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Les 18, 19 et 20 novembre à Paris, Startup for Kids avait invité les enfants, leurs parents et leurs enseignants à participer au premier salon d’un genre nouveau, car dédié aux startups développant des projets à vocation pédagogique. Cette approche résolument novatrice se déroulait dans les locaux de l’École 42 (fondée par Xavier Niel) qui en était le co-organisateur depuis 2015, et pour la deuxième édition de cette année.

L’affluence fut impressionnante : 2400 personnes environ avaient répondu à l’appel. La seule journée du vendredi, dédiée aux publics scolaires a reçu 450 enfants du premier degré accompagnés de quelques parents et de leurs professeurs. Les deux jours suivants accueillaient le grand public. Au service des visiteurs se tenaient 30 startups sélectionnées par un comité scientifique (sur 60 candidatures) pour proposer des ateliers divers alliant applications sur tablettes (2/3 environ) ainsi que l’usage de coffrets d’approche scientifique, culturelle ou artistique.

L’École 42 n’était pas en reste, puisqu’elle proposait ses « Ateliers 42 » conçus par des étudiants de l’école pour apprendre à coder (initiation ou niveau expert) sur les ordinateurs de la maison.

 

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Tables rondes et débats venaient ponctuer les animations afin d’explorer ensemble l’univers du numérique éducatif dans une approche sans langue de bois et parfois quelque peu disruptive : « Faut-il encore apprendre ? » « Digitaliser la pédagogie, quels bénéfices, quels potentiels ? » (avec la participation de  Michelle Laurissergues, présidente de l’An@é), « L’accompagnement de la parentalité numérique », « Besoins spécifiques : peut-on choisir sa solution ? » etc..

Le salon se poursuivait les deux jours suivants pour se conclure le dimanche par un hackathon réalisé par 60 enfants ayant pour mission, sur le thème du Moyen Age, soit de programmer un petit jeu (Codeur), soit de fabriquer un objet animé (Maker), soit d’écrire une histoire dans un format libre (Auteur), avec présentation aux visiteurs des réalisations par les enfants en fin de journée. Un succès complet !

Image1Sharon Sofer, fondatrice du salon et créatrice de la Scientibox a accepté de répondre à nos questions    

Comment est née l’idée de ce salon ?

L’idée a germé en avril 2015 lors d’un échange avec Florian Bucher, l’un des responsables de l’École, de proposer des ateliers aux enfants des écoles avec au départ, juste Scientibox, ma Startup et mes amis de Magic Makers. Puis le projet a grossi et nous avons ouvert le premier salon dès le mois de novembre. L’idée était de démocratiser, de faire connaître plus largement les outils numériques et de briser la barrière entre l’école et la famille.

Nous pensons aussi qu’il faut promouvoir d’autres façons d’apprendre en faisant en sorte que l’enfant soit acteur de son apprentissage. C’est un événement populaire également destiné à faire découvrir la multitude de ce qui existe dans les startup pour l’apprentissage avec ou sans le numérique, mais dans cette nouvelle dynamique.

Comment ont réagi les parents et les enseignants ?

Ils sont très contents, car ils ont adoré voir leurs enfants travailler avec un plaisir évident sur ces nouveaux outils. Et le résultat est impressionnant, si j’en juge par la qualité des projets qui ont été réalisés durant l’Hackathon.

N’êtes-vous pas en concurrence avec le salon Educatec-Educatice qui se déroule aux mêmes dates ?

C’est un pur hasard, car lors de la programmation, nous ne connaissions pas les dates du salon Educatec-Educatice. Nous sommes aussi tributaires des disponibilités de l’Ecole 42 qui est très occupée. D’ailleurs, notre salon est destiné au grand public, et pas seulement aux professionnels.

Pensez-vous pouvoir faire évoluer la manière d’enseigner avec le numérique ?

Il faut aujourd’hui bien comprendre que nous sommes dans un changement de paradigme de la façon d’apprendre et d’enseigner. Il faut absolument préparer les enfants à leur avenir, et on voit bien que l’inertie du système éducatif ne les y prépare pas vraiment : on enseigne encore souvent sur un modèle du XXème siècle. Il faut aussi faire face au désarroi des enseignants qui doivent affronter ce changement qui touche toutes les manières de penser, d’apprendre et de travailler. Le monde a plus changé en 20 ans qu’en 100 ans !

Quel bilan tirez-vous de ce salon, et quels sont vos projets ?

Notre bilan est très positif, compte tenu de l’affluence et des retours que nous avons, mais nous n’avons pas encore exploité les questionnaires. Nous allons poursuivre en 2017, avec un agenda un peu différent pour l’adapter aux horaires des écoles, notamment pour la journée qui leur est consacrée. Nous pensons fonctionner du samedi au lundi en conservant le week-end favorable aux familles.

Je voudrais aussi voir évoluer la participation des filles aux ateliers scientifiques et informatiques. En effet, nous faisons le constat avec l’École 42 que les filles sont encore trop absentes de l’univers du code. C’est une volonté partagée avec l’École 42 que d’amener davantage de filles à s’intéresser à cet univers ou à coder. Nous avons en effet constaté que les ateliers de programmation ont été suivis pour 2/3 par des garçons et seulement pour 1/3 par les filles ; dans l’hackathon Codeurs, il n’y avait que quelques filles pour 30 enfants participants  et à l’inverse l’atelier Auteurs était composé à 90% par des filles ! On est toujours dans les stéréotypes.

 

Que signifie pour vous le fait d’avoir reçu le haut patronage du Ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche ?

C’est une reconnaissance que nous avons acquise avec beaucoup d’efforts, car il est très difficile pour des startups qui sont des TPE (Très Petites Entreprises) de rentrer dans tous les prérequis d’un système qui est pensé avant tout pour les gros éditeurs ou porteurs de projets.

Les startups qui ont des approches innovantes ont déjà du mal à obtenir des financements privés, alors si les institutionnels ne les aident pas lors des appels à projets elles n’ont aucune chance[1].

Au vu du succès remporté par le Salon « Startup for Kids », de la vitalité dont il est la preuve, mais aussi d’une certaine amertume des organisateurs, nous avons tout lieu de penser que l’institution pourrait mieux faire afin de prendre en compte l’innovation que produisent les startups pour mieux les encadrer, les accompagner, voire même les aider à produire. Dans leur rapport de 2013[2], quatre inspections générales (IGEN, IGAENR, Conseil général de l’Economie et Inspection générale des Finances) faisaient notamment cette recommandation qui ne semble pas avoir été encore totalement prise en compte.

Michel Pérez

http://startupforkids.fr/


[1] Voir à ce propos l’article de Pierre-Etienne Pommier (Pythagora): «L’État a peur de travailler avec des start-up»

[2] La structuration de la filière du numérique éducatif : un enjeu pédagogique et industriel - Rapport 2013-073

Dernière modification le mardi, 02 mai 2017
PEREZ Michel

Inspecteur général honoraire de l’éducation nationale (spécialiste en langues vivantes). Ancien conseiller Tice du recteur de Bordeaux, auteur de nombreux articles et rapports sur les usages pédagogiques du numérique et sur la place des outils numériques dans la politique éducative. Président national de l'An@é.

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