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Une des meilleures manières d’être aujourd’hui correctement informé consiste à prendre le pouls de nos élus qui nous représentent si bien au Parlement. Il est nécessaire d’entendre leur point de vue en commissions, d’écouter leurs questions au gouvernement, de prendre connaissance de leurs interventions quand ils débattent des lois dans les deux assemblées, de lire leurs questions écrites aux ministres.

L’une d’entre elles a justement attiré mon attention tout récemment — merci à Nextinpact. Il y a quelques jours, le député Bruno Questel a transmis une question écrite au ministre de l’éducation nationale que je vous livre ci-dessous in extenso :

Questel

« M. Bruno Questel interroge M. le ministre de l’éducation nationale sur la question des téléphones portables à l’école et notamment au collège. La question fut soulevée au cours de la campagne électorale par le Président de la République et reprise par le ministre en septembre 2017. Aussi, il lui demande quels sont le calendrier et les modalités de mise en place de cette bonne mesure qui permettrait aux élèves de recouvrer distance et rationalité dans l’utilisation de leur téléphone dont ils sont équipés de plus en plus jeunes. De même, les personnels enseignants et encadrants seraient libérés d’un facteur important de tension tant en cours que dans les enceintes des établissements. »

Je comprends pour ma part le désarroi et l’exaspération de notre vénérable élu. Comment ? Des promesses ont été faites publiquement, des engagements solennels pris et renouvelés, la rentrée est passée depuis un demi-trimestre et aucune circulaire n’a encore vu le jour au bulletin officiel pour expliquer aux chefs d’établissements de quelle manière allaient enfin pouvoir être prises les mesures nécessaires au bannissement de ces prothèses laides et inutiles qui nuisent tant à la scolarité et à l’équilibre personnel de nos enfants !

Rappelons, comme vient de le faire un avocat « spécialisé en droit des nouvelles technologies » que les smartphones sont des armes de destruction massive. Qui pourrait tolérer qu’on les laisse franchir le seuil des écoles et établissements ?

Attention néanmoins, notre député questionneur gagnerait en crédibilité et entrerait mieux en convergence avec la pensée du ministre en utilisant le même vocabulaire que lui, ce dernier préconisant plutôt « le discernement » jésuitique que « la distance et la rationalité », moins éclairées ! Il y a urgence, en effet, et je cite à nouveau l’admirable et lucide dernière remarque de notre élu vigilant :

« Les personnels enseignants et encadrants seraient libérés d’un facteur important de tension tant en cours que dans les enceintes des établissements »

Cc26O4CXEAEI hX 300x223Bien sûr, il y a toujours, à l’école et au collège, l’admirable et protecteur article L-511-5 du code de l’éducation, voté par nos sénateurs en pleine canicule de l’été 2010, ainsi qu’au lycée les mentions habituelles des règlements intérieurs qui interdisent ces périphériques si nocifs à la paix scolaire. Je vous ai déjà longuement parlé de tout cela. Relisons l’article L-511-5, si bien écrit et rédigé :

« Dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges, l’utilisation durant toute activité d’enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur, par un élève, d’un téléphone mobile est interdite. »

Une mise en œuvre qui tarde

Alors, comment faire ? Quelles dispositions prendre sans perdre trop de temps ?

Bien sûr, il y a ce casier à téléphones qu’on présente à l’entrée des élèves dans chacune des salles de classe et dont le ministre, qui y dépose le sien avant chaque conseil des ministres, nous a tant vanté les qualités. Les élèves y déposeraient, y déposent déjà pour ceux des pionniers qui ont pris des risques — voir ci-contre —, les mobiles perturbateurs. Bon, il conviendrait tout de même, pour ne pas perturber la classe, de vérifier que chaque élève a bien éteint son téléphone personnel de même qu’il conviendrait de fouiller les sacs et les vêtements pour s’assurer de l’absence d’un autre téléphone ou d’un objet connecté, montre, bracelet, écouteur… Comment ? C’est interdit ? Allons bon ! Il n’y a plus qu’à attendre qu’une loi soit prestement votée à ce sujet et que la fameuse circulaire qui en découle permette ces fouilles et les autres dispositifs nécessaires.

Il ne serait pas inutile que les documents espérés par notre député précisent comment il est aussi nécessaire d’interdire définitivement ces mêmes outils numériques dans tous les couloirs et autres lieux à l’intérieur des bâtiments où ils n’ont rien à faire. De même, les mobiles ne pourraient en aucun cas sortir des sacs où ils seraient rangés dès l’entrée dans la cour de l’école ou du collège. Ces lieux extérieurs aux bâtiments doivent être réservés aux seules conversations non bruyantes entre les élèves et il n’est pas imaginable d’y faire rentrer le monde si médiocre des réseaux sociaux et conversations virtuelles cacophoniques.

À titre dérogatoire, il pourrait être envisagé de faire une exception pour les étudiants ou les plus grands des lycéens qui seraient autorisés à prendre connaissance de l’heure voire à textoter.

Des dispositifs d’accompagnement complémentaires

child 891201 640 300x200Il paraît évident qu’il faille aller plus loin encore et prendre des dispositions complémentaires de contrôle, de surveillance et de répression des comportements abusifs et contraires à la bienséance, à la loi ou aux règlements.

Des brouilleurs d’ondes

Là encore, il convient de solliciter le pertinent questionnement de nos élus justement alertés par leurs mandants. Ainsi, il y a quelques années, M. Christophe Bréchu, sénateur de Maine-et-Loire, demandait au ministre de l’éducation s’il ne lui apparaissait pas opportun d’installer des brouilleurs d’ondes dans les écoles et établissements scolaires.

« De plus en plus de jeunes possèdent un téléphone portable pouvant créer des répercussions sur la vie scolaire : ils sont parfois utilisés pendant les cours au détriment de l’écoute et de la concentration nécessaires à l’apprentissage et au respect dû au personnel éducatif. Il lui demande le point de vue du Gouvernement sur la possible mise en place de brouilleurs dans les établissements scolaires. »

La ministre, après avoir rappelé que l’inspection générale était chargée d’une mission sur le sujet, a fait valoir que la loi en interdisait l’usage dans les lieux publics et donc les écoles et établissements à la notable exception des besoins de l’ordre public, de la défense et de la sécurité nationale, ou du service public de la justice.

Il suffirait donc de faire valoir dans la loi que l’installation de brouilleurs répond à un besoin d’ordre public et le tour serait joué. Il faut avancer sur ce sujet.

Des détecteurs

Deuxième bonne idée : il est nécessaire de tirer profit de l’expérience acquise à l’occasion des examens pour généraliser la mise en œuvre de détecteurs de téléphones portables afin de repérer, en toutes circonstances et en tous lieux, ceux qui sont restés allumés ou en usage. Des surveillants seront formés pour passer dans les couloirs et écouter les bips accusateurs.

Bon, c’est vrai, ces machines qui coûtent pourtant très cher — il faut bien faire vivre les startups du secteur — n’ont pas toujours été très fiables. D’abord, elles ne font pas la différence entre un mobile d’élève et un mobile de professeur ou de chef d’établissement. Par ailleurs, il existe des brouilleurs de détecteurs, voire des détecteurs de détecteurs et les élèves ont tôt fait de s’en rendre compte.

Nul doute que la technologie triomphera de ces petits ennuis et qu’une solution sera enfin trouvée.

Des portiques

Là encore, il faut écouter le sage conseil d’un élu du peuple, en l’occurrence le toujours imaginatif Laurent Wauquiez, président du conseil régional d’Auvergne – Rhône-Alpes. Ce dernier a souhaité expérimenter, avant une généralisation à terme, l’installation de portiques à l’entrée des lycées de sa belle région. Ces portiques ont déjà été installés dans certains collèges à Nice ou encore dans un lycée en Guadeloupe et ont fait leurs preuves. Chacun, élève, professeur, autres personnels, est identifié par un badge sur lequel se trouvent ses données personnelles. Plus besoin de faire l’appel, de savoir qui mange ou pas à la cantine, tout cela est automatique. La technologie est merveilleuse.

Cerise sur le gâteau, car il s’agit avant tout de lutter contre l’intrusion de drogue ou d’armes à feu, il devrait être possible de détecter aussi les appareils électroniques comme les mobiles et autres tablettes connectées et, pourquoi pas ?, d’en désactiver les fonctionnalités. On pourrait aussi imaginer, à l’entrée de l’établissement scolaire, un gigantesque casier à téléphones ou chacun déposerait le sien.

Bref, à condition d’être un peu imaginatif, ces portiques pourraient rendre d’inestimables services dans la lutte contre l’invasion technologique et terroriste.

Des caméras de surveillance

200 dDécidément, nos élus ont des idées. M. Karl Olive fait débloquer par le conseil départemental des Yvelines, afin d’en équiper les collèges, les casernes de sapeurs-pompiers et sites administratifs, une somme de 13 millions d’euros pour l’achat de caméras de vidéoprotection intelligente — il s’agit sans doute d’une erreur de frappe car il s’agit bien de vidéosurveillance sophistiquée.

En voilà une riche idée ! De son bureau, chaque principal de collège des Yvelines pourra surveiller les élèves qui s’adonnent furtivement aux usages interdits parce qu’intempestifs des téléphones mobiles. Finie l’impunité des bouts de couloirs opaques, des toilettes, des cabinets occultes, des lieux cachés du CDI ! Les coupables seront vite attrapés, les machines saisies, les parents prévenus, les sanctions prises…

Un arsenal de sanctions répressives

Il faut bien en venir à l’essentiel.

Il va de soi, une fois la loi mise à jour, y compris dans le code de l’éducation, qu’il conviendra de mettre aussi à jour les règlements intérieurs des écoles et établissements. Inutile de s’embarrasser de la pénible et désespérante consultation des élus collégiens ou lycéens, dont il faut bien noter la complète irresponsabilité en la matière. On mettra en place un comité de rédaction constitué de l’encadrement et de quelques professeurs de confiance et on rédigera une charte d’usage, ou plutôt de non-usage, de ces machines, téléphones, tablettes, oreillettes, montres connectées, etc.

On fera signer ça aux parents et aux élèves, dont il est inutile d’espérer sur ce point assistance ou connivence, et le tour sera joué.

L’arsenal réglementaire, qui prévoira les sanctions associées, de la confiscation à la destruction des portables, rendues possibles par la loi, devra aussi envisager les sanctions d’exclusion temporaire ou même, en cas de récidive, définitive. Vous l’avez compris, pour revenir aux propos tenus par M. Bruno Questel, l’objectif est d’abord de libérer les acteurs enseignants ou de l’encadrement des tensions ou fortes perturbations « tant en cours que dans les enceintes des établissements ».

Ainsi, on pourra enfin enseigner dans des conditions correctes, comme ça se passait au siècle ou au millénaire dernier, à la satisfaction de tous.

Ce sont nos élus qu’il faut remercier.

Michel Guillou @michelguillou

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 « Fouilles, détecteurs, brouilleurs, caméras, portiques, répression… l’école entre dans ce nouveau millénaire » in Culture numérique, 10 novembre 2017,
Dernière modification le lundi, 13 novembre 2017
Guillou Michel

Naturaliste tombé dans le numérique et l’éducation aux médias... Observateur du numérique éducatif et des médias numériques. Conférencier, consultant.

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