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Le Recteur de l'académie de Bordeaux Olivier DUGRIP l'a annoncé dans son intervention aux Boussoles du Numérique à Cenon : l'ouverture du " micro lycée numérique, conçu sur le modèle du micro lycée Antoine LOMET à Agen, qui sera ouvert à la prochaine rentrée scolaire au lycée Victor Louis de Talence ".
C'est un projet qui lui "tient à cœur" tout comme d'ailleurs au Président du Conseil Régional d'Aquitaine, Alain ROUSSET, avec qui il s'est accordé pour sa mise en œuvre, dans une démarche de gouvernance partagée que facilite la loi sur la refondation de l'école.
 
Le micro lycée, c'est avant tout une structure qui permet d'accueillir des élèves décrocheurs afin de leur donner une "deuxième chance" d'insertion professionnelle. Il s'agit d'élèves qui ont "décroché des études" avant la terminale et se retrouvent alors sans formation, soit qui ont "raté le bac plusieurs fois" et ne peuvent être repris dans les établissements scolaires. Pour être admis en micro lycée, ces jeunes que le système scolaire classique a "laissé sur le bord du chemin", âgés de moins de 26 ans doivent être motivés et volontaires pour reprendre des études.

On comprend alors combien l'entretien préalable qui permet de mesurer cette motivation est essentiel.
Il en est tout autant des méthodes pédagogiques mises en œuvre par les équipes d'enseignants qui privilégient des relations plus personnalisées et moins "hiérarchiques". Le tutorat, un accompagnement personnalisé, et donc des effectifs par "classe" plus faible sont les conditions nécessaires à la réussite du projet.

Le micro lycée Victor Louis de Talence devrait accueillir de 30 à 40 jeunes qui prépareront en deux ans les baccalauréats ES ou STMG.
D'ores et déjà le rectorat a admis la nécessité d'un encadrement pédagogique estimé à 4.5 équivalents temps pleins d'enseignants, soit quelques 81 heures professeurs par semaine pour ces deux classes. C'est donc, comparé à des classes de première équivalentes, plus de 25% de moyens supplémentaires attribués auxquels doivent s'ajouter des moyens de la Mission Générale d'Insertion. Avec un effectif d'une vingtaine d'élèves par division, l'encadrement pédagogique devrait permettre de proposer à chaque jeune un parcours personnalisé adapté à ses besoins. Il s'agit d'ailleurs tout autant d'un accompagnement scolaire qu'humain dont l'objectif consiste à stabiliser des jeunes "qui pour beaucoup ont connu ou connaissent encore des problèmes psychologiques, familiaux, sociaux importants et dont le décrochage scolaire a été un symptôme. "
Retisser des liens de confiance pour construire ensemble des parcours personnalisés de réussite, tel doit être le "programme " des équipes pédagogiques.

L'originalité du projet « Victor Louis » réside aussi dans sa dimension numérique.
Le Recteur DUGRIP souhaite suivre personnellement de très près cette expérimentation qui "axe le retour en formation sur l'utilisation de l'outil numérique, élément facilitateur pour retrouver à la fois de l'appétence pour la poursuite"
Et l'objectif est double : s'il s'agit d'aider les élèves décrocheurs à « raccrocher » une formation ; il s'agit tout autant et peut être même prioritairement pour tous les élèves qui rencontrent des difficultés, d'éviter qu'ils ne soient en situation de décrochage "en utilisant de manière plus précoce l'outil numérique et en développant avec eux ses usages dans les classes. »"

Ainsi les pratiques, déjà mises en œuvre dans les Ateliers Pédagogiques Personnalisés que pilotent les CCI ou les GRETA, utilisant l'outil numérique pour faciliter l'apprentissage et l'acquisition d'une autonomie de pratique, seront mises en œuvre de façon préventives.

Ces méthodes que le Québec comme de nombreux autres pays mettent déjà en œuvre montrent combien il est moins coûteux économiquement mais surtout humainement d'anticiper ces échecs de l'école en rendant plus efficiente l'action pédagogique des enseignants en amont.
Il ne s'agit bien sûr pas d'abandonner le jeune devant un écran astreint à une formation « individualisée » mais bien de permettre " la complémentarité entre le face à face avec l'écran d'un côté et l'interaction avec les pairs et les formateurs d'un autre côté " pour produire collectivement ce qui "fait une société apprenante" telle que la définit Philippe MEIRIEU.
L'articulation entre les deux approches relève du savoir-faire de l'équipe pédagogique, qu'il s'agit de former et d'accompagner dans ces pratiques.
Les responsables le savent qui devront assurer une formation continue de proximité et le rôle du chef d'établissement sera à cet égard essentiel.
La grande expérience des équipes en place, la forte culture de l'établissement sont à n'en pas douter des gages de réussite du projet.
 
 
La Région Aquitaine, partenaire actif de ce projet connait bien le problème du décrochage scolaire.
Depuis 2006, le Conseil Régional favorise en effet les échanges avec le Québec de façon à initier des partenariats entre les opérateurs de terrain des deux pays également préoccupés par la persévérance et la réussite des jeunes. Il a répondu en juin 2009 à l'appel à projet de Martin HIRSCH « expérimentations pour les jeunes » au titre des « réseaux locaux pour la persévérance et la réussite des jeunes Aquitains ». Il s'agissait de susciter le partenariat et la mise en réseau des différentes structures, institutions et organisations qui interviennent sur les décrochages et d'encourager les mutualisations des expériences et des savoir-faire en dépassant la complexité des dispositifs et des actions, ainsi que les clivages et les corporatismes pour privilégier le travail en réseau, la proximité et la dimension humaines des missions à traiter.
Forte de cette expérience et s'appuyant sur le déploiement généralisé sur l'ensemble des lycées d'Aquitaine, de l'Espace Numérique de Travail LéA, la Région apportera un concours important à ce projet que suit attentivement la Vice-Présidente du Conseil Régional en charge de l'Education, Anne Marie COCULA.
 
Il s'agira bien entendu de définir les locaux et leurs aménagements pour accueillir le nouveau lycée, de fournir les équipements spécifiques (tablettes ou micro portables) et donner en particulier aux équipes pédagogiques les moyens d'accéder plus aisément à l'internet en accroissant très sensiblement le débit réseau , garant d'un usage pédagogique optimal de l'ENT. Cette question doit être réglée dans les semaines qui viennent, l'objectif pour la Direction de l'Education , consiste en effet à accroitre le débit de tous les lycées pour atteindre dès le mois de mai au moins 10 Mbits/s.
Il s'agit bien là d'un projet dont l'avenir dira rapidement comment le numérique éducatif peut inspirer des pratiques pédagogiques au service de la réussite de tous les élèves.
 
Claude TRAN
 
Dernière modification le dimanche, 15 mars 2015
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, journaliste à ToutEduc, chroniqueur à Ludomag.

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