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Défi majeur des communautés éducatives, « Accompagner les parcours d’apprentissage » est le troisième temps-fort d’In-FINE, le Forum international du Numérique pour l’Éducation. Quel accompagnement pour un continuum éducatif et de formation facilité par le numérique ? Avec les possibles évolutions de la forme scolaire, comment appréhender la diversité des lieux et des temps d’apprentissage ?

In-FINE ouvre, le 20 mai, deux tables-rondes pour saisir les enjeux. 

Après avoir discuté l’importance d’éduquer au numérique et les multiples manières de transformer les pratiques pédagogiques, In-FINE entame son troisième temps-fort consacré aux stratégies d’accompagnement des parcours. Comment l’apprenant se forme-t-il ? Dans quel cadre ? Quel renouvellement didactique envisageable ? Chercheurs, institutionnels et praticiens se mobilisent pour deux débats : Comment accompagner et favoriser le continuum scolaire et de formation ? Où apprendrons-nous demain ?

Les deux sujets sont orientés cette fois-ci sur « comment l’apprenant se forme ». Il a en effet à sa disposition de nombreuses possibilités pour apprendre tout au long de la vie dans un cadre formel, non formel, voire informel, dans un cadre académique ou privé (soutien scolaire, initiatives…) et  des démarches variées ainsi que des espaces et des temps nombreux.

Il s’agit donc de comprendre comment l’apprenant s’oriente dans cette multitude de possibles et comment il s’adapte à ces nouvelles formes scolaires qui se concrétisent dans une transformation des lieux et des méthodes pédagogiques qui y sont associées...

Premier débat : Comment accompagner et favoriser le continuum éducatif et de formation avec le numérique ?

Le continuum peut s’entendre comme le passage d’un échelon de la scolarité à un autre. On peut penser au passage de la maternelle à l’école élémentaire et la manière dont les cycles prennent en compte ce passage. On peut évoquer aussi le passage du primaire au secondaire, au collège et enfin la liaison Bac-3/Bac+3. On pense par continuum à la faculté des organisations à préparer les apprenants à réussir leur parcours d’apprentissage et de formation en passant toutes les étapes liées à un attendu normé. Selon l’âge de la scolarité, l’accompagnement à produire est de nature différent et à partir du moment où les choix d’orientation se diversifient, à l’adolescence, les établissements scolaires, les universités, l’état met en place des outils liés à la découverte des métiers, et à l’orientation.

Depuis quelques années, des cours particuliers en passant par des conseils particuliers et des salons événementiels, de nombreuses stratégies d’information et d’accompagnement sont mises en œuvre de plus en plus en offrant des services numériques. Mais on peut aussi penser le continuum entre les différents temps de l’enfant ou de l’apprenant, temps où celui-ci est dans une situation d’apprentissage et il s’agira alors de penser la complémentarité et la cohérence entre le temps scolaire et le temps périscolaire, entre les temps formels, non formels et informels. Plusieurs acteurs se côtoient alors, avec des organisations, des ressources (pédagogiques, matérielles, financières), des stratégies, souvent diverses.

Les passerelles entre école et maison, les loisirs, les actions dans des associations ou des centres socio-culturels, dans des activités collectives. Les jeux, pensés comme des temps de loisirs sont devenus numériques mais aussi sérieux. Tous ces savoirs, savoir-faire et savoir être acquis en dehors de l’école dans des activités aussi diverses posent alors la question de la reconnaissance des compétences acquises et des initiatives comme les Open Badges ont été particulièrement observées par la communauté éducative.

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Intervenants :

- Hugues Labarthe, chef de projet à l'incubateur de la DANE de Créteil

- Inès de Marcillac, Adjointe au Maire chargée de l’éducation de Chatou, présidente de l’association des maires adjoints à l’éducation des Yvelines (confirmée)

- Odile Naudin, chef de projet à la Fondation pour l'Enfance.

- Pascal Plantard, Professeur à l’Université Rennes 2, chercheur au CREAD. Fondateur et coordinateur de la filière USETIC-TEF

Le débat est animé par Soazic Le Nevé, journaliste au journal Le Monde.

Soazic Le Nevé rappelle que les transitions sont inscrites dans une cohérence d’ensemble ; il s’agirait alors d’accompagner les parcours en profitant d’un territoire élargi. On peut évoquer le nouveau label « établissement de services » créé récemment et expérimenté au lycée polyvalent Condorcet de Schoeneck (Moselle) pour proposer notamment une ouverture aux parents et élargir le temps et l’espace d’apprentissage. La notion de continuum est inscrite dans Parcoursup, Bac moins 3, bac +3, elle inclut la Formation tout au long de la vie, les passerelles entre école et maison, le temps formel et l’informel, l’intervention de partenariats entre institution et société civile.

Que signifie la notion de continuum ?

Pour Pascal Plantard, les différentes modalités d’apprentissage comportent des avantages et des inconvénients selon les accès divers possibles. Entre les informations et les savoirs, il y a les apprentissages formels et informels. Mais le rapport au savoir est très inégalitaire tout comme le rapport au numérique. La diversification des canaux d’apprentissage révèle des inégalités d’accès et de représentations : le rapport au technologique imaginaire est très diversifié. La représentation du capital culturel numérique fait partie des grands enjeux de l’accès l’éducation. Référence à l’ouvrage collectif : Adolescentes et adolescents des villes et des champs.

Hugues Labarthe. La Dane de Créteil travaille en partenariat dans le cadre du Gtnum, groupe de travail Pleiade pour comprendre ce qui s’est passé en passant de la classe à l’école dans la classe à la maison.

Comment accompagner les enfants pour résorber les inégalités ?

Ines de Marcillac rappelle que le but de la collectivité est d’apporter tous les moyens techniques et humains. Différentes crises se sont succédées, éloignant les parents du cadre de l’école (crise sécuritaire) : le bien être physiologique de l’enfant (bienveillance autour de lui) est en jeu dans cette relation communauté éducative. Les collectivités mettent en place des ENT à disposition des familles dans le cadre du premier degré. Rassembler les nombreux acteurs de l’éducation. Trouver le meilleur consensus pour faire les meilleurs choix possibles. Plan numérique sur 3 ans de la ville, va se poursuivre en incluant des ateliers de co-construction parents, enseignants.

Odile Naudin, représente la Fondation pour l’enfance qui est centrée sur les très jeunes enfants, une tranche d’âge oubliée, car on pensait qu’ils n’avaient pas un contact direct avec le numérique. La plateforme Digital Baby propose des vidéos pour accompagner l’enfant, mais rappelle que « la meilleure application pour votre enfant, c’est vous », car il faut dédiaboliser Internet. La pédagogie de la terreur ne mène à rien.

Peut-on envisager un rôle plus grand pour les parents à l’école ?

 

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Odile Naudin approuve l‘idée, mais demande pour quels savoir-faire? Le numérique est un des premiers créateurs d’inégalités sociales. Il faut s’interroger sur comment cela se passe dans les familles : temps de silence, espace de travail, connexion. Les compétences numériques sont très hétérogènes pour les parents, les familles, les enfants...

Pascal Plantard  s‘interroge sur « comment agir de concert ? » La question des représentations est préalable à l’action et questionne les usages : comment nous approprions nous ces technologies ? En construisant des normes sociales d’usage connectées aux autres normes sociales (exemple des visioconférences durant le confinement). Cette culture est très inégalitaire. Une mythologie est très nocive : celle des digital natives (Marc Prensky). C’est le complexe d’Obélix. Les plus vulnérables sont encore plus vulnérables quand on introduit les technologies dans les processus d’éducation. Les parents qui ont le rapport le plus complexe avec l’école sont aussi dans cette situation avec le numérique. Il s’agit d’un désaisissement parental : ils ne contrôlent pas du tout ce que font leurs enfants avec le numérique. Il est ici question de capital culturel : ces comportements sont hors d’atteinte pour les enseignants s’ils ne travaillent pas avec les autres intervenants : éducation populaire etc.

Une transformation radicale s’est produite dans la communication parents-école : c’est un fait marquant du confinement avec l’école à la maison. Les parents ont désormais une communication régulière avec l’école et les enseignants.

Hugues Labarthe évoque le travail de la Dane avec le Cabinet d’architecture O’Zone et l’Institut de Recherche et d’Innovation Pompidou (IRI), sur la question de comment renouveler les situations d’apprentissage avec le numérique ? Nous réfléchissons à la Ville de Demain avec le BIM (Building Information Moduling : Bâti Immobilier Modélisé) qui décide les formes d’habitat sans demander l’avis de la population. Nous faisons réfléchir les jeunes du territoire « Jeux Olympiques, » pour construire notre propre BIM, proposer l’environnement dans lequel ils aspirent à évoluer.

Comment effectuer la reconnaissance de connaissances acquises ?

Ines de Marcillac constate que pour les élus, la meilleure reconnaissance est le retour des usagers au Conseil d’École: ¿les outils sont-ils utiles et efficaces? Côté parents, on constate un apaisement. Il y avait une crainte des écrans : les parents ont compris qu’à l’école l’enfant n’est pas passif, mais actif devant l’écran. Il faut ouvrir un volet « accompagnement à la parentalité et sensibilisation aux bons usages des outils par les parents et enfants ».

Odile Naudin relève que 98 % des parents souhaitaient pouvoir imposer des règles d’usage, mais ils constatent que même chez les petits, les durées d’usage ont été bouleversées. Quelle est la place du parent quand il doit accompagner son enfant dans les apprentissages numériques ? Il est désorienté. Quel degré d’accompagnement est souhaitable ? Quelle est la bonne distance pour les parents et pour les enseignants ?

Hugues Labarthe : Nous avons un cadre de référence des compétences numériques : la plateforme PIX valide les compétences acquises (obligatoire en classes de 3ème et terminale). L’académie organise des webinaires pour acculturer les professeurs aux nouveaux types de compétences évaluées. 3000 enseignants ont été formés l’an passé : c’est important, car l’ensemble des enseignants peuvent faire progresser les élèves sur l’ensemble des compétences.

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Pour Pascal Plantard, on est en train, collectivement, de déconstruire la notion de « compétence numérique universelle » qui était fondée jusqu’ici sur l’informatique et le code, mais qui ne dit rien des compétences sociales, du bon usage des réseaux sociaux notamment. Il y a deux pattes enthropologiques : la cyberculture, l’imaginaire. La culture de geek est devenue universelle et elle participe au pouvoir d’influence.

Il y a la compétence émotionnelle, des méta compétences qu’il faut reconnaître. Avec Pix, on est sorti d’un cadre scolaire instrumental, celui du B2i (Brevet Informatique et Internet), mais on élargit le champ de la reconnaissance des compétences. Il faudrait aller vers les politiques sociales ou d’éducation populaire. Ces compétences permettent accès à l’emploi notamment. On est au début de ce processus.

Un autre phénomène est remarquable : beaucoup d’enseignants se sont rendu compte que des applications telles que Discord, Snapchat etc, et des réseaux sociaux de pairs sont devenus des réseaux de classe. Il faut avoir une meilleure identification des compétences numériques et une meilleure reconnaissance au delà de la suprématie de l’informatique et du code.

Questions du public :

Quels parents numériques seront les jeunes de 18 ans daujourdhui ?

Pour Pascal Plantard : les jeux vidéo n’ont pas généré une génération de papas gamers. Quand on passe de jeune adulte à parent, on abandonne un certain nombre de pratiques numériques personnelles. On n’a pas les mêmes pratiques ludiques, sportives, de loisirs à 18ans qu’à 50 ans.

Le numérique est un « fait social total » (Marcel Mauss), en ce sens que tout ce qui s’est passé depuis le confinement transforme tous les comportements : il faut lutter contre le désaisissement.

Quel numérique voulons nous favoriser auprès des lycéens ?

  • Les parents seront apaisés, la citoyenneté est réinventée à travers les projets qu’on propose aux enfants.
  • La relation parents/école est essentielle. Comment faire persister ce qui a été noué depuis un an ? Respecter ce que ressentent les parents et ce qu’ils en disent.
  • D’abord dans le dialogue parents enseignants, avec un accord sur le fait qu’on ne souhaite pas obtenir un résultat, mais savoir comment on y est arrivé.
  • Voulons-nous un numérique imposé ou le pouvoir d’agir ? Au début du confinement on a vu le transfert massif de la forme scolaire classique : familles et enseignants en grand difficulté. On a fait le constat qu’il fallait faire de la communication, entrer dans du dialogue : la communication enseignants familles a progressé. Les élèves les plus faibles sont ceux qui passent le plus de temps sur Internet pour préparer leurs devoirs, l’école doit évoluer vers l’altruisme.

Comment résorber inégalités numériques ?

  • Travailler ensemble et ne pas sous estimer l’accompagnement des parents
  • Prendre en compte le triptyque : qualité de connexion, équipement, savoir faire des individus.
  • Assurer le pilotage de conseils du numérique éducatif pluri-acteurs, pluri-professionnels, comme dans le cadre des universités populaires.
  • Aller du labo à la classe à travers de la relation enseignants-chercheurs.

Chronique des Etats Généraux du Numérique, où en sont les 40 propositions ?

Florence Biot, sous-directrice de la transformation numérique de la DNE, fait le point sur trois nouvelles actions.

Egalité filles-garçons : il y a une sous-représentation des filles par rapport aux garçons dans les métiers du numérique (1 fille pour 5 garçons). L’action 5 présente une stratégie pour amener les filles vers les filières du numérique : nous lançons une campagne de sensibilisation et d’information. Référence au livre d‘Isabelle Collet « Les oubliées du numérique », Ed. Le Passeur.

Certifier les compétences des professeurs avec PIX enseignant : cette certification est obligatoire maintenant pour l’entrée dans le métier. Nous travaillons sur le PIX enseignant en cours de carrière. S’auto positionner avec PIX, se former grâce au réseau Canopé, se certifier avec PIX et le CNED à distance. (6 M€ mobilisés au titre du Plan de relance). Action 7.

Un numérique responsable et souverain; un travail est mené avec les associations du libre pour établir une feuille de route autour des logiciels libres et de l’encouragement à les utiliser. L’objectif est aussi de créer des communautés de professeurs qui échangent, s’entraident et partagent cours et ressources. Action 38.

Second débat : Comment, où, et quand apprendrons-nous? Et comment s'adaptera la forme scolaire ?

Où apprendrons-nous? Dans quels lieux d’apprentissage transformés ou dans des lieux hybrides (maison/établissement d’enseignement, écoles/salles de jeux) ou ailleurs ? Le numérique questionne les pratiques d’enseignement et d’apprentissage. Il perturbe les trois unités d’enseignement, le lieu, le temps et l’action. Il agit comme un amplificateur pédagogique, ou comme un perturbateur. Mais fondamentalement, il repose la question de la forme scolaire.

Le numérique permet des évolutions dans les manières d’apprendre qui se diversifient aussi bien au niveau des temps et que des espaces pour apprendre. Depuis vingt ans, architectes, designers, pédagogues, politiques explorent de nouvelles formes scolaires qui se traduisent dans une évolution des espaces qui s’appuie sur les possibilités offertes par le numérique. Cette tendance importante s’illustre aussi bien dans des projets très ambitieux au niveau architectural que dans des programmes de formation à distance plus coopératifs, plus centrés sur des démarches actives et libérés des espaces institutionnels. Mais peut-on y voir une évolution majeure de la classe de demain ?

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Intervenants :

- Etienne Butzbach, Vice-président de la Ligue de l’enseignement

- Melina Solari Landa, Chargée d’études à la Direction de la Recherche et du Développement sur les usages du numérique éducatif de Réseau Canopé et Chercheure associée du Laboratoire Techné

- Christophe Caron, Chef de projet TED-i et Chef de projet Forme scolaire et aménagement des espaces d’apprentissage (Archiclasse) à la Direction du Numérique pour l’Éducation, Ministère de l’Education nationale, de la jeunesse et des sports

- Isabelle Dufrêne, Enseignante-directrice, École des Marronniers – Académie de Créteil

Le débat est animé par Emmanuel Davidenkoff, journaliste au journal Le Monde.

La pandémie a été un accélérateur et un révélateur. Le numérique éducatif en sort-il renforcé ou affaibli ?

Melina Solari Landa considère les évolutions récentes avec prudence, car on ne sait pas encore si cette évolution va perdurer ou si c’est un effet temporaire.

Pour Etienne Butzbach, la fracture numérique en fait un révélateur des fractures sociales. on a vu les limites du numérique dans la relation présentiel-distanciel. Le numérique n’est qu’un moyen. La question du temps est majeure en raison de l’enfermement dans l’heure de classe qui est un problème. L’heure conforte la forme descendante, notamment sur une heure, ce qui ne se produit pas sur deux heures, car alors on doit mettre en place des activités pour les élèves. 

Isabelle Dufrêne évoque Le Future Classroom Lab (Projet européen) qui propose six espaces différents à mettre en oeuvre.  On travaille sur des problématiques communes, quelles que soient les modalités. Classe covid, classe hybride et classe à distance. Mais il y a un défi social, car les enfants ont besoin d’être ensemble.

Lieux d’enseignement ? Ville apprenante, tiers-lieux ?

Christophe Caron : Il est essentiel que toutes les pistes soient réfléchies et portées par tous les acteurs. Il faut créer de nouveaux espaces, investir les halls d’entrée, les couloirs, des laboratoires dans établissements ou dans d’autres espaces.

Etienne Butzbach affirme que l’école n’est qu’une petite partie de l’éducation. Souvent l’enfant apprend beaucoup plus hors de l’école. C’est l’idée des cités éducatives.

Des tiers-lieux intelligents permettent le croisement des personnes, des collectifs : c’est un espace ouvert sur la ville qui peut être à l’intérieur d’un établissement. Inclure le monde scolaire et hors scolaire.

C‘est l’apprenant qui est au centre, avant de penser à l’éducateur.

Christophe Caron : Il faut parler plutôt des usagers de l’école, soit une communauté beaucoup plus large qui inclut y compris parents d’élèves et autres personnels, il faut penser avec les personnels  de direction à l’élargissement.

Melina Solari Landa propose de penser une relation plus horizontale . Pour que le numérique entre vraiment à l’école il faut que le choix pédagogique des enseignants soit en relation horizontale avec les élèves. Il faut ouvrir les pratiques culturelles du numérique à l’école, pas seulement à des fins scolaires : que les élèves sachent gérer la fluidité espace/temps. Pour les élèves, le numérique à l’école est du faux numérique. L’horizontalité est très forte en maternelle, en élémentaire, puis s’atténue au lycée.

Quelle co-éducation ?

Plusieurs approches sont présentées :

  • Le numérique n’est qu’un moyen qui est un reflet de la façon dont s’organise le collectif éducatif.
  • La formation initiale est indigente en matière de relation avec les familles. La question est comment on met la communauté éducative en relation avec l’ensemble des intervenants.
  • Le numérique interroge les dysfonctionnements de l’adaptation de la forme scolaire pyramidale avec la co-éducation. Si les parents n’entrent pas à l’école, ce n’est pas le numérique qui va résoudre ce problème.
  • Reprendre idée des parents accompagnateurs qu’on a vue durant le premier confinement. Il faut accompagner les parents.
  • Utiliser les ENT pour permettre aux parents d’entrer dans les écoles. Partager des productions.
  • Inviter le parent à assister à la classe.

Etes-vous majoritaires ?

  • L’enseignant doit être formé à jongler avec plusieurs pédagogies. Melina Solari Landa
  •  Le problème structurel majeur est le cadre injonctif de l’éducation. Les enseignants sont des cadres qui devraient avoir plus de capacité à s’investir dans des projets et action. Etienne Butzbach
  • Nous avons bénéficié d’un ENT privé qui a permis différentes tâches : un travail avec le Forum Moodle, puis avec l’outil Devoirs, puis avec des padlets. Cela a bien marché avec une diversité des outils. Isabelle Dufrêne
  • Le mot phare est « accompagner » sans brusquer les enseignants. Les aider à connaître d’autres modes pédagogiques. La démarche Archiclasse doit permettre d’évoluer sans obligation formelle. Christophe Caron

Questions du public

 

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La transformation pédagogique résulte-t-elle de la transformation de lespace ?

Cristophe Caron s’appuie sur le projet Archiclasse qui propose 80 témoignages d’espaces.

Le numérique doit rester transparent et devenir un outil comme les autres et qui a impacté l’espace. Des micro espaces utilisent le numérique sans le mettre en avant, on conçoit des espaces multiples intégrés dans un espace commun permettant d’agréger toutes les compétences du 21ème siècle. L’espace influe nécessairement, mais on ne peut pas imposer un espace, sans connaître les besoins et observer les pratiques, puis se comprendre dans un dialogue avec tous. La modularité est importante : ces espaces doivent être poly-fonctionnels et pas seulement un espace.

Le numérique amplifie les types de pédagogie : il ne s’agit pas seulement de changer les espaces.

L’ILLIAD, (Learning Center Innovation) bibliothèque universitaire de Lille est une expérience intéressante à considérer, ouverture du campus et point d’accès à l’université pour tous les publics.

La question de l’aide au travail personnel est fondamentale. Si on veut massivement s’affranchir de la forme, Il faut changer la forme pour Etienne Butzbach.

Melina Solari Landa relève que l‘on a observé que les enseignants qui ont une relation horizontale avec élèves sont plus intéressés et impliqués dans le numérique.

Au départ est toujours le choix pédagogique.

Face à la mise en cause du modèle de la transmission, les enseignants veulent-ils aller vers le rôle du professeur tel que le voit Vincent Faillet, comme un régisseur ?  

Les enseignants ont envie de changer parce que les élèves ont changé. Aujourd’hui les élèves apportent leur savoir-faire : l’école n’a plus le monopole de la transmission du savoir. Si on ne met pas en cause cette fonction réductrice et univoque, on a un vrai problème.

Il faudrait dire quel profil d’enseignant. Comment on peut embarquer tout le monde. Ne pas seulement parler à des convaincus et investis. Il faut aller regarder les autres, ceux qui ne veulent pas être régisseurs.

On peut voir plutôt le professeur comme un metteur en scène. Le rôle du chef d’établissement doit évoluer vers la conception de nouveaux espaces en lien avec la collectivité.

Conclusion du temps fort avec Bénédicte Robert, rectrice de l’académie de Poitiers 

 

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Le moment qu’on a connu nous a montré qu’enseigner et apprendre au 21ème siècle, c’est enseigner et apprendre avec le numérique. Cela implique qu’il faut vraiment penser l’intégration du numérique dans les enseignements, les apprentissages. Le numérique est là et constitue un formidable levier pour les apprentissages.Des freins psychologiques ont disparu avec la pandémie : des professeurs se sont rendus compte qu’ils pouvaient bien faire.

Il faut appréhender les représentations du numérique, la place des écrans chez les jeunes aujourd’hui. Il y a les représentations noires du numérique : des professeurs hésitent à offrir de la place supplémentaire aux réseaux.

Regardons les 4 piliers de l’apprentissage à l’école que nous montrent les neurosciences. L’attention, l’engagement actif, le retour d’information, la consolidation des apprentissages : il existe un très fort potentiel du numérique dans tous ces aspects pour être plus efficace dans les enseignements et les apprentissages.

Qu’en est-il de la reconnaissance de ces compétences et des initiatives portées par les enseignants ? La politique des Open badges est-elle satisfaisante ou une simple gratification symbolique ?

La reconnaissance des compétences acquises non reconnues par les certifications est fondamentale pour nous permettre de repérer où sont nos forces et quel chemin nous devons parcourir au niveau académique par exemple, définir des objectifs majeurs pour le développement des compétences professionnelles. Ces compétences supplémentaires peuvent être valorisées à l’extérieur. Dans le cadre de la Feuille de route du numérique de l’académie de Poitiers, on a investi le champ de la certification PIX pour les enseignants, l’académie est engagée dans le cadre de la Région Nouvelle Aquitaine qui pourrait proposer gratuitement cette certification.

Pourquoi Poitiers ?

Le numérique est l’enjeu principal de l’éducation aujourd’hui. René Monory y a implanté trois opérateurs majeurs: en lien s’est développé un éco système majeur avec laboratoires universitaires, très proches de l’industrie et tous les acteurs. Un véritable campus du numérique pour l’éducation.

 

Les deux débats du troisième temps fort ont apporté un éclairage opportun sur les évolutions en cours dans le domaine de la pédagogie, des conditions d’éducation et  d’apprentissage.

 

Deux notions essentielles pour le devenir de l’éducation ont été abordées : quelles sont les nouvelles modalités d’apprentissage rendues possibles par les outils et les réseaux numériques et comment construire un continuum éducatif à l’heure de l’enseignement hybride et de la mise à distance de l’école et des familles.

 

Des point importants ont été mis au jour:

 

- la réalité complexe de ce que l’on nomme « compétences numériques » qui doivent absolument inclure les capacités relationnelles (sociales) et culturelles (productions actives) induites par les usages de l’informatique en réseau, deux capacités fortement marquées par les représentations culturelles dont sont porteurs les acteurs et sources d’inégalités sociales. Il s’agit là d’un élargissement majeur qui doit absolument déborder les questions de codage et d’informatique, par ces deux capacités (relationnelles et culturelles) sans lesquelles il ne saurait être question d’accéder aux besoins complexes de l’éducation à l’heure du numérique.

- la construction d’un continuum éducatif (et pas seulement pédagogique) repose sur la collaboration active de l’ensemble des acteurs : collectivités territoriales, associations d’éducation populaire, enseignants, parents, autorités académiques. Ce n’est en effet qu’à la condition que soient créées des instances de concertation, ateliers de co-construction et comités locaux de partenaires, qu’une quelconque continuité éducative peut être construite, car elles concerne absolument l’ensemble des intervenants de la sphère éducative des jeunes.

 

Nous savons depuis les rapports de l’OCDE, Connectés pour apprendre (2015), et de la Commission Européenne  The Future of Learning. Preparing for Change (2011 - Institute For Prospective Technological Studies), que le numérique change radicalement la donne de la formation dans quatre composantes. Ce que l’on apprend : QUOI? Comment on apprend : COMMENT? Où on apprend : Où? Quand on apprend : QUAND?

 

Ce constat élaboré depuis déjà quelques années mérite d’être rappelé, car il est la base de tout ce qui doit être pensé et réalisé matière d’évolutions de l’éducation : la nature des savoirs, la manière dont on les acquiert dorénavant, les espaces très variées, les moments désormais infinis qui peuvent être consacrés aux apprentissages. On devrait en réalité ajouter une cinquième composante : « avec qui ? » Tant il est vrai que la pandémie a révélé les capacités infinies de la formation entre pairs ou à distance via les réseaux sociaux.

 

L’école n’a donc plus le monopole des apprentissages, des savoirs ou de l’éducation, car ces acquisitions sont désormais accessibles dans un immense éventail d’activités en présence ou à distance.

 

En ce qui concerne l’évolution du rôle des enseignants dont il fut question dans le débat, nous rappellerons les propos de Serge Tisseron qui imposent ici aussi  un aggiornamento radical : « L’introduction des technologies numériques à l’école, ce n’est pas seulement faire les mêmes choses autrement, c’est une manière de repenser tout l’enseignement ».

 

Alors, évidemment, l’École n’est plus seulement l’affaire de l’école : elle doit mobiliser tous les acteurs de l’éducation autour des valeurs et des pratiques qui sont celles des compétences du vingt-et-unième siècle afin de former les jeunes à leur avenir, et pas à notre passé (Mark Edwards). Cet effort, l’An@é entend bien en prend sa part!

Michel Pérez

Voir ou revoir la vidéo : https://www.in-fine.education/fr/onlinesession/dc19efaa-9c97-eb11-b566-501ac5dd82e5

Dernière modification le jeudi, 03 juin 2021
Pérez Michel

Président national de l'An@é. Inspecteur général honoraire de l’éducation nationale (spécialiste en langues vivantes). Ancien conseiller Tice du recteur de Bordeaux, auteur de nombreux articles et rapports sur les usages pédagogiques du numérique et sur la place des outils numériques dans la politique éducative.