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"On ne nait pas citoyen, on le devient". La pastiche est un peu facile mais prendre conscience, pour l'élève, qu'il est citoyen est loin d'être une évidence. Dans le meilleur des mondes, il se sent membre légitime de la communauté et en comprend les valeurs. Pourtant, la citoyenneté n'est pas inscrite dans notre ADN.

L'enfant apprend à être citoyen comme il apprend à être un bon élève et un bon professionnel. Notre rôle est d’aider l’élève se " servir de son propre entendement " afin de lui faire partager l’idéal républicain : " Liberté, Egalité, Fraternité ".

Créer du lien

Parfois, le lien est coupé avec les représentants de la Cité accusés de tous les maux. C’est un monde à part résumé par le « il y a eux et nous » comme s’il existait une frontière infranchissable. Mon objectif est qu’ils comprennent qu’ils ont la capacité et la responsabilité de changer le monde ensemble.  En suivant cette idée, l'année dernière, nous avons accueilli notre députée de circonscription en Première Baccalauréat Professionnel.

J'ai mis au défi la classe : " Vous êtes apprentis journalistes, aidez-moi à comprendre ce qu'est la République et pourquoi je dois me sentir citoyen  au travers de l'entretien avec Mme la députée ".

Agir plutôt que subir

Le projet permet de s’emparer du sujet et d’être acteur de la construction de sa citoyenneté.

J’essaye de lutter contre le sentiment qu’ils ont de subir sans avoir un mot à dire. Grâce à cette situation complexe, de manière implicite, émerge  la force de pouvoir collectif qu’est la démocratie. C’est aussi se représenter  toute la responsabilité qui est entre leurs mains. Il n’y a pas de représentants qui ne soient pas élus. Ne pas voter, c’est faire un choix même par défaut.

Changer de posture

L'exercice n'est pas facile parce que j’inverse les rôles.

Ils sont ceux qui se sentent citoyens légitimes et qui doivent me rassurer et m'aider à me sentir légitime. Je n’attends pas de questions pour une fois de leur part mais des réponses. Ils sont autonomes mais pas indépendant pour ce travail. La plateforme d’apprentissage permet de guider l’étude. Chaque groupe de travail a un wiki à sa disposition. C’est un travail d’écriture longue, l’entretien est construit progressivement grâce aux interactions avec les camarades ainsi que par les conseils et amendements que je propose.

S’exprimer librement cela s’apprend !

Ruwen Ogien l’expimait déjà le 11 novembre 2016 dans un article pour libération intitulé : Ne confondons pas la «libération de la parole» et la liberté d'expression.

Le travail au sein des groupes, les échanges, les débats ont été riches, fructueux et parfois vifs. Je suis souvent le médiateur car l’exercice de la liberté d’expression est difficile. Nous l’avons définie comme la liberté de donner son point de vue, de ne pas être d’accord dans le respect des autres et de la loi. La rencontre a permis de valider le travail. Les questions n’ont pas porté sur le rôle et le fonctionnement de la République mais plus sur des questions de citoyen engagé dans la vie publique. Cette expérience n’a, bien sûr, pas eu l’effet d’une baguette magique. Tous n’ont pas réussi à réussir à atteindre ce stade. Il nous reste, encore, une année pour travailler sur le sujet.

Légitimons les élèves

La carte d’identité ne suffit pas à sentir membre légitime de la communauté citoyenne.

Au-delà de la remise en cause d’un ordre établi bien légitime, il faut aider l'élève à comprendre et partager les valeurs de notre société.

Contester parfois, questionner souvent, avoir l'esprit critique en permanence sont des exercices indispensables pour l'élève se sente citoyen. On ne le devient pas de manière spontanée mais dans par l’exercice et la pratique.

Nicolas Le Luherne

Dernière modification le jeudi, 05 octobre 2017
Le Luherne Nicolas

Nicolas Le Luherne est directeur des Ateliers Canopé de Beauce, blogueur, chroniqueur pour le Thot Cursus, Ludomag et Educavox. Il est administrateur de l’Association Nationale des Acteurs de l'École, coordinateur des dossiers ruralité apprenante et francophonie. Professeur au lycée professionnel Philibert de l’Orme à Lucé jusqu’en août 2016, il a intégré différents outils numériques tels que les tablettes, les jeux sérieux, la réalité augmentée, la cartographie numérique en diversifiant les approches pédagogiques. Il s'intéresse l’impact de la culture numérique sur nos sociétés, notre citoyenneté et nos démocraties notamment à l’esprit critique et au complotisme.


 

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