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 Abdelmalek Sayad, L’École et les enfants de l’immigration. Essais critiques, Paris, Seuil, 2014.

Présentation publié par Metropolitique.eu le 04/01/2016 :

"L’échec scolaire des enfants d’immigrés constitue l’une des thématiques des discours construisant l’immigration en problème social. Près de vingt ans après sa disparition, la parution d’un recueil de textes d’Abdelmalek Sayad apporte un éclairage précieux sur la façon dont l’école française se représente les enfants de l’immigration et sur le rapport des familles immigrées à l’institution scolaire.

En mai 2011, Claude Guéant – qui officie alors comme ministre de l’Intérieur – affirme au cours d’une interview que « les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés ». Pris en défaut du fait de l’absence de tout élément statistique à l’appui d’une telle affirmation, mais ayant à cœur de rendre les enfants d’immigré‑e‑s responsables de ce qu’on nomme fréquemment la crise de l’institution scolaire, le même ministre se défend quelques jours plus tard en déclarant : « C’est vrai, et ce sont les chiffres de l’Insee, qu’il y a deux tiers des enfants d’immigrés qui se trouvent sortir de l’appareil scolaire sans diplôme » ; ce qui était tout aussi faux – la direction de l’Insee ayant d’ailleurs pris la peine, fait rare, de démentir publiquement le ministre – mais qui, en outre, ne correspondait pas à ce qu’il avait allégué précédemment, la seconde affirmation n’étant nullement équivalente à la première. On ne saurait pourtant s’en tenir au constat que Claude Guéant dispose d’une fertile imagination statistique et d’une culture scientifique non moins imaginaire [1]. Car ses propos renvoient à un problème beaucoup plus général pointé par Abdelmalek Sayad dès 1991 : « Il n’y a de discours à propos de l’immigré et de l’immigration qu’un discours imposé. […] Et l’une des formes de cette imposition, c’est de percevoir l’immigré, de le définir, de le penser ou, plus simplement, d’en parler toujours en référence à un problème social » (Sayad 2006, p. 53).

L’une des formes principales prises par ce discours imposé et d’imposition sur l’immigration, qui dit bien davantage sur ceux et celles qui le formulent que sur les immigré‑e‑s eux-/elles-mêmes, c’est celle qui n’appréhende les rapports entre l’École et les enfants d’immigré‑e‑s que sous l’angle de l’ « échec » – ou du « décrochage » – scolaire. Il ne suffit donc pas de réfuter cet automatisme de pensée qui fait associer spontanément difficultés scolaires et immigration (ou l’inverse), comme l’ont fait de manière pertinente et utile plusieurs sociologues de l’éducation, montrant qu’à caractéristiques socio-économiques similaires, les enfants d’immigré‑e‑s n’ont nullement des parcours davantage marqués par l’échec (Boulot et Boyson-Fradet 1984 ; Caille et Vallet 1996). Il faut encore questionner les points aveugles, démonter les ressorts et pointer les fonctions de ce discours...La suite de l'article:

http://www.metropolitiques.eu/Ecole-et-immigration-dejouer-le.html

Sociologue, directeur de recherche au CNRS, Abdelmalek Sayad (1933-1998) est notamment l’auteur de La Double Absence (Seuil, 1999) et, avec Pierre Bourdieu, du Déracinement (Minuit, 1977).

http://www.seuil.com/livre-9782021112955.htm

An@é

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