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Au salon Educatec-Educatice, le téléphone portable, sujet d’une grande actualité, a retenu l’attention de l’An@é (Association Nationale des @cteurs de l’École) et de ses invités pour un moment de réflexion et de retours d’expérience au cours de cette table ronde le vendredi 23 novembre de 12h00 à 13h00.

Participaient aux échanges animés par Michel Pérez, président de l’An@é : Jennifer Elbaz : Vice-présidente de l’An@é, Jean-Francois Cerisier, Directeur du laboratoire Techné (Poitiers), Professeur de sciences de l'information et de la communication, Jamila Kaza : professeure de maths-sciences au lycée Mathis de Schiltigheim (académie de Strasbourg) coordinatrice de la Brigade Lycée 4.0, Laëtitia Léraut, professeur d'histoire-géographie au lycée André Theuriet de Civray (académie de Poitiers).

 

Table ronde Smartphone 2018

Le Smartphone est devenu un moyen incontournable de socialisation et d’information pour les jeunes qui en font un usage toujours plus considérable. Un nombre croissant d’élèves dispose à ce jour d’un Smartphone : 80% en collège et jusqu’à 100% en lycée.

Cet outil, d’une puissance de calcul formidable permet aussi d’effectuer une infinité d’opérations culturelles, scientifiques ou de recherche. Véritable « couteau suisse » du numérique, le Smartphone et les tablettes connectées sont désormais entre toutes les mains, des enseignants,  des élèves et de leurs parents.

Dès lors, comment faire profiter de cette aubaine la formation des jeunes à l’école dans un continuum pédagogique ? Cette question pertinente et de bon sens demande pourtant une analyse approfondie, un échange d’expériences et une confrontation d’idées.

Que dit le message institutionnel ?

Le  ministère de l’Education nationale a publié le 1 mars 2018 sur Eduscol un guide pédagogique destiné à la mise en œuvre raisonnée de l’usage des équipements personnels connectés des élèves en classe  : « Le guide des projets pédagogiques BYOD-AVAN [1]».

Par ailleurs, en vertu de l’article L. 511-5 du Code de l’Education modifié par la Loi du 30 juillet 2018, qui est ainsi rédigé : « L'utilisation d'un téléphone mobile ou de tout autre équipement terminal de communications électroniques par un élève est interdite dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges et pendant toute activité liée à l'enseignement qui se déroule à l'extérieur de leur enceinte, à l'exception des circonstances, notamment les usages pédagogiques, et des lieux dans lesquels le règlement intérieur l'autorise expressément. »

En conséquence, toujours sur Eduscol, les enseignants désireux d’utiliser ou non les équipements personnels connectés des élèves trouveront un Vademecum pour l’application de « l’interdiction de l’utilisation du téléphone portable à l’école et au collège ».

Cependant les programmes et les examens affirment toujours la nécessité pour les élèves d’acquérir les compétences numériques indispensables.

C’est ainsi que les élèves en classe de troisième, voient leurs compétences numériques évaluées dans le cadre de l’obtention du Diplôme National du Brevet :l’épreuve écrite de mathématiques, sciences et technologie du brevet comporte à présent un exercice de programmation informatique.

À compter de la rentrée 2017, la nouvelle plateforme d’évaluation et de certification en ligne des compétences numériques PIX permet d’évaluer les collégiens, dès la classe de quatrième.

L’usage du téléphone portable (ou plutôt du Smartphone) est donc de fait autorisée par la Loi pour des usages pédagogiques précis qui seuls permettront d’atteindre les compétences visées par l’institution scolaire.

Puisque sont donc acquis à la fois la possibilité et l’intérêt de prendre en compte ce sujet, l’An@é a choisi de s’interroger sur la meilleure manière de faire un usage pédagogique pertinent des équipements personnels des élèves, à la fois en classe, hors de la calsse à leur domicile en  tout temps et en tout lieu afin d’établir un continuum pédagogique dans le temps et dans l’espace qui devrait notamment permettre de personnaliser les apprentissages pour aider les acteurs de l’école à trouver leur voie dans 3 domaines : Ce que l’on pourrait en faire à l’école ? Pour quels apprentissages? Et surtout comment faire ?

Forts de ces principes, les collectivités territoriales et un nombre croissant d’enseignants ont choisi d’aller de l’avant. L’An@é-Educavox leur donne à présent la parole.

Que disent les élèves interrogés en « micro-trottoir » ?

Jennifer Elbaz : Vice-présidente de l’An@é

Quelques élèves (huit) ont été interrogés en format micro-trottoir entre le 11 et le 21 novembre 2018. Tous étaient issus des académies de Versailles et de Paris. Les témoignages présentés sans montage montrent que les enseignants n’utilisent pas les appareils personnels des élèves à des fins pédagogiques. Au mieux ils servent à chercher des mots de vocabulaire en cours de langue. Les élèves ne comprenaient pas tout de suite la question de l’utilisation de leur portable en cours, car pour eux il est acquis que c’est un objet interdit.

Il est à noter qu’ils indiquent se servir de leurs appareils mobiles à titre personnel pour communiquer avec leurs amis, jouer et regarder des vidéos. 

- « Je suis en terminale ES dans l’académie de Versailles, je me sers de mon téléphone pour aller sur Internet et regarder des vidéos, faire tout ce que je veux, et des fois en espagnol ou en anglais on utilise notre téléphone portable pour chercher du vocabulaire ou des trucs dans le genre. »

- « Nous on est dans l’académie de Paris, on se sert de nos téléphones portables pour aller sur les réseaux sociaux. En techno une fois par an on peut avoir besoin de notre téléphone. Sinon dans les autres cours, non. »

- Gaspard en 4ème à Rueil Malmaison : « Je me sers de mon téléphone portable personnel pour envoyer des messages avec Whatsapp et Imessage, regarder des vidéos, et c’est tout. Enfin… et appeler.». Un autre nous dit : « En classe on se sert pas de notre téléphone. Sauf parfois, par exemple, aujourd’hui, en SVT, la prof a demandé à ce qu’on envoie un message à un élève qui n’était pas là. » 

-« Je suis en 6ème 2 (académie de Paris) j’ai pas le droit d’utiliser mon portable en classe. »

 Mais en insistant pour savoir si quand même, pour faire des recherches, parfois on utilisait le téléphone personnel des élèves en cours… la réponse est directe : « eux (les professeurs) utilisent leur téléphone portable mais nous on n’a pas le droit ». 

Ce dernier témoignage marque une certaine amertume, car on sent bien qu’il y a des choses à faire avec les appareils personnels connectés : les élèves éprouvent sans doute une frustration dans le fait qu’ils n’ont pas le droit de les utiliser en classe, alors que les professeurs apparemment le font.  On ne dit pas à quelles fins !

Le Smartphone au cœur des tensions et des transitions

 

Table ronde Cerisier 2

Jean-François Cerisier, Directeur du laboratoire Techné (Université de Poitiers)

Comme toutes les autres institutions, l’École est littéralement mise sous tension par les techniques numériques, par leur disponibilité permanente et par la diversité des usages qui en sont faits. Comment pourrait-on imaginer que le système scolaire puisse se tenir à l’écart des transformations que l’appropriation individuelle et sociale des techniques numériques impriment à notre société ? En référence au concept développé par Marcel Mauss dans son Essai sur le don publié en 1923, on peut évoquer un fait social total en ce que la société entière est transformée par le numérique comme le sont ses institutions.

C’est dans ce contexte que se pose la question de l’usage des équipements personnels des élèves.

La loi récente sur l’interdiction de leur utilisation à l’école primaire et au collège a le mérite de prendre acte de la porosité entre les activités scolaires des élèves et leurs activités personnelles et de toutes les questions qu’elle soulève. Instaurant une régulation de l’usage des équipements personnels numériques fondée sur un régime d’interdiction (tout ce qui n’est pas autorisé par le conseil d’administration de l’établissement est interdit) la loi renonce à une vision éducative plus ambitieuse. Un principe inverse construit autour d’une logique d’éducation citoyenne au numérique et de la construction de nouvelles chartes d’usage concertées avec les différentes parties prenantes, bien que plus complexe et exigeant à mettre en œuvre aurait sans aucun doute été plus favorable à des usages plus raisonnés et élaborés au lieu d’encourager les élèves à maintenir voire à développer des pratiques sauvages.   

Au-delà de cette polémique qui révèle en creux l’inquiétude sociale grandissante à l’égard du numérique à laquelle il est urgent de porter une grande attention au risque de « jeter le bébé avec l’eau du bain », l’usage que les élèves font de leurs équipements numériques à l’école soulève deux types de questions.

Le premier est lié aux usages scolaires des équipements des élèves.

C’est d’ailleurs à ce type de situations que renvoie l’acronyme BYOD et compte tenu de ce que l’on sait des finances publiques d’une part et de l’équipement des enfants et adolescents d’autre part, on voit mal comment le BYOD pourrait ne pas être l’unique moyen à terme d’utiliser véritablement les techniques numériques dans l’enseignement scolaire et universitaire. Inutile donc que l’État et les collectivités investissent massivement dans des terminaux individuels dont l’utilité est discutable et la durée de vie très limitée. Que les collectivités et l’État se rassurent, les besoins en termes d’aménagement des espaces physiques, d’équipements à vocation collective, de ressources, de connectivité et, surtout, de formation des enseignants, sont considérables.

Le deuxième est encore plus important et justifie à lui seul le titre de cette communication.

Même si la formule est facile et sans doute un peu trompeuse, le numérique entre à l’École dans la poche des élèves. On sait bien que même s’il n’utilise pas son équipement personnel, l’élève est transformé par le numérique à la mesure des évolutions induites par les techniques numériques dans nos valeurs et nos comportements. Contrairement à certains discours techno-centrés et déterministes qui subsistent encore, la percolation sociale de la technologie numérique ne dicte pas nos valeurs, attitudes ni nos comportements et en particulier pas ceux des élèves. La réalité est bien plus complexe et nous nous réinventons en permanence dans un espace social où le numérique est immanent. Cela s’exprime par un nouveau rapport au monde qui vient télescoper les fondements même de l’École (la forme scolaire) en termes de rapport au savoir, de sociabilité, de rapport au temps et à l’espace et de capacité à faire.

C’est ainsi que la question des Smartphones à l’école révèle combien le numérique met en tension une forme scolaire conçue en d’autres temps et soulève celle de la transition numérique des institutions éducatives.

Le lycée 4.0, catalyseur d’une pédagogie numérique 

Jamila Kaza, professeure de maths-sciences au lycée Mathis de Schiltigheim (académie de Strasbourg) coordinatrice de la Brigade Lycée 4.0. 

« Le lycée 4.0 », projet initié par la Région Grand Est, est co-construit avec les 3 académies : Strasbourg, Nancy-Metz et Reims. Moderniser l’accès aux manuels en se tournant vers des ressources numériques pour tous les élèves d’un même établissement, c’est le sens du projet  « Lycée 4.0 » qu’a lancé la Région à la rentrée 2017. A la rentrée 2018, le projet vise 111 lycées du Grand Est dont 27 dans l’académie de Strasbourg.

Dans ces établissements, chaque élève peut apporter son équipement personnel (tablette, Smartphone, ordinateur portable…) et a accès à un réseau wifi sécurisé en tout point du lycée.

Différents acteurs

La collectivité finance les infrastructures (réseau wifi et équipement), les ressources numériques et apporte un soutien aux familles pour l’achat des équipements. La Délégation Académique au Numérique Educatif assure le suivi et l’accompagnement auprès des lycées 4.0.

Pour ce faire l’académie a déployé des ressources humaines pour l’accompagnement au quotidien des équipes pédagogiques :

  • les référents 4.0, enseignants repérés pour leurs pratiques pédagogiques innovantes par les chefs d’établissements, assurent le suivi et l’accompagnement dans les établissements ;
  •  les brigadiers 4.0, enseignants engagés dans le numérique éducatif, ont été recrutés par la DANE et interviennent, en soutien aux référents 4.0 et en relation avec les différents acteurs, en personnalisant l’accompagnement.

BYOD, en quoi le métier de l’enseignant est-il différent ?

Si les usages du numérique existent depuis  longtemps dans les lycées, la “dimension 4.0”  redéfinit l’écosystème numérique de l’établissement et bouscule les pratiques.

Après une année de fonctionnement, le lycée 4.0 a bouleversé l’organisation de l’établissement, l’organisation de la classe, les apprentissages et les pratiques enseignantes. Dans un lycée 4.0, l’enseignant interagit différemment avec les élèves : la transmission des savoirs laisse place à une collaboration entre l’enseignant et les élèves. Il s’ensuit que l’enseignant prend naturellement le rôle d’accompagnateur.

Ce changement de posture, accompagné des usages du numérique et de l’accès en permanence à des ressources numériques, élargit le champ des possibles en matière d’innovation pédagogique. L’enseignant 4.0 s’interroge sur ses pratiques en s’intéressant aux usages raisonnés du BYOD.

Le numérique apparaît alors comme “facilitateur” et permet à l’enseignant 4.0 d’accompagner tous les élèves, en respectant le rythme et les besoins de chacun, dans la construction de leur parcours personnel et professionnel.

Au lycée 4.0, que fait l’élève avec son équipement individuel mobile (EIM) ?

L’élève utilise son EIM pour consulter, rechercher et exploiter des ressources numériques.

Dans un lycée 4.0, l’élève a accès en permanence, de manière sécurisée et facilitée grâce au Gestionnaire d’accès aux ressources (GAR), à un panel de manuels et ressources numériques depuis le Médiacentre de l’Espace Numérique de Travail (ENT).

Redéfinition de lécosystème numérique dans une classe du lycée Emile Mathis de Schiltigheim

L’élève a aussi accès aux contenus mis à disposition sur l’ENT par les enseignants (dossiers partagés sur l’ENT, cahier de texte, Moodle). Ces ressources sont accessibles, en ligne ou en local, à la fois dans la classe et hors la classe : l’espace personnel d’apprentissage est étendu.

Ayant accès à réseau wifi sécurisé en tout point du lycée, l’élève peut être sensibilisé à la recherche : rechercher, se questionner, vérifier ses sources, avoir un regard critique.

L’élève utilise les outils de prise directe de son EIM : Dictaphone, Caméra, Appareil photo, Chronomètre, Minuterie, Notes, …

A l’aide de son Smartphone, l’élève peut prendre des photos et/ou réaliser des vidéos dans le but d’enrichir un compte-rendu. Ces photos/vidéos peuvent être prises dans la classe (exemple de l’expérience réalisée en sciences physiques) ou en dehors de la classe (exemple de l’interview).
Par ailleurs, aujourd’hui l’appareil photo permet de lire les codes QR et il est ainsi possible d’accéder plus facilement à diverses ressources (dossier technique, tutoriels vidéo, corrections d’exercices, autres).

L’élève utilise son EIM pour collaborer.

Dans un lycée 4.0, le partage des ressources et le travail collaboratif sont facilités (ENT et Moodle entre autres).

Séance dAP Webradio au 3C du lycée Georges Imbert académie de Strasbourg

Les élèves peuvent par exemple utiliser leurs EIM pour mettre en commun des idées à l’aide d’un mur collaboratif, à l’aide d’une carte mentale, à l’aide du module « Forum » de Moodle, à l’aide du module « Wiki » de Moodle ou à l’aide de la ressource « Galerie d’images »de Moodle (liste d’exemples non exhaustive).

Les élèves peuvent aussi créer une production commune (outils framasofts, mur collaboratif, module wiki, autres outils) et ils peuvent s’entraider.

L’élève utilise des applications et des logiciels utiles. 

Il existe de nombreuses applications (gratuites et disponibles hors connexion) qui peuvent être utilisées dans le cadre de l’enseignement.

L’élève peut télécharger et installer une calculatrice scientifique, un logiciel de géométrie dynamique, un tableur/grapheur, des outils de mesure pour les sciences, un dictionnaire et autres sur son Smartphone. Dans ce cadre là, le Smartphone se révèle être l’outil complémentaire idéal des autres équipements (tablette et ordinateur portable).

L’élève utilise son EIM pour se tester

Il existe de nombreuses applications ludiques et faciles d’utilisation pour tester les élèves. Il faut toutefois être vigilant quant à leur utilisation et veiller à la protection des données personnelles des élèves.

Moodle offre un assez large éventail de méthodes d’évaluation et en fonction des activités choisies, l’élève peut se tester à plusieurs reprises, il peut avoir un feedback en fonction des réponses apportées, il peut accéder à des ressources, il peut solliciter de l’aide…

Travail personnel dans lenceinte du lycée Alfred Kastler académie de Strasbourg

L’élève utilise son EIM pour son travail personnel.

Dans un lycée 4.0, l’élève est équipé personnellement et il utilise son équipement à la maison pour son travail personnel, pour anticiper la classe ou pour prolonger la classe.

Le lycée 4.0 offre ainsi la possibilité aux élèves d’enrichir leurs apprentissages : développer la collaboration et les compétences numériques qu’ils seront capables de mobiliser dans la vie professionnelle et personnelle.

Une plus grande accessibilité aux ressources vers un continuum pédagogique

 

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Laëtitia Léraut, professeure en Histoire, Géographie et EMC au lycée André Theuriet de Civray (Académie de Poitiers)

J’enseigne l’Histoire et la Géographie ainsi que l’EMC au Lycée Général et Technologique André Theuriet à Civray. C’est un lycée rural dans le Sud de la Vienne dans lequel il y a environ 500 élèves. L’usage du Smartphone et/ou de la tablette dans ma classe est devenu quotidien avec mes élèves.

L’usage de cet appareil est un facilitateur dans la démarche pédagogique que j’ai choisie de mettre en œuvre depuis 2014 à savoir la mise en place d’une pédagogie active (classe inversée, travail collaboratif, coopératif) dans laquelle les élèves ont accès aux ressources nécessaires pour le thème enseigné et fabriquent eux-mêmes leurs apprentissages en fonction des activités proposées. Grâce à des liens courts, ils peuvent avoir accès à une page collaborative sur laquelle le plan de travail, des documents et les évaluations sont placés.

Exemple de page : https://fr.padlet.com/laetitia2_lerau/enjeuxdev

Le lien vers la page est inséré dans l’ENT (Espace Numérique de Travail), sur Pronote et il est également « transformé » en QR code que les élèves peuvent flasher. L’objectif est de tendre vers une grande accessibilité aux ressources ainsi que vers un continuum pédagogique.

Cette démarche en pédagogie active permet de différencier les parcours. Dans le plan de travail ci-dessous, l’élève choisit son chemin vers l’acquisition de compétences.

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Les élèves dans leurs parcours sont donc amenés à utiliser leur Smartphone pour visionner des vidéos (réalisées par moi-même dans la majorité des cas) et avoir accès aux documents couleurs. Je prévois toutefois quelques dossiers photocopiés pour les élèves qui préfèrent travailler avec du papier. En travaillant de différentes façons, les élèves apprennent à se connaître et s’ils ont compris leur propre fonctionnement alors l’objectif est en partie atteint.

Le Smartphone ou la tablette est également utile, car facilitateur et pallie des difficultés liées à un possible matériel informatique défaillant, une salle informatique déjà réservée par les collègues… Les élèves sortent donc leur téléphone lors des activités proposées.

La structure de la classe change en même temps que la posture du professeur

Cette façon d’enseigner a conduit à changer la structure de la classe puisque les élèves travaillent en îlots pour leur parcours. Ainsi, cela a modifié ma posture au sein de la classe puisque je m’adonne surtout à de l’étayage. Tous les élèves ne faisant pas la même chose au même moment, il convient de passer d’ilots en ilots pour valider l’avancement des savoirs et savoir-faire.

Je ne demande pas de prise de notes avec un Smartphone, c’est le cas en revanche avec les PC ou tablettes avec des Terminales.

Acquérir les compétences clés du 21ème siècle

En effet, avec une classe de Terminales, d’autres enjeux s’ajoutent avec l’utilisation des appareils connectés : préparer le post-bac, la prise de notes sur PC, la création d’un environnement de travail (création de dossiers, gestion des fichiers …).

D’autres compétences sont travaillées avec le Smartphone ou le BYOD de façon générale en classe. En effet, devenant un outil de travail dans une grande partie de la population active, c’est un outil multitâche. Se servir de cet outil à des fins pédagogiques peut montrer aux élèves les différentes potentialités de leur appareil et ouvrir le champ des possibles.

Le Smartphone ou tablette par les multiples applications proposées permet de faire travailler les soft skills par la diversité de production finale (carte mentale, capsule vidéo, montage …), la créativité étant une des compétences du XXIème siècle. Les outils d’écriture collaborative sont une approche intéressante pour toucher à la fois la collaboration et l’empathie.

Pour ma part, j’utilise des pages comme Framapad, service en ligne de traitement de texte collaboratif, libre de droit.

Dans une optique à la fois de collaboration et de coopération, je demande à mes élèves de produire (sur la base du volontariat), une capsule vidéo qui illustre un thème du programme. Si le tournage de la capsule est réalisé dans un nouvel espace d’apprentissage spécifique, les recherches, tant pour la confection du texte que pour la recherche des documents, se font avec leur appareil connecté en classe ou en dehors.

https://www.youtube.com/watch?v=yqr3hQcYlVU

Toujours des questionnements 

L’utilisation du BYOD en classe soulève plusieurs questionnements :

L’utilisation excessive des écrans ? Le renforcement des inégalités ? La trace écrite ? Répercussions sur la santé ? Ce sont autant de questions qui me traversent l’esprit et auxquelles je tente de répondre par des moyens divers.

Il se peut qu’un ou une élève n’ait pas de Smartphone : il faut alors veiller à ce que il ou elle puisse avoir accès aux ressources (visionnage de vidéos avec son ou sa voisine), ce qui est largement possible en procédant en ilots, et prévoir de placer les documents (en plus de faire des photocopies) sur l’ENT de l’établissement, que ce soit les documents ressources que la production finale.

Il se peut que l’élève soit tenté de se rendre sur les réseaux sociaux ou de consulter ses notifications. C’est un risque en effet. Il serait prétentieux de dire que cela n’arrive pas. Toutefois, les élèves sont, pour une très grande majorité, impliqués dans les activités proposées et l’étayage permet de constater leur progression.

Autre limite, la petite taille des écrans peut être préjudiciable à la vue. Après discussions avec mes élèves à ce sujet, ils m’ont répondu qu’ils faisaient « tout » sur leur téléphone.

Un facilitateur d’apprentissages pour un accompagnement pédagogique

" Le Smartphone dans les pratiques de classe est un des nombreux outils mis à la disposition de élèves pour faciliter leurs apprentissages. L’utiliser peut être vu comme un accompagnement dans ce foisonnement de potentialités. L’outil pédagogique qu’il devient n’est pas au cœur de ma démarche de classe mais fait partie d’une palette de supports à ma disposition à l’instar d’autres outils. Son usage résulte d’un choix à un moment donné dans le parcours de l’élève. Il est présent mais n’est pas omniprésent ".

Ces témoignages d’enseignants démontrent clairement la richesse prodigieuse des activités d’apprentissage offerte par l’usage des équipements personnels connectés, qu’il s’agisse de Smartphones ou de tout autre équipement personnel mobile.

Au travers de ces analyses et narrations de pratiques pédagogiques il apparaît clairement que ces outils sont les vecteurs d’une pédagogie dynamique, active et autonome qui place l’ensemble des acteurs au centre d’un nouvel écosystème d’apprentissage visant à l’appropriation personnelle des connaissances, des savoir-faire et des savoir être indispensables aujourd’hui.

Un plaidoyer en quelque sorte pour une nouvelle donne de la pédagogie en ce début de 21ème siècle!


[1] BYOD : abréviation de l’anglais « Bring your own divice » (Apportez votre équipement personnel) est une pratique qui consiste à utiliser ses équipements personnels (Smartphone, ordinateur portable, tablette électronique) dans un contexte professionnel. AVAN : apportez vos appareils numériques.

Dernière modification le samedi, 15 décembre 2018
Pérez Michel

Président national de l'An@é. Inspecteur général honoraire de l’éducation nationale (spécialiste en langues vivantes). Ancien conseiller Tice du recteur de Bordeaux, auteur de nombreux articles et rapports sur les usages pédagogiques du numérique et sur la place des outils numériques dans la politique éducative.

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