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Photographie de Jean-François CAUCHE via Instagram / Creative Commons  - 
La rentrée, c’est la journée bien souvent des peurs, des appréhensions, des promesses ou des déceptions. C’est le moment pour beaucoup d’élèves de la rencontre avec le Tableau Blanc Interactif, TBI pour les intimes.
Certes, me direz-vous, certains connaissent déjà le TBI depuis le primaire, mais de nombreuses écoles n’en sont pas encore équipées et je me mets dans la peau d’un élève, revis mon entrée en sixième et la découverte d’un univers alors tout nouveau. On ne parlait pas de TICE à l’époque, ni de TBIs mais j’avais déjà repéré lors d’une journée Portes Ouvertes les machines que nous allions utiliser en Technologie et surtout les quelques ordinateurs, alors TO7, MO5 et MO6, qui trônaient dans une salle dédiée. Enthousiasme alors, déception par la suite car je n’ai au final pas utilisé certaines machines ou tout au moins pas leur potentiel complet.
 
 
Je me mets dans la peau d’un élève car, si les TICE modifient certes le travail et la pédagogie de l’enseignant, il y a un impact important sur l’élève que je trouve assez souvent négligé, notamment sur le plan de l’enthousiasme que la technologie peut insuffler. Alors oui, j’ai rêvé à l’époque, rêvé de toutes les possibilités de ces machines et je rêve encore parfois quand je regarde mon écran ou mon simple téléphone portable en songeant à l’infinité des usages et à l’univers qui s’ouvre à moi au travers d’une simple prothèse numérique.
 
 
La première fois que j’ai vu un TBI, c’était en vidéo. Un enseignant du MIT faisait la démontration d’un logiciel permettant d’animer de manière très simple des objets dessinés à l’écran. Il créait ainsi un pendule puis une voiture descendant une pente. Ce logiciel avait pour fonction et mission de montrer des propriétés physiques et prenait tout son sens grâce au TBI. 
 
 
La démonstration m’avait bluffé mais j’avoue être passé à coté de l’intérêt global ce jour-là. Une vidéo vite vue, bien avant que le TBI débarque en France, bref un prototype qui me semblait encore un peu trop loin chronologiquement parlant de nos salles de classe. J’ai donc rangé ces images dans un coin de ma tête jusqu’au jour où le TBI a été réalité (trop bien rangé d’ailleurs car je ne saurais plus la retrouver sur le web...).
 
 
Alors je vais parler comme les enfants, vu que le TBI s’adresse à mon sens en priorité aux enfants, même si c’est un formidable instrument pour l’enseignant.
 
 
Donc un TBI non connecté, c’est non... Peut-être est-ce parce que nous avons pris l’habitude d’être connecté en permanence et qu’il paraît parfois difficile de travailler hors connexion. On se demande comment nous faisions il y a plus de 20 ans lorsque le web n’existait pas encore et que nous nous échangions les données et programmes par disquette, vivant chacun dans son petit monde. Je me souviens de mes premières connexions via le minitel ou les BBS sur mon Amtrad CPC 6128 ou plus tard mon Amiga 600 mais il n’y avait rien de comparable à ce que nous connaissons aujourd’hui. Depuis, le réseau s’est installé, il est chez nous, je dirais même : il est en nous. De plus en plus naturellement, nous pensons réseau, nous pensons partage.
 
 
J’ai eu, en d’autres temps, à décider de l’installation de TBIs ne pouvant bénéficier d’une connexion pour des raisons techniques (salle ou bâtiment non connecté). Cela nous semblait déjà beau de pouvoir installer ce matériel. Aujourd’hui je le regrette car c’était le priver de capacités immenses. Certes, nous ne pouvions alors faire mieux mais il aurait mieux valu prendre le problème à l’envers : amener le câble puis penser l’implantation des TBIs.
 
 
Connecter, partager... Communier ? Alors un TBI sans communauté, c’est non. Elle peut être diverse : à l’intérieur de l’établissement, au travers d’un groupe d’enseignants ou d’un club informatique animé par les élèves ; extérieure au travers de la communauté des enseignants et de l’échange avec d’autres établissements, pourquoi pas dans le cadre de partenariats, de jumelages nationaux et internationaux. Un partage pour mieux comprendre, mieux apprendre, mieux utiliser, échanger les bonnes pratiques, les astuces et aussi les ressources.
 
 
D’où mon petit 3... Un TBI sans ressources, c’est non. On s’attarde bien souvent sur les fonctionnalités de tel ou tel logiciel fourni avec le dispositif. Ils sont plus ou moins puissants, plus ou moins bien pensés mais ce n’est pas là que réside la richesse du TBI. Un logiciel, on peut le changer à notre guise et il serait dommage de s’attarder sur ces points. Le logiciel estampillé "TBI" est en effet à mon humble avis la plus mauvaise idée qui l’accompagne. Loin de l’idée de départ, il enferme le TBI dans un certain nombre d’usages, alors que l’on peut utiliser quantité d’autres logiciels compatibles et que le TBI en natif est déjà hautement intéressant sans forcément ajouter une surcouche pour capturer, dessiner, etc. Ce serait comme choisir une voiture uniquement en fonction de son autoradio ou un ordinateur en fonction des logiciels livrés avec. On ne tient pas assez compte du coté hardware ou physique... Prenez Sankoré par exemple. Certes, le logiciel est bien fait mais la plus grande part de sa richesse provient de sa communauté et de ses ressources.
 
 
Un TBI n’est en effet rien d’autre qu’une prothèse numérique, un moyen d’accès à l’ordinateur et ses ressources, une souris très améliorée au-delà du simple vidéoprojecteur depuis longtemps (enfin, je l’espère...) intégré dans nos classes. Lorsque l’on me demande de faire une démonstration d’un TBI, j’ai pris l’habitude d’utiliser Googe Earth, de surfer sur le web et de lancer un petit jeu en flash sans utiliser le logiciel fourni avec le TBI, simplement la fonctionnalité qu’a le stylet de remplacer la souris. Cela suffit à mon sens à démontrer la puissance du dispositif sans s’enfermer directement dans un cadre strictement pédagogique. Commencez par créer un peu de magie, un peu d’enthousiasme, le reste suivra naturellement.
 
 
Je suis toujours étonné d’ailleurs de voir que, quand on parle "ressources numériques", on va nécessairement la chercher ailleurs.
Il semblerait que la ressource n’appartienne pas de manière naturelle à l’établissement éducatif mais qu’elle pousse au-delà dans des prairies peut-être plus vertes. Pourtant les enseignants sont bel et bien les premiers producteurs de ressources éducatives et l’établissement constitue alors un formidable potager d’où l’on pourra faire ressortir les énergies. Les élèves peuvent de même être associés à ce processus et il ne faudra qu’un zeste de formation pour transformer le tout en outils numériques. Le web regorge d’outils, de générateurs prêts à l’emploi. Le web, d’ailleurs... L’autre coté du miroir car c’est bel et bien là que se trouve la clé. Il y a de tout sur le web, du bon comme du mauvais, mais, avant de le pointer comme trop souvent du doigt, rappelons que l’enseignant a un rôle de médiateur extrêmement important. Je me souviens d’un cours improvisé et réalisé uniquement à partir de liens Youtube que nous suivions bout à bout. Ce fut un pur moment de plaisir et c’est ce miroir que je ressens chaque fois qu’en tant qu’enseignant je suis face à cette grande image projetée, à cet espace, à cet univers qui m’est ouvert et dont je détiens la clé en forme de stylet. Le TBI a modifé ce rapport car on reste face au miroir, plus besoin de se déplacer de l’ordinateur au projecteur et vice-versa. Mais ce stylet, il faut savoir le manier ; ces ressources, il faut savoir les trouver... 
 
 
C’est pour cela qu’un TBI sans maîtrise, c’est non. Ce que j’entends par maîtrise, ce n’est pas simplement connaître et savoir se servir du logiciel livré avec le matériel, mais bel et bien apprendre un certain nombre de méthodes d’utilisation et de production. Et oser... Je me souviens d’une formation que j’avais suivie en tant qu’observateur et où le seul message que le formateur savait faire passer, outre les fonctions classiques offertes par le logiciel de base, c’était que le TBI servait à sauvegarder ce que l’on affichait à l’écran. Mon miroir avait belle mine... Toutes ses possibilités réduites à cela. Des démonstrations de cours m’ont laissé elles aussi sur ma faim : faire apparaître le texte petit à petit et souligner des mots et expressions pendant la totalité du cours ; afficher un diaporama sur le TBI et écrire sur le tableau à coté les idées issues d’un brainstorming, les réactions des élèves face aux images. Pour cela, il y a des logiciels de mindmapping comme Freemind, Freeplane ou Xmind. Je ne fais pas de reproches aux enseignants sur ces points mais cela sentait la formation rapide, peu innovante. Former, ce n’est pas expliciter les différents points d’un manuel d’utilisation, mais bel et bien mettre en scène, donner des pistes, évoquer des projets...
 
 
En cela, la formation est primordiale et l’on ne peut absolument pas en faire l’impasse.Former, c’est donner l’impulsion, l’étincelle de départ qui fera du TBI (et même de tout matériel...) un outil riche, qui va créer une communauté symbolique, un groupe de "power users" qui entraîneront les autres et aideront à dynamiser l’établissement. Laissez du temps... Les 3/4 des formations se font sur une demi-journée tandis que l’apprentissage réel, la prise en main, se fera dans la fosse aux lions face aux élèves, ce qui pénalise grandement l’enseignant et freine les innovations. Dommage...
 
 
Mais tout cela ne doit pas se faire sans oublier le miroir. Relisez Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll ou plutôt sa suite, De l’autre coté du miroir . Regardez le TBI d’un autre oeil, l’univers internet avec des yeux d’enfant qui découvre. Ajoutez une once d’enthousiasme, une bonne dose de passion. Secouez le tout et le TBI ne sera jamais plus un simple outil mais bel et bien une porte ouverte, un accès à la connaissance ou plutôt un médiateur.
 
Bref, une classe avec juste de la technologie mais sans enthousiasme et sans rêves, une classe d’où l’on ne peut pas s’échapper virtuellement, une classe qui n’offre pas une ouverture, c’est non...
 
 
Jean-François CAUCHE
Cauche Jean-François

Docteur en Histoire Médiévale et Sciences de l’Information. Consultant-formateur-animateur en usages innovants. Membre du Conseil d'Administration de l'An@é.

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