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Imprimer une main

Imprimante 3D par ci, imprimante 3D par là.
L’effet de mode est lancé et avec lui sa cohorte de cris ravis en tout genre : Attention c’est néfaste, attention c’est une révolution, attention c’est un danger, attention c’est la porte ouverte à une maintenance pirate généralisée. La fin des services après-vente. La fin des usines. Le temps de l’usine chez soi est arrivée.
Comme dans toutes révolutions, c’en est une, il y a ce qui émerge pour le quidam qui regarde passer et il y a la réalité pour celui qui souhaite investir un peu de temps. 
Inscrit sur une banque de données (http://www.thingiverse.com/Sbrunel/...)
J’ai mis à disposition plusieurs pièces téléchargeables en format stl (stéréolithographie) et importable directement dans une machine HP 3D.
Je peux donc en un clic réparer mon sac à dos dont les clips viennent de céder.
C’est simplement, révolutionnaire !
Pour mettre en alerte le lecteur, je commence ici une sorte de chronique sur ce qui pourrait s’appeler : Impression 3D, une fausse simplicité.
 
Première remarque : L’univers dans lequel vous entrez est un univers de "geeks". J’en veux pour preuve les objets qui sont le plus téléchargés sur la base. Des reproductions de figurines toutes plus moches les unes des autres. En fait, elles n’ont pas une fonction esthétique, elles servent uniquement à montrer une dextérité.
Pour le coup c’est gagné. A la question : à quoi sert toute cette technologie si c’est pour fabriquer un vampire ailé ? La réponse est simple : à rien ... J’en reste tout pantois.
 
Deuxième remarque : L’univers dans lequel vous entrez pour la mise au point d’une imprimante "auto répliquante" est au pire un univers de geek averti au mieux un univers d’ingénieurs post-pubères. Ces réalisations font toutes preuve d’un génie halluciné et d’une grande dextérité intellectuelle. La question est alors : Tout ça pour ça ?
 
Troisième remarque : La conception d’objets, possédant des caractéristiques mécaniques adéquates à leur intégration dans un système, relève d’un niveau d’ingénierie peu partagé sur la planète.
 
Quatrième remarque : Celui ou celle qui pense que c’est facile et que d’un simple clic tout se construit, celui ci ou celle ci oublie un peu vite les problèmes joyeux des contre-dépouilles ou dépouilles négatives. Ces problèmes triviaux résolus par certaines machines de façon correcte, le sont après une analyse théorique au delà de la simple description d’un objet que l’on souhaiterait reproduire.
Beaucoup de machines réputées 3D, ne sont pas capables de réaliser toutes les pièces possibles et imaginables avec une précision minimale requise.
 
Cinquième et dernière remarque pour l’instant : innover, créer ou reproduire ne sont pas du tout basés sur les mêmes ressorts intellectuels. Reproduire une pièce, la copier n’est pas si complexe que cela après quelques heures d’apprentissage d’un logiciel de modélisation 3D. Mais la reproduction de pièces fait apparaître le problème du copyright industriel. Le brevet, toujours le brevet.
Par contre, créer et innover demande une pratique, une dextérité de la création intégrée aux problèmes fonctionnels et structurels des systèmes. Une systémique fonctionnelle, une décomposition systématique en fonctions techniques et solutions techniques est alors convoquée. Ce registre n’est plus le registre du geek passionné. Il est fait appel à l’expert de l’éco-conception et de l’innovation mécatronique par exemple.
 
Dernière partie et conclusion provisoire :
 
C’est pour cela qu’il convient de lier très vite la fabrication manuelle et la fabrication numérique dans une intégration sereine et réfléchie au sein de ces fameux "Fablab". 
Le "Fablab" ou "Fabrique Numérique"que j’ai créé et expérimente aujourd’hui est ce mix indissociable entre conventionnel et numérique. Ma proposition est la suivante :
Si la main ne réalise pas du concret, le numérique ne le fera pas mieux.
 
Les prochaines évolutions en terme de dimensions de machines et donc de pièces, la possibilité de combiner différents matériaux entre eux ou permettre l’insertion de pièces multiples, pourront me faire évoluer sur le champ du possible. Pour l’instant l’analyse tient la route et pour longtemps.
 
 
Dernière modification le mardi, 23 septembre 2014
Brunel Stephane

Maître de Conférences des Universités à l’ Université de Bordeaux.

Spécialiste de la Gestion des connaissances, des usages numériques et de l’ingénierie pédagogique.

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