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Selon l'institut IPSOS, les jeunes de 13 à 19 ans passaient en moyenne en 2015, 13h30 par semaine sur Internet contre 12h20 en 2012. Cette intensification de la connexion des jeunes s'accompagne d'un équipement familial mais surtout personnel en forte croissance puisque 68% d'entre eux possèdent un smartphone utile avant tout pour écouter de la musique et 73% d'un ordinateur qui permet de voir des vidéos et d'aller sur les réseaux sociaux.

Cet usage croissant des réseaux sociaux préoccupe les adultes et particulièrement les parents d'abord parce que 50% des jeunes surfent la nuit mais surtout parce que « les propos délictueux et les agressions verbales sont fréquents sur les plateformes où on peut agir anonymement, sans s'exposer aux regards des autres, et disparaître en un clic de souris »

Le numérique et les parents

« Avec le numérique, affirme Anne CORDIER dans cet entretien réalisé lors des NetJournées, les adultes ont le sentiment d'avoir face a eux un ado et un monde infini qui leur échappe; c'est angoissant pour les adultes car ils ne voient pas les contours du monde numérique ».

Anne CORDIER, maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'Université de Rouen où elle dirige la formation des futurs professeurs documentalistes, s'est confrontée au réel en allant à la rencontre des élèves des collèges et lycées, afin de mettre au jour leur imaginaire de l'internet .

 

Pour éviter les préjugés et les discours marketing sur les jeunes et les réseaux, elle publie leurs paroles dans un ouvrage très documenté, « Grandir connectés, les adolescents et la recherche d'information » dans la collection Les enfants du numérique chez C&F Editions.

"Pourquoi les adultes fantasment-ils sur les addictions supposées des adolescents au numérique ? »

Et que pense Anne Cordier de la comparaison établie par Serge Tisseron « le danger des réseaux sociaux s'apparente au danger que pouvait constituer pour les parents de ces adolescents , les terrains vagues d'antan » ?

  • « Ces territoires ne sont pas aussi vagues que cela pour les adolescents! » constate l'enseignante chercheuse qui ajoute : les adultes et les parents en particulier « ont tendance a fantasmer sur les pratiques adolescentes numériques ou pas ».
  • Terrains vagues et réseaux sociaux, des territoires sans règles, sans frontières et des excès « mais prétendus »précise-t- elle .

Ipsos livre également quelques statistiques liées aux pratiques des ados sur les réseaux sociaux.

78% des adolescents ont au moins un compte Facebook mais la fréquentation est en baisse depuis 2013, au profit de Twitter (25%) et d'Instagram (14%). Les messageries instantanées ont également la cote. 42% se rendent régulièrement sur Facebook Messenger, 26% sur Skype, 23% sur Snapchat et 6% sur WhatsApp.

En fait les ados utilisent les réseaux sociaux a des fins différentes et cela évolue avec le temps.

C'est ainsi qu'ils ont très souvent plusieurs comptes Facebook : il y a celui où ils sont amis avec leurs parents et la famille, il y a celui de l'école, « et puis il y a le compte perso-perso que l'on pourrait définir comme étant le compte intime ».
On réserve Snapchat plutôt pour les échanges entre ados et Facebook pour « une mise en scène en direction des adultes ».

Le numérique et les enseignants

Si des parents s'inquiètent de l'usage du numérique et particulièrement des réseaux sociaux par les adolescents, ils sont tout autant persuadés que le numérique constitue un environnement incontournable pour l'avenir de leurs enfants.

Par ailleurs pas moins des trois quarts des parents ont un compte Facebook. Les mères utilisent ce réseau social à 81% et les pères sont 66% à avoir un profil sur cette plateforme.

La moitié des parents se connectent même plusieurs fois par jour à Facebook et les mères comptent pour 56% de cette proportion.


Si la grande majorité des enseignants perçoit d'une part les apports du numérique dans leurs pratiques professionnelles d'autre part l'urgente nécessité pour l'école d'une éducation aux médias et à l'information, des enseignants s'inquiètent toutefois de l'impact du numérique sur leur profession.
Le numérique interroge en effet.

Entre peur et fascination, dans l'imaginaire éducatif ce nouvel outil va remplacer l'expertise humaine. Doit on s'en inquiéter? Doit-on poser un discours plus rationnel ?

La révolution numérique est entrée dans notre quotidien et a changé brutalement notre façon de travailler, d'apprendre et de communiquer. Les médias dominent la vie privée et publique.

Pour Anne CORDIER « Les enseignants n'ont pas à s'inquiéter, l'enseignement ce n'est pas le jeu de go » Et surtout « Les élèves ne sont absolument pas demandeurs d'un effacement de l'enseignant ; ils sont attentifs à ce que l'enseignant prenne soin d'eux, soit soucieux de leurs apprentissages et de leurs usages notamment sociaux, et ils appellent à l'expertise de l'enseignant »


La mission de l'Ecole reste donc essentiellement humaine : « les apprentissages d'une culture de l'information favorisent une émancipation critique, consciente de l'être humain »

Mais le numérique impose à l'école de s'adapter.

Pourquoi particulièrement dans les ESPE, apprendre le numérique par le numérique ?

« Les outils numériques sont des technologies intellectuelles qui supposent une prise de conscience de ce que Dominique Cardon appelle la boite noire qui conditionne notre identité. Les jeunes enseignants sont pleins de questionnement sur le numérique ; ils ont une pratique du numérique mais on ne leur a pas appris a fouiller cette boite noire »

Une boite noire dont il leur faut appréhender les enjeux.

Apprendre par le numérique c'est aussi avoir un regard sur ce qu'il y a derrière les écrans et s'initier à ces algorithmes qui d'une certaine façon gouvernent le monde.
Ainsi les enseignants pourront avec l'aide des parents et des professionnels de l'information, accompagner les adolescents pour qu'ils deviennent des acteurs et des citoyens du numérique.

Claude TRAN
Vice Président de l'An@é

http://www.educavox.fr/toutes-les-breves/grandir-connectes

Dernière modification le vendredi, 21 octobre 2016
Tran Claude

Agenais de naissance Claude TRAN a été professeur de Sciences Physiques en Lycée, chargé de cours en Ecole d’Ingénieur, Inspecteur pédagogique au Maroc. A 34 ans il accède aux fonctions de chef d’établissement puis s’expatrie à nouveau, cette fois en Algérie comme proviseur du lycée français d’Oran ; en Aquitaine il dirigera les lycées Maine de Biran de Bergerac, Charles Despiau de Mont de Marsan et Victor Louis de Talence. Il a été tour à tour auteur de manuels scolaires, cofondateur de l’Université Sénonaise pour Tous, président de Greta, membre du conseil d’administration de l’AROEVEN, responsable syndical au SNPDEN, formateur IUFM et MAFPEN, expert lycée numérique au Conseil Régional d’Aquitaine, puis Vice Président de l’An@é, actuellement administrateur de l'An@é et de l'association Inversons la classe, journaliste à ToutEduc, chroniqueur à Ludomag.

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