweeter

Le médium est le message, affirmait McLuhan. Le microblogue, comme tel, soulève la passion de dizaines de millions d’utilisateurs qui, ensemble, en explorent le potentiel et lui créent du sens, participant à l’échafaudage de la culture numérique. Tweeter assouvit alors un goût d’aventure et une curiosité naturelle, deux qualités indéniables sur le plan de l’apprentissage. L’analyse des contenus abordés permettrait, par exemple, de brosser un portrait plutôt intéressant de la civilisation...

5-La scénarisation pédagogique et la recherche

Une fois conscient des objectifs pédagogiques visés, des formules pédagogiques pertinentes et du potentiel éducatif du microblogue, il est temps de procéder à l’élaboration d’un scénario pédagogique détaillé comprenant un plan logistique (accès au matériel…) et des consignes claires inscrites dans une démarche éducative : mise en situation, exploration, appropriation, synthèse et transfert.

Le scénario comprendra aussi une description des rôles des participants, un calendrier d’activités, des mesures d’évaluation et de réflexion métacognitive. Le concepteur devra prévoir du matériel complémentaire, si nécessaire.

J.Beaupré (2012) nous en donne de grandes lignes dans le cadre d’une activité d’écriture ; et d’autres pédagogues partagent leurs expériences par la tenue d’un journal de bord dans un blogue. Il serait intéressant que tous ces praticiens tirent des conclusions de leurs observations de façon à enrichir notre base de savoir scientifique sur le microblogue en éducation. 

Conclusion

Le microblogue est un outil passionnant qui n’a pas fini de livrer tous ses secrets. Employé seul, intégré dans un logiciel social plus complexe ou associé à un blogue, il peut générer de multiples scénarios pédagogiques pour répondre à des intérêts personnels et collectifs. En ce sens, je partage l’enthousiasme des enseignants qui mènent des initiatives novatrices, en faisant souvent face aux réticences du milieu familial ou scolaire.

Toutefois, il me semble essentiel de bien documenter les expériences vécues de manière à proposer des stratégies pédagogiquement rentables de l’usage de Twitter, et des autres TICE, et de rendre ce savoir disponible à l’ensemble des acteurs de l’éducation.

Texte : Luc Renaud, M.A. Sciences de l’éducation

Référence

Beaupré, J. (2012) 1,2,3 Tweetez dans Récit Local de la Commission scolaire des Affluents.http://blogues.csaffluents.qc.ca/recit/tag/microblogage/

Coll. (2012) Twittérature 2011-2012 : un bilandans Institut de twittérature comparée.http://www.itc-twitterature.org/ScriptorAdmin/scripto.asp?resultat=305173#777657

Echomienne (2011) , Apprentissages collaboratifs : l’utilisation de Twitter pour construire des savoirs entre étudiantshttp://www.educavox.fr/Apprentissages-collaboratifs-l

Educol (2012) Utiliser le micro-blogging en classe, un exemple en lycée professionnel dans Éduscol. Portail national des professionnels de l’éducation.http://eduscol.education.fr/cid50815/micro-blogging-en-classe.html

Fréchette, J.-Y.(2010) La culture des réseaux comme idéologie pédagogique dans Profweb, Le carrefour québécois pour l’intégration des TIC en enseignement collégial.http://www.profweb.qc.ca/index.php?id=3716&no_cache=1&L=0

Gagnon, M.-J. (2012), Nouvelles communications, nouvelles organisations. Les soirées des Grands Communicateurs, le 29 février 2012. http://conf.teluq.ca/p271ovhxuen/?launcher=false&fcsContent=true&pbMode=normal

Loisier, J. (2010) Mémoire, Les nouveaux outils d’apprentissage encouragent-ils réellement la performance et la réussite des élèves en FAD ? Document préparé pour le Réseau d’enseignement francophone à distance du Canada (REFAD) (www.refad.ca)

Parent, S. et M. Deschênes (2012), Les applications pédagogiques de Twitter dansProfweb, Le carrefour québécois pour l’intégration des TIC en enseignement collégial.http://www.profweb.qc.ca/fr/publications/dossiers/les-applications-pedagogiques-de-twitter/etat-de-la-question/index.html

Renaud, L. (2012)Conférence de Marie-Josée Gagnon : Le Web 2.0 au service de l’entreprise socialedans Le blogue de Luc 3. Publié le 3 mars 2012.http://www.lebloguedelucr.com/article-conference-de-marie-josee-gagnon-le-web-2-0-au-service-de-l-entreprise-sociale-100650091.html

UQTR (2012) Choix d’une formule pédagogique.https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/pls/public/gscw031?owa_apercu=N&owa_bottin=&owa_no_fiche=233&owa_no_fiche_dev_ajout=-1&owa_no_fiche_dev_suppr=-1&owa_no_site=47Visité le 21 mars 2012

Viens, J. (1998) Idéateur du site Les scénaristes

Renaud Luc

Luc Renaud est spécialisé en technologie éducationnelle et enseigne le français langue seconde depuis plusieurs années auprès d’une clientèle adulte immigrante. Détenteur d’une maitrise en éducation, il a aussi été chargé de cours à l’Université de Montréal dans le domaine de l’intégration pédagogique des TIC, et a participé à des projets de recherche portant sur la formule hybride et le socioconstructivisme. Il possède également une solide expertise en développement et expérimentation de formations en ligne et s’intéresse vivement à la collaboration internationale. 
Mal à l’aise dans le milieu scolaire, il croit à une remise en question continuelle de l’école ; il tient d’ailleurs un blogue, L’éduc-acteur, le Blogue de Luc Renaud, sur des thèmes variés, qui mettent de l’avant l’importance de l’autoformation.
Il est aussi entrepreneur, ayant démarré récemment une entreprise de consultant en technologie éducationnelle, La boîte à idées E.T.L.R. Ideas Boxdans la région de Montréal.


Montréal, Québec (Canada)

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