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C'était au Carré des sciences le 11 janvier 2018, le premier colloque sur les projets innovants e-FRAN. Quelles conclusions ? Suite à l’appel à projets lancé en 2016 par la mission e-FRAN[1] dans le cadre du programme d’investissements d’avenir, 22 projets lauréats ont été déployés sur tout le territoire pour expérimenter et évaluer de nouvelles manières d’enseigner et d’apprendre avec le numérique dans un cadre scientifique rigoureux.

e-FRAN a pour ambition de créer une communauté scientifique de niveau international en matière de « numérique éducatif » au service d’une nouvelle dynamique de transferts des résultats de la recherche pour l’Ecole à l’heure du numérique.

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Ce premier colloque scientifique de l’action « e-FRAN » mise en œuvre dans le cadre de la mission interministérielle sur le numérique éducatif a réuni pour la première fois les chercheurs, enseignants, corps d’inspection et de direction, industriels du numérique, associations et collectivités territoriales impliqués dans des projets innovants que transforment l’Ecole par le numérique.

Un premier point d’étape des 22 projets lauréats était présenté à l’occasion de cette rencontre par les différents participants.

La liste des 22 projets retenus est disponible sur le site du Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Cette liste devrait être prochainement publiée sur la plateforme dédiée à la mission e-FRAN.

Liste des 22 lauréats e FRAN

Monique Grandbastien, professeure émérite en informatique (Université de Lorraine), faisant une synthèse des échanges réalisés dans le cadre du colloque mettait en avant l’importance d’une recherche ancrée dans une discipline et dans un contexte pluridisciplinaire dans un lien organique avec le terrain, en collaboration avec d'autres acteurs pour l'éducation qui est un enjeu sociétal. La richesse du programme e-FRAN étant précisément ce contexte pluridisciplinaire et cette collaboration étroite entre la recherche (les doctorants) et les professionnels de l'éducation (on rappelle qu’il fallait la signature du recteur) pour une co-conception avec ces professionnels de modèles de collaboration avec les acteurs du terrain y compris les parents d’élèves. Un modèle qu’il conviendra de diffuser largement.

Cette collaboration de la recherche avec d’autres acteurs (entreprises, startup, milieu associatif, municipalités) est très puissante, car l’Éducation est considérée comme un enjeu fort, notamment en raison des fortes transformations numériques vécues dans ce domaine. Ce colloque est sans doute le premier pas de la création d'une communauté scientifique.

Alain Beretz, directeur général de la recherche et innovation (DGRI) insistait à son tour sur l’idée de placer la recherche au centre des projets. « La recherche comme méthode et comme inspiration. »

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Pour Jean-Marc Monteil, chargé de mission sur le numérique éducatif, e-FRAN doit devenir une communauté scientifique de référence au niveau européen.

Jean Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, intervenait en clôture du colloque pour exprimer l’importance de cette volonté de créer des logiques de recherche et d'investissement d'avenir sur la durée, car e-FRAN est en cohérence avec ce que nous voulons pour l'éducation nationale. Le colloque coïncide avec l'installation du conseil scientifique hier. « Nous nous situons dans l'esprit des lumières et à l'opposé du scientisme. L'école de la république est née de la république qui elle même est née des lumières. L’esprit des lumières est d’avancer à la lumière des sciences, de ce que nous dit la recherche. »

Il convient de sortir des débats circulaires en matière d'éducation, le ministre se disant las d'entendre les mêmes arguments sempiternellement sur certains sujets pour affirmer sa volonté d’aller de l'avant grâce à la recherche.

Le Conseil scientifique et e-FRAN sont l'inverse du scientisme. Nous parlons avec Stanislas Dehaene des sciences cognitives. A l’appui de plusieurs révolutions numériques telles que la 3D, les réseaux sociaux, la robotique ou l’intelligence artificielle, il s’agit selon le ministre de les accompagner par la démarche expérimentale.

Ce projet est représentatif de l'avant-gardisme, car l’enjeu est de faire progresser le système éducatif français, de réduire les inégalités et cela au service de notre pays pour positionner la France en pointe de la recherche scientifique et technologique ayant un impact sur le système éducatif.

Ce qui se joue est très important, et cela aura aussi pour conséquence d’ouvrir des perspectives aux carrières scientifiques des chercheurs ou aux carrières entrepreneuriales des acteurs.

Quelles évolutions pour e-FRAN? Un autre appel à projets est-il prévu, y aura-t-il de nouveaux financements ?

Pour Jean-Marc Monteil qui répondait à une question de la presse, le problème qui est posé n'est pas celui du numérique en soi, mais celui d'asservir le numérique aux apprentissages et dans un temps parallèle, d’utiliser les outils numériques pour savoir s'ils sont efficaces. Il s’agit d’éclairer les politiques publiques.

Quelles retombées de la recherche dans les ESPE et dans les classes ? Quelle communication dans les classes comme cela se fait dans d'autres pays d'Europe ?

Le ministre attend beaucoup de l'impact d'e-FRAN sur la formation initiale et continue des professeurs. La formation initiale prendra beaucoup plus en compte ces recherches à l'avenir : la formation doit reposer beaucoup plus sur la recherche et sur la présence de praticiens, de personnes qui sont devant élèves dans la formation. Il faut tirer bénéfice d'avoir les ESPE à l'intérieur des universités.

Avant de conclure sur l’affirmation que les logiques éducative et économique doivent s'articuler au bénéfice de notre pays, le ministre lançait une nouvelle idée de projet : la possibilité de créer un Fab-Lab de l’éducation. 

Les ambitions de ce programme et l’ampleur du financement attribué à un projet lancé en 2015 par une autre ministre, montrent bien, au-delà de certaines affirmations, la continuité de l’importance accordée à la transformation numérique de l’éducation. Cependant, si la recherche est au fondement des évolutions à mener, il faut aussi conforter « le terrain », les enseignants, les formateurs, les familles et les collectivités en mettant très clairement l’accent sur l’urgence de proposer des évolutions pédagogiques pertinentes liées aux usages du numérique en éducation, dès demain et sans attendre que la recherche ne « ruisselle » sur les ESPE.

Le temps de la science, nécessairement long, n’étant pas celui de l’éducation qui ne dispose que de quelques années pour « instituer le citoyen », il est à craindre en effet que les résultats innovants des recherches entreprises n’arrivent bien tard dans un monde en perpétuelle mutation.  C’est un peu ce que disait Nicolas Colin dans son excellente chronique : « Et si on cessait d’aider l’innovation » ?[2]

Michel Perez


[1] Ce projet a été lancé en 2015 par la ministre Najat Vallaud-Belkacem (Note de service n° 2015-116 du 3-7-2015).

Doté de 30 millions d'euros, l’appel à projets e-FRAN (Espaces de formation, de recherche et d'animation numérique) s'inscrit dans le cadre du Programme d'Investissement d'Avenir 2. Il vise à soutenir des projets de transformation de l'Ecole qui traduisent la volonté des acteurs de l'éducation et de leurs partenaires de créer des "territoires éducatifs d'innovation numérique" en prenant appui sur la recherche. Les critères de sélection portent sur le caractère innovant, la gouvernance et l’impact du projet.

Afin de favoriser l’atteinte d’une taille critique minimale, l’aide apportée par l’action e-FRAN à un projet ne peut pas être inférieure à 300 000 euros.

[2] Nicolas Colin, associé fondateur de la société The Family et enseignant à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. In l’OBS n°2775 du 11/01/2018, p.4.

 

Dernière modification le vendredi, 02 février 2018
Perez Michel

Inspecteur général honoraire de l’éducation nationale (spécialiste en langues vivantes). Ancien conseiller Tice du recteur de Bordeaux, auteur de nombreux articles et rapports sur les usages pédagogiques du numérique et sur la place des outils numériques dans la politique éducative. Président national de l'An@é.

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