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L’intelligence, du service à l’oppression

Sur la scène des conférences USI, Kevin Kelly (@kevin2kelly) apparaît fringuant. « Nous vivons la meilleure époque que l’humanité ait jamais connue », estime le fondateur de Wired souriant derrière sa sévère figure de pasteur mormon.

Avant d’entamer, tel un professeur, son petit cours de prospective, nous promettant de nous expliquer tout ce dont nous avons besoin pour affronter les 30 prochaines années. Pas sûr qu’il y parvienne vraiment en déroulant, en conférencier un peu blasé, une grande synthèse des propos qu’on lui entend tenir depuis quelques années, et notamment dans son dernier livre, The Inevitable.

L’intelligence ? Pas si simple !

Pour comprendre ce qui nous attend, il faut intégrer 3 grandes tendances.

La première, c’est la « cognitisation » du monde, qui consiste à apporter de l’intelligence à tout ce qu’on créé (« Tout ce qu’autrefois nous avons électrifié, nous allons désormais le cognitiser », expliquait-il dès 2014).

Le problème est que nous avons bien du mal à définir l’intelligence, s’amuse Kelly. On pense qu’elle possède une seule dimension, et nous conduit, selon une courbe linéaire de l’intelligence de la souris à celle du génie. Et on place l’intelligence artificielle trop facilement tout au bout de ce spectre. Or ce n’est pas ainsi qu’il faudrait voir les choses, rappelle-t-il (notre collègue Rémi Sussan avait d’ailleurs pointé récemment les critiques de Kevin Kelly sur la Singularité).

Nous devrions plutôt parler de « débrouillardise artificielle » que d’intelligence artificielle. Nos GPS, nos calculatrices, nos moteurs de recherche sont plus débrouillards que nous. « Google est meilleur dans sa mémoire à long terme et ce d’autant plus qu’il a mémorisé chaque mot des 60 milliards de pages web qu’il nous présente, soit bien plus que nous saurions faire… »

Kevin Kelly par USI
Image : //www.flickr.com/photos/47388292@N04/35438621052/in/album-72157685645575405/">Kevin Kelly s’envole sur la scène d’USI 2017.

L’intelligence a plusieurs dimensions.

Elle ressemble à un assemblage multiple, une symphonie musicale de plusieurs instruments, différents d’une personne l’autre, d’une espèce l’autre. Même les animaux ont un « portefeuille d’intelligences », avec parfois des capacités plus élevées que nous, même si dans l’ensemble leurs formes d’intelligences sont plus petites que les nôtres.

Reconnaissons à Kevin Kelly de ne pas céder à la simplification ou au réductionnisme. Pour Kevin Kelly, l’intelligence artificielle ne consiste pas tant à créer une intelligence au-delà des autres formes d’intelligence, mais des intelligences, différentes manières de penser.

Les intelligences artificielles vont nous aider à faire des choses, sans qu’elles ressemblent à l’intelligence des humains.

L’IA consiste plutôt à inventer des esprits différents. Les voitures autonomes ne conduiront pas comme les humains. Elles conduiront mieux que nous, notamment car elles sauront ne pas être distraites. Pour Kevin Kelly, les intelligences artificielles vont nous aider à penser différemment, à sortir des sentiers battus. Certaines sauront optimiser la perception, d’autres auront une grande attention à ce qui les entoure, d’autres seront très fortes en raisonnement symbolique…

Pour Kelly, l’enjeu pour nous sera surtout d’apprendre à vivre avec ces différentes intelligences, de trouver entre elles et nous des complémentarités, du fait de leurs différences entre nos capacités et les leurs.

La puissance artificielle est le second levier de cette transformation qui arrive.

Avant la révolution industrielle, la puissance reposait sur la force musculaire. Avec l’avènement de l’électricité, c’est la puissance électrique qui prend le relais. Elle est devenue une marchandise, une commodité, qui a transformé le monde en devenant toujours plus accessible. L’électricité nous a permis de construire le monde, les routes, les immeubles, les gratte-ciels, les échanges… « La puissance artificielle va transformer l’intelligence en commodité ». Le moteur a permis de créer la voiture, équivalente à la force musculaire de 250 chevaux. Demain, nous allons y ajouter 250 esprits.

« L’intelligence va devenir un service, comme le montre déjà le cloud computing. Demain, nous pourrons acheter de l’IA à la demande, comme aujourd’hui on tourne un bouton pour avoir la lumière. » Avec la révolution industrielle, les entreprises ont réinventé le monde en lui ajoutant de la force électrique, avec la révolution de l’IA, les startups vont réinventer le monde industriel en lui ajoutant de l’intelligence, assène le technogourou.

Pour Kevin Kelly, ce monde qui s’annonce sera plein de surprises. On va être surpris par le lien émotionnel qu’on va créer avec les robots.

L’écran nous regarde autant qu’on le regarde : les logiciels vont analyser notre étant émotionnel, et les logiciels décoderont et réagiront à nos émotions. Mieux, ils éprouveront des émotions eux-mêmes, comme le montrent les recherches sur ce thème, à l’image de celles rassemblées dans le Journal of Synthetic Emotions.

Ces IA vont également apprendre la créativité...

Lire l'article en intégralité :

Sur internetactu.net : http://www.internetactu.net/2017/07/10/lavenir-de-lintelligence-artificielle-est-il-inevitable-12-lintelligence-du-service-a-loppression/

 

Dernière modification le mercredi, 12 juillet 2017
Guillaud Hubert

Hubert Guillaud, rédacteur en chef d’InternetActu.net, le média de laFondation internet nouvelle génération.

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