fil-educavox-color1

Après la publication de très nombreux ouvrages dont " le Macroscope " et le dernier " Surfer la vie " où son expérience de surfeur éclaire sa pensée pour « sur-vivre »dans la Société fluide de demain, le biologiste, prospectiviste Joël de Rosnay nous emmène dans un fascinant voyage à la découverte des codes cachés de la nature et de cette mystérieuse force organisatrice qui régit notre univers avec un nouveau livre, " je cherche à comprendre " .

Dans cet entretien, Joël de Rosnay porte un regard étonné et émerveillé mais empreint d'une grande humilité sur l'harmonie, la beauté et la diversité des formes d'une Nature aux codes cachés.

  • Dans ce livre qu'il écrit d'abord pour lui, nous l'accompagnons volontiers dans sa quête pour comprendre cet ordre caché des choses. Et si les codes sont la clef de ces pages, il émane surtout de cet ouvrage une profonde humanité et un vrai sens du partage altruiste.
  • Refusant un transhumanisme égoïste, élitiste, narcissique, Joël de Rosnay lui préfère l'alternative d'une nouvelle forme d'humanité faite d'intelligence augmentée collective, qu'il nomme l'hyperhumanisme. Il ne prononce pas le mot de divin. Il s'interroge toutefois sur cette puissance organisatrice a l'œuvre dans l'évolution de la matière vers une complexité croissante.
  • Sa vision de scientifique c'est en quelque sorte une « spiritualité laïque ». « En dehors de tout dogme, de tout rite et de toute vision anthropomorphique d'un dieu créateur.»
  • Positif, constructif et pragmatique il témoigne ainsi de sa confiance en notre capacité de construction collective de l'avenir, grâce à l'intelligence humaine couplée à l'intelligence artificielle, aux robots et au cerveau planétaire.
  • En se fondant sur des valeurs qui respectent l'homme, qui respectent la diversité.

Je publie ici l'intégralité de cet entretien.

Pourquoi ce livre ? Pourquoi avez vous ressenti le besoin de chercher à comprendre l'ordre cache des choses et le sens secret de la nature ?

D'abord, ce titre résume un peu toute mon activité depuis que je suis chercheur, enseignant, on pourrait même dire vulgarisateur scientifique. Et ce livre qui est aussi un hommage au professeur Jacques Monod qui était mon maître à l'Institut Pasteur, c'est la dernière phrase qu'il a prononcée avant de mourir « je cherche à comprendre », à la fois le monde et qu'est-ce qu'il y a au-delà.

Donc j'ai voulu comme observateur scientifique et prospectiviste essayer de comprendre pourquoi nous avons cette peur de l'automation, cette peur des ordinateurs, cette peur de l'intelligence artificielle et des robots. Pour le comprendre je suis remonté un peu aux codes qui servent a programmer les ordinateurs, l'intelligence artificielle et même au code qui programme la nature

Le mot clef du livre c'est bien sur le mot code.
Tout d'abord votre livre recèle t il, comme vous le dites pour la Nature, des codes cachés ?

Oui je pense que ces codes, quand je suis remonté aux codes qui programment à la fois la société (les codes qui programment la société on les oublie tellement ils sont communs : le code du travail, le code des impôts, le code de la route, le Code civil, le code pénal, c'est tellement inscrits dans la société qu'on les oublie ...le digicode ou les codes PIN pour son ordinateur)

J'ai voulu remonter plus loin, à ces codes secrets qu'on connaît quand même un peu mais à peine, qui sont par exemple le nombre d'or de la série de Fibonacci. Je rappelle que la série de Fibonacci au 12e siècle avant Léonard de Vinci, obtenue en additionnant les 2 nombres qui précèdent chacun d'eux : c'est-à-dire 1,2,3, 5,8,13, 21 et si on continue ...si on divise le plus grand par le plus petit on obtient un nombre qui reste constant comme PI qu'on appelle PHI , le nombre d'or. Et ce nombre d'or on le retrouve en architecture, dans l'art, dans la structure des feuilles, dans l'harmonie du visage etc. donc ce nombre d'or m'a intrigué ; j'ai voulu commencer mon livre en décrivant ces codes cachés de la nature, en allant ensuite vers les codes que l'homme utilise pour programmer la nature.

Vous êtes un scientifique prospectiviste ; pourtant dans cet ouvrage vous vous investissez moins dans l'explication des causes de ces codes, que dans votre étonnement, votre émerveillement pour la beauté et la diversité des formes. Pourquoi?

Vous avez raison de prononcer ces termes d'étonnement et d'émerveillement. J'emploie même dans mon introduction le mot de révélation et d'émerveillement. En faisant toute la recherche pour ce livre, en regardant la nature telle qu'elle est, telle que le scientifique la voit, mais aussi avec un esprit un peu philosophique, j'ai été émerveillé comme beaucoup de scientifiques avant moi - ça va de Pythagore à Teilhard de Chardin et à bien d'autres - émerveillé par l'harmonie et l'unité de la nature. Cet émerveillement j'ai voulu le décrire dans ce livre pas toujours en étant capable de l'expliquer.

Ardent défenseur de l'analyse systémique des phénomènes complexes vous portez dans cet ouvrage un regard sur la convergence et d'une certaine manière l'unité des structures de la Nature. Est- ce complémentaire ?

Ah oui je pense que c'est complémentaire. Beaucoup de mes livres précédents, " l'Homme Symbiotique ", " le Macroscope ", que vous avez cités, " le Cerveau Planétaire " montrent que la convergence à la fois de l'homme et des ordinateurs conduit à à ce que j'ai appelé un cerveau planétaire, une sorte d'organisme vivant dont nous sommes un peu les cellules. Donc cette convergence conduit à du tout nouveau, à l'émergence d'éléments complètement neufs, c'est ce que j'ai voulu montrer dans ce livre en montrant comment notre action complémentaire de cette convergence peut conduire à une nouvelle forme d'humanité, une nouvelle forme d'organisation du cerveau humain.

L'homme en éliminant le travail avec les robots et en favorisant l'intelligence artificielle entre en concurrence avec la Nature dites-vous. Cela vous préoccupe-t-il ?

Oui cela me préoccupe. Je suis préoccupé, comme d'ailleurs Bill Gates, Elon Musk ou Stephen Hawking, des grands personnages à la fois scientifiques et industriels l'ont dit en décembre 2015 tous les trois presque en même temps ! Ils ont dit que l'intelligence artificielle était la pire des choses, le pire des dangers pour l'humanité parce que nous allions être transformés en esclave par l'intelligence artificielle . Ca m'a préoccupé et ca a été une des raisons aussi pour moi de remonter à cette notion des codes.

Je pense qu'ils se trompent tous les trois parce qu'ils ont une vision malthusienne du fait que l'intelligence artificielle a une progression exponentielle alors que l'intelligence humaine ne progresse que de manière linéaire par le système de sélection naturelle darwinienne. Or je pense qu'ils se trompent car en fait les deux se rapprochent puisque l'intelligence humaine couplée à l'intelligence artificielle, aux robots et au cerveau planétaire que nous construisons évolue aussi de manière exponentielle. Et cela conduit à ce que j'appelle l'intelligence augmentée.

Mais alors, quelle alternative au transhumanisme ?

Alors le transhumanisme, je le critique pas mal dans le livre. Je trouve qu'il est égoïste, élitiste, narcissique, c'est-à-dire qu'il se concentre sur l'individu. Or moi, depuis très longtemps dans tous mes livres, j'essaie de me concentrer sur la collectivité organisée : à la fois le cerveau planétaire et l'intelligence collective. Maintenant je prône l'intelligence augmentée collective et pour moi l'alternative au transhumanisme c'est ce que j'appelle l'hyperhumanisme, c'est-à-dire que, grâce à l'intégration, à la symbiose avec intelligence artificielle, les robots intelligents et le cerveau planétaire, nous changeons, nous devenons différents. Notre cerveau change. Nous pourrions, c'est une alternative possible, devenir encore plus humain et pas seulement transhumains, c'est-à-dire avec toutes les valeurs que fait l'humanisme aujourd'hui.

Cette puissance organisatrice a l'œuvre dans l'évolution de la matière vers une complexité croissante vous interroge . Certains y voient une oeuvre divine. Et vous ?

Non. Moi je ne prononce pas le terme de divin. Je me réfère aussi pas mal à ce que dit Einstein, que je cite dans dans mon livre, en disant que nous allons vers une religion cosmique liée à l'unité et à l'harmonie de la nature en dehors de tout dogme, de tout rite et de toute vision anthropomorphique d'un dieu créateur. C'est ma vision à moi de scientifique ; c'est une spiritualité laïque en quelque sorte, résultant d'un émerveillement et d'une révélation devant cette unité et cette harmonie de la nature que j'ai préféré décrire pour laisser le lecteur avoir le sentiment que je partage plutôt que de vouloir toujours expliquer comme j'ai fait dans mes livres précédents, ce dont je ne suis pas capable.

Vous témoignez à la fin de ce livre d'un sentiment de spiritualité qui a émergé de vos recherches pour comprendre l'ordre cache des choses et le sens secret de la Nature. Comment caractériseriez vous ce sentiment ?

Je caractérise cette spiritualité par la volonté de faire le bien autour de soi, la volonté de partager, la volonté de donner, la volonté de faire en sorte que nous puissions construire ensemble notre avenir en se fondant sur des valeurs qui respectent l'homme, qui respectent la diversité . Une forme d'humanisme technologique. Cette spiritualité j'en ai de plus en plus besoin pour aller au-delà de ma réflexion scientifique et pour aller au-delà de ma réflexion personnelle pour partager avec les autres cette envie de construire le monde de demain.

Merci beaucoup Joël de Rosnay !

Joël de Rosnay, Docteur ès Sciences, est Président exécutif de Biotics International et Conseiller du Président de la Cité des Sciences et de l'Industrie de la Villette dont il a été le Directeur de la Prospective et de l'Evaluation jusqu'en juillet 2002. Entre 1975 et 1984, il a été Directeur des Applications de la Recherche à l'Institut Pasteur. Il est co-fondateur avec l'An@é d'Educavox.

Claude TRAN

Vice Président de l'An@é

http://www.educavox.fr/accueil/breves/je-cherche-a-comprendre-les-codes-caches-de-la-nature

Dernière modification le jeudi, 05 janvier 2017
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'association Inversons la classe, consultant.